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Sixième motif. — Acquérir la perfection .
Bien des motifs font naître dans l’âme le désir de la perfection. Les grâces reçues, les fautes à réparer, l’imitation des saints, les inspirations de Jésus, l’amour qu’on Lui porte, le désir de Lui ressembler, la soif des âmes, etc. Le nombre des âmes qui aspirent à la perfection est grand, le nombre de celles qui en prennent les moyens l’est moins. Cela tient à l’inconstance humaine et au manque de générosité dans l’effort ; mais il faut aussi l’attribuer souvent à la situation dans laquelle on se trouve et à l’atmosphère morale et spirituelle dans laquelle on vit.
Il ne fait de doute pour personne qu’il est plus difficile de pratiquer la vertu et de devenir parfait dans le monde qu’en communauté. C’est pourquoi les âmes qui ont soif de perfection tournent leurs regards vers l’état religieux. Elles y entrevoient, avec la préservation des dangers du monde, de nombreux et puissants moyens d’entretenir leur ferveur et de raviver dans leur cœur l’amour divin, principe et aliment de la sainteté. C’est ce qu’exprime saint Thomas : « L’état religieux, dit- il, a été principalement établi pour arriver à la perfection par des exercices qui éloignent tout ce qui fait obstacle à la charité parfaite... C’est une école ou un exercice pour parvenir à la perfection de la charité ».
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Le désir de la perfection comporte nécessairement celui du sacrifice et du renoncement. Il est de toute nécessité de faire mourir la nature, si fi on veut devenir des hommes spirituels. La vie dans le monde se prête difficilement aux exigences de l’amour divin, qui réclame le dépouillement complet du vieil homme et recherche les immolations transformatrices de la sainteté. Pour pratiquer les conseils évangéliques et faire abdication totale de toutes les joies purement terrestres, il faut un milieu adapté et des moyens appropriés.
Quand on veut se faire saint, on sent le besoin de se corriger, de réprimer ses inclinations, de se vouer à la souffrance, de se crucifier ; sans quoi, il ne peut y avoir ni imitation ni amour véritable du Maître auquel on se consacre. C’est donc une grande grâce de trouver un état qui, d’après saint Thomas, « est un holocauste par lequel on s’offre à Dieu tout entier, avec tout ce qu’on possède » ; et où, comme s’exprime saint François de Sales, « on ne demande rien moins de vous que d’être crucifiés, car, en la religion on détruit et on fait mourir la nature, on contrarie les affections et inclinations, pour faire vivre et régner la grâce ».
On y entre pour trouver Jésus seul et se contenter de Lui ; non pas qu’on soit déjà parfait pour y être introduit, mais bien pour le devenir
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par la fidélité aux devoirs de la vie religieuse. Le même saint François de Sales nous en trace un tableau frappant, dans son style imagé et original : « Savez-vous ce que c’est que le monastère ? C’est l’académie de la correction exacte, où chaque âme doit apprendre à se laisser traiter, raboter et polir, afin qu’étant bien lissée et explanée, elle puisse être jointe, unie et collée plus justement à la volonté de Dieu... Le monastère, c’est un hôpital de malades spirituels qui veulent être guéris, et pour l’être, s’exposent à souffrir la saignée, la lancette, le rasoir, la sonde, le fer, le feu et toutes les amertumes des médicaments. »
Il n’est pas étonnant que les âmes sincèrement désireuses de se sanctifier et ne désirant mettre aucune borne à leur amour pour Jésus qui les invite à Le suivre jusqu’au Calvaire, quittent le siècle, abandonnent parents, amis, honneurs, richesses, jouissance et liberté, pour se retirer dans la solitude et la paix de la vie religieuse, où, seules avec Dieu seul, elles ne se préoccupent plus que des choses éternelles. Pour trouver Jésus, il faut sacrifier tout ce qui n’est pas Lui. Pour jouir pleinement de Jésus, il faut avoir vidé complètement son cœur et y avoir donné toute la place à son unique et divin Bien-aimé. Voilà ce qui fait les délices des âmes consacrées à Dieu.
