Compagnie de Jésus-Eucharistie
Une des plus grandes joies de la piété, dans le monde, c’est de pouvoir s’acheminer souvent vers une église ou une chapelle de communauté et d’y aller visiter le divin Prisonnier du Tabernacle. Les moments passés à ses pieds sont les plus doux et les plus réconfortants. Lame y puise la consolation avec la force, la lumière avec la paix, la constance avec la fidélité. Mais ces heureux moments sont isolés et plutôt rares ;
les obligations sociales et les devoirs d’état sont là qui vous appellent et vous éloignent forcément du lieu saint.
Dans l’état religieux il n’en est pas ainsi. Jésus-Eucharistie se fait le compagnon habituel, l’ami de tous les jours, l’hôte adoré qui vit dans le voisinage immédiat, que l’on peut aller saluer facilement et avec qui l’on a le bonheur de s’entretenir fréquemment.
De son Tabernacle, Jésus projette sa lumière dans les maisons qui l’abritent et les remplit d’une atmosphère divine qui révèle sa présence. Par son action toute-puissante II agit dans les esprits et les cœurs, Il s’insinue en quelque sorte dans les divers services de la Communauté et fait sentir partout la douce influence de son voisinage.
La pensée qu’il est là, tout près, qu’il y vit intensément d’amour pour nous et que nous allons Le retrouver toujours le même, toujours disposé à nous entendre, toujours prodigue de ses dons, toujours heureux de nous revoir et toujours désireux de nous entendre dire que nous L’aimons et ne voulons que Lui : cette pensée encourage, réconforte, réjouit et nous excite à nous montrer plus généreux et plus fidèle.
Oh ! que le Psalmiste a raison de s’écrier : « Un jour dans votre demeure vaut mieux que mille autres » (Ps. lxxxiii, 11). En vérité, si le
bonheur existe quelque part sur la terre, c’est bien dans les communautés religieuses où le ciel est si près et où le Roi des anges et des saints a établi sa demeure dans la compagnie des privilégiés de son Cœur.
Oui dira les communications intimes qui s’établissent entre Jésus et l’âme par le seul fait de cette cohabitation et de cet échange continuel d’amour qui en est le suave résultat ! Quel céleste commerce et quelle étonnante intimité divine sur la terre d’exil ! Saint Alphonse de Liguori y voit une tendresse divine poussée jusqu’à la familiarité : « Chaque maison religieuse, dit-il, est une douce retraite où Dieu se communique à ses amis avec la plus tendre familiarité. Les âmes qui aiment ardemment Jésus- Christ, ne sauraient désirer un meilleur paradis sur la terre, que de se trouver en présence de leur Seigneur au Sacrement de l’autel, où il demeure constamment pour l’amour de qui le cherche et le visite».
Ce bienfait inappréciable de la présence eucharistique de Jésus acquiert une valeur plus grande encore dans les Communautés où se fait l’Exposition quotidienne du Très Saint Sacrement. Outre cette manifestation plus solennelle de Jésus sur son trône, donnant officiellement audience au milieu d’un culte festival, l’organisation d’un service spécial d’adoration ramenant régulièrement les adorateurs à ses pieds rend la
vie religieuse plus attrayante et plus sanctifiante.
Nous ne pouvons mieux faire que de terminer par ces paroles enflammées du Bienheureux P. Eymard : « Tant que nous n’aurons pas pour Notre Seigneur au Très Saint Sacrement un amour de passion, nous n’aurons rien fait. Lui, nous y aime avec passion, à l’aveugle, sans penser à Lui : il faut Lui rendre la pareille ! Voyez les saints ; leur amour les transporte, les fait souffrir, les embrase ; c’est un feu qui les consume, use leurs forces et finit par les faire mourir. Heureuse mort ! Oh 1 oui, aimons l’Eucharistie avec passion ! »
Bienheureux, ajoutons-nous, ceux qui comprennent assez l’Eucharistie pour tout quitter et se consacrer irrévocablement a son service!
i3. — Signe de prédestination .
Personne sans doute ne peut être absolument sûr de son salut éternel. Néanmoins, il est des moyens de sanctification et des états de vie qui sont une précieuse garantie morale de fidélité et de persévérance finale. Aucun n’offre plus de sécurité que l’état religieux. Le dépouillement universel qui y est exigé allège déjà considérablement la marche et permet d’arriver à un sommet plus élevé, d’où il est plus facile de s’envoler vers le ciel. La vie de renoncement qu’on y mène prédispose l’âme à une union plus étroite
avec Jésus, union que la mort même ne saurait briser. L’esprit d’amour et de sacrifice, sur lequel est fondé l’état de perfection, transforme peu à peu l’âme en Jésus qui en devient le centre et la vie, et la fait sienne pour la vie éternelle.
On conçoit difficilement qu’une âme qui a persévéré jusqu’à la fin dans la pratique de toutes les vertus que réclame la perfection de l’état religieux, puisse ne pas être sauvée. Sa vocation la fait vivre déjà dans le vestibule du ciel, comment n’y entrerait-elle pas ? « La religion est la porte du paradis », selon que s’exprime saint Laurent Justinien ; le religieux a comme un droit d’y pénétrer, car, ajoute-t-il, « être religieux, c’est un signe que l’on est déjà choisi pour être le compagnon des élus ».
Passer sa vie dans l’éloignement des choses terrestres et dans la contemplation des vérités éternelles, tenir constamment les yeux de son âme fermés du côté de la terre et ouverts du côté du ciel, marcher avec persévérance dans la voie du sacrifice et de la mortification, s’appliquer avec ferveur à l’accomplissement parfait de ses devoirs d’état, travailler sans relâche à mourir à soi-même, n’avoir plus au cœur que le désir ardent d’aimer Jésus et de s’en aller à Lui pour Le posséder sans fin, vivre et mourir dans ces sentiments des saints, et ne pas s’en-
voler de sa cellule au ciel, est-ce bien possible?
Quand saint Bernard affirme que « la route est facile de la cellule au ciel ; et qu’il n’en est presque jamais aucun qui de sa cellule descende en enfer », il parle d’expérience et ne fait qu’exprimer, sous une autre forme, renseignement formel de Jésus Lui-même promettant la vie éternelle à ceux qui quittent tout pour Le suivre. « Quiconque aura quitté sa maison, ou ses frères ou ses sœurs, ou son père ou sa mère, ou sa femme et ses fils, ou ses champs, à cause de mon mon, recevra le centuple et possédera la vie éternelle ». (Mat., xix, 29).
Telle est la principale assurance du religieux, assurance qui doit sans cesse relever son courage et l’engager à demeurer fidèle coûte que coûte à sa vocation. « Dieu ne peut mentir, dit à ce sujet saint Jean Chrysostome ; il a promis la vie éternelle à qui abandonne le monde ; vous avez tout quitté, qui donc vous empêche de compter avec confiance sur cette promesse ? »
Bienheureux ceux qui se préoccupent ainsi de leur salut éternel et qui mettent en Jésus toute leur confiance. Purs pendant la vie, paisibles et abandonnés à la mort, ils peuvent s’écrier avec saint Bernard : « O vie pleine de sécurité, où la conscience est pure, où l’on attend la mort sans crainte, où l’on se complaît à la désirer et où on la reçoit avec amour ».