‹ La Vocation ReligieuseChapitre 39 sur 105 · PRINCIPAUX MOTIFS ÜENTRER EN RELIGION · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX MOTIFS ÜENTRER EN RELIGION

elles éprouvent du dégoût pour un monde qui tue ainsi le temps et paralyse les âmes, et elles aspirent à vivre de sérieux et de vérité. C’est alors que la vie religieuse leur apparaît dans toute sa lumineuse beauté, leur offrant des joies durables en retour de tant de joies trompeuses et éphémères, leur assurant des réalités éternelles à la place des biens imaginaires d’un monde vain et insensé.

Le besoin d’échanger ce qui passe avec ce qui demeure, d’employer fructueusement le temps au lieu de le gaspiller, de vivre une vraie vie au lieu d’une vie factice, de donner à son âme une nourriture solide pour remplacer les vanités dont le monde l’amuse : en voilà assez pour soupirer après le bienheureux séjour de l’état religieux. 11 n’y a rien à perdre, mais tout à gagner; et, comme le dit saint Bernard, « si pour Dieu on évite et fuit sur la terre la société des hommes, par Dieu on aura dans le ciel la société des anges. »

Si la vanité de ce monde fait malheureusement beaucoup de victimes, elle est aussi un objet de mépris pour un grand nombre, et l’occasion pour eux de s’élever jusqu’à la perfection de l’état religieux. Puissent les nombreux déçus de tant de mensonges et de frivolités consacrer au Seigneur les années que sa bonté a illuminées des clartés de son amour et de sa vérité !

Cinquième motif. — Se soumettre à une règle et se laisser conduire ,

Il est un certain nombre d'âmes qui rencontrent des obstacles à leur sanctification, moins dans les dangers extérieurs qu’en elles-mêmes. L’intention est bonne, le désir de la sanctification sincère, les dispositions surnaturelles, mais il manque de la consistance, de l’énergie, de la suite, disons le mot, de la pondération et du jugement pratique.

Ou le tempérament est porté à la mollesse, ou la légèreté conduit à l’inconstance, ou le caprice rend désordonné, ou l’impressionnabilité paralyse les énergies, ou la mobilité compromet les meilleures dispositions, ou le zèle même devient exagéré. Il y a un vice ou de formation initiale, ou d’habitudes incontrôlées, ou de tempérament irréformable, qui nuira toujours à la sanctification personnelle et au bien que l’on pourrait faire. La volonté mal affermie reste chancelante, les décisions suivent le cours des impressions, les bons désirs se succèdent sans arriver à la réalisation, les ambitions sont élevées et demeurent inefficaces, faute de suite et d’énergie pour employer les moyens. La recommandation suivante de saint Bernard convient admirablement à ces esprits imprécis et désordonnés : « Montrez-vous discret, modéré et ordonné en toutes

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choses ; tout ce qui est dénué de modération et de stabilité, toute confusion et tout désordre déplaisent à Dieu ».

Quand les enfants sont jeunes et sans expérience, ils ont besoin d'un tuteur pour les protéger et d'un guide pour les conduire. Il en est de même pour ceux qui ne peuvent se conduire sagement eux-mêmes et qui, pour rester fidèles à leurs résolutions et rendre leur vie féconde, ont besoin d'être encadrés, soutenus et entraînés par les autres.

La vie religieuse est leur salut. Saint Thomas l'insinue indirectement, quand il dit : « De même que la précipitation provient du défaut de conseil et l'inconsidération du défaut de jugement, ainsi Finconstance provient du défaut de commandement ». En effet, la régularité de la vie de communauté, si utile à tous, leur devient quasi nécessaire ; elle les corrige du désordre qu'ils apportent habituellement dans la distribution de leur temps et de leurs travaux. L’obéissance les rend méthodiques et leur évite les écarts d'une liberté qui dégénère souvent en fantaisies et en inutilités. La vigilance des supérieurs les préserve des excès du zèle et des initiatives inconsidérées. Dans un semblable milieu, de tels sujets peuvent produire beaucoup pour la gloire de Dieu, tandis que dans le monde ils sont exposés à donner bien moins et à ne rien faire de du-

rable ; surtout, ils peuvent se réformer et persister dans leurs efforts de sanctification, au lieu que laissés à eux -mêmes ils n’expérimentent que trop les effets de leur instabilité et de leur impondération.

C’est une grande grâce que Jésus fait à ces âmes, quand II les appelle à la vie religieuse. L’expérience prouve que plusieurs, sans ce secours, se perdraient. Il faut avoir l’humilité et la sincérité de se connaître tel que l’on est. Il n’y a pas de honte à faire connaître son mal au médecin, lorsqu’on veut être guéri. Il n’y en a pas davantage à s’avouer à soimême ces lacunes de tempérament, de caractère et d’éducation, puisqu’il s’agit de prendre les moyens de les combler, et ainsi de rendre sa vie plus glorieuse à Dieu et plus méritoire pour le ciel.

Pendant sa vie, Jésus s’entourait de malades et d’infirmes, et son bonheur était de les guérir. Dans le nombre, il y en avait qui n’étaient que partiellement paralysés. C’est le cas dont il s’agit; l’imprécision de l’esprit, l’inconstance du cœur et la versatilité des résolutions sont des liens qui paralysent la bonne volonté. Pour les délier et rendre normal le mouvement de la vie spirituelle, Jésus offre les secours et les remèdes de la vie religieuse : « Venite ad me omnes et Ego reficiam vos » (Mat., xi, 28).

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