Septième motif. — S'assurer de faire en tout la volonté de Dieu .
Quand il s'agit de tendre à la perfection, le plus grand obstacle, c'est la volonté propre, comme le plus sûr moyen d'y parvenir, c'est de la sacrifier sans merci. C'est en cela surtout que consiste, d'après saint Thomas, l’excellence de l'état religieux. Et c’est précisément parce qu’on a souvent expérimenté les écarts dont la volonté propre est la source et tous les ennuis qui proviennent de l'usage de sa liberté, que l'on est désireux de sacrifier l'une et l'autre, en se liant par les douces chaînes d’or de la vie religieuse, comme s’exprime saint François de Sales : « Les mondains, dit-il, sont attachés à la loi.de Dieu par des chaînes de fer ; les religieux (et ceux qui ont soin de leur perfection) le sont par des chaînes d'or ».
Cette servitude toute d'amour n’enlève rien à la grandeur du sacrifice, et le même saint a raison de dire que « c'est un plus grand martyre de persévérer toute sa vie en obéissance, que non pas de mourir tout d’un coup par le glaive ». Mais ce qui donne le courage d’endurer ce martyre, c’est la persuasion qu’en ne faisant plus sa volonté propre on fait la volonté de Dieu. L'état religieux surnaturalise et grandit tout ce qu’on fait. Rien n'y est plus laissé à l'arbitraire ; tout
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porte le cachet de la volonté divine. C’est Jésus qui commande et dirige par les supérieurs, c’est sa volonté qui est exprimée par les constitutions, les ordonnances et les divers règlements de la communauté. « La boussole divine, dit encore le saint évêque de Genève, c’est Notre Seigneur, la barque ce sont les Règles, ceux qui la conduisent sont les Supérieurs. »
Peu importe ce qui lui est commandé, le religieux sait qu’il fait toujours la volonté de Dieu et qu’il ne peut jamais se tromper en la faisant. Quelle consolation pour une âme qui aime Jésus, d’être toujours ainsi sous la dépendance et la conduite personnelle de Celui à qui elle s’est consacrée sans retour! Quelle sécurité dans l’emploi des moyens de sa perfection, et quel puissant secours pour s’habituer à mourir à ellemême et à surnaturaliser les moindres actes de sa vie !
Cette réconfortante perspective pousse bien des âmes vers le port assuré de la vie religieuse. Abdiquer sa volonté propre pour ne plus faire en tout que la volonté de Dieu, c’est déjà se soustraire à une grande responsabilité et s’assurer des jours de paix et de bonheur. Il n’y a plus place pour l’inquiétude, car on se laisse conduire en tout. On ne connaît plus ni les désirs ni les préférences, car on ne veut que ce que Dieu veut et ce qu’il nous demande par l’obéissancet
« Celui qui n'a pas 3a fièvre de la volonté propre, dit saint François de Sales, se contente de tout, pourvu que Dieu soit servi ; il ne se soucie pas de quelle manière Dieu l'emploie ; pourvu qu'il fasse la volonté divine, tout lui convient. »
Ce genre de vie maintient l’âme dans un esprit surnaturel constant, et c’est une des raisons qui la rendent parfaite. Aussi, on peut assurer sans crainte qu'une âme qui persévère dans cette voie arrivera infailliblement à la perfection. Elle est établie en Dieu et elle y demeure, selon ce que dit l'apôtre saint Jean : « Le monde passe... mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (I Jean, ii, 17). A l'exemple de Jésus, qui faisait sa nourriture de la volonté de son Père et qui est mort pour l'accomplir, « Père, non ma volonté, mais la vôtre », elle vole au sacrifice de la vie religieuse, pour de là s’envoler au ciel, comme le lui a promis Jésus : « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là entrera dans le royaume des cieux » (Mat., vu 21).
Huitième motif. — Vivre de solitude et de prière .
Les bruits du monde fatiguent et nuisent à la paix de l'âme. Les exigences des relations sociales deviennent souvent une lourde servitude. Les joies terrestres, même les plus pures, finis-