‹ La Vocation ReligieuseChapitre 41 sur 105 · PRINCIPAUX MOTIFS DENTRER EN RELIGION · texte numérisé non relu

PRINCIPAUX MOTIFS DENTRER EN RELIGION

sent parfois par lasser. Tout au moins, le vide que laissent naturellement dans Pâme les choses d’ici-bas, fait soupirer après la solitude ou Pâme se retrouve seule avec son Dieu et peut s’occuper librement des choses éternelles. «Je conduirai Pâme dans la solitude et je parlerai à son cœur », dit le Seigneur, dans le prophète Osée (n, 14).

L’auteur de l’Imitation dit sagement que « celui qui se propose et désire de parvenir aux choses intérieures et spirituelles, doit imiter Jésus et s’éloigner de la foule ». C’est le premier sentiment qu’éprouve une âme qui veut devenir intérieure : se séparer du monde et se débarrasser de ses mille soucis, sans quoi la parole de Dieu ne peut se faire entendre, ou si elle est entendue, elle n’est pas suffisamment comprise.

Saint Bernard fait la même recommandation : « Si quelqu’un désire entendre la voix de Dieu, qu’il se retire dans la solitude. Si vous préparez votre oreille intérieure à la voix de Dieu, à cette voix plus douce que le miel, fuyez les embarras extérieurs, afin que, Pâme dégagée et libre, vous puissiez dire avec Samuel : Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute ».

La solitude est le secret des grandes choses ; son langage est pour Pâme toute une prédication, selon ces paroles de saint Jérôme : « La solitude est par elle-même une prédication à la vertu .

on se prépare le ciel, quand on s’éloigne du inonde ». Celui qui y persévère se rapproche toujours davantage de Jésus, qui habite les lieux solitaires où II se communique aux âmes. « Plus une âme, dit saint Ignace, garde la solitude et se dégage de tout le reste, plus elle se met en état de chercher et de trouver son Créateur. »

Les charmes de la solitude ne sont bien compris que de ceux qui les ont expérimentés. Cette vie seul à seul avec Dieu, dans le secret de sa cellule, est vraiment un avant-goût du ciel, et l’on comprend que saint Jérôme ait pu écrire : « Regardez votre cellule comme un paradis », et que saint Basile se soit écrié : « O cellule où se négocie le ciel ! Heureux commerce, où l’on échange la terre avec le ciel, ce qui passe avec ce qui ne passe jamais ».

Quand saint Bernard dit « qu’on monte directement de la cellule au ciel », c’est parce que l’union qui s’est établie entre Jésus et l’âme dans la solitude a créé entre eux une intimité que la mort même ne peut briser et qui réclame de se continuer dans l’éternité.

Cette vie d’intimité avec Jésus est le fruit de la prière tout autant que de la solitude ; c’est -pourquoi ces deux attraits ne vont pas l’un sans l’autre. Qui désire être solitaire, est en même temps porté à la prière ; qui se complaît dans la

PRINCIPAUX MOTIFS 1) ENTRER EN RELIGION l5 7

prière, cherche la solitude. C'est la prière qui remplit la solitude, comme c'est la solitude qui prédispose à la prière.

La vie religieuse a cela de particulier que, outre la séparation du monde et la solitude, elle consacre de longs moments à la prière et rend plus intimes les rapports avec Dieu. Le précepte de Jésus : « Il faut toujours prier et ne se lasser jamais » (Luc, xvm, 1), s'y accomplit tout naturellement par le mouvement régulier des nombreux exercices de piété qui font partie du règlement quotidien.

A l'exemple du roi-prophète, le religieux peut s'écrier : « O Dieu, ô mon Dieu, je vous cherche dès l'aurore, mon âme a soif de vous... Seigneur, je pousse des cris vers vous ; ma prière s'élève à vous avant l’aurore ».

« Jésus, lisons-nous en saint Marc (i, 25), se levait de grand matin et s'en allait prier dans un lieu désert » ; Il se retirait souvent à l'écart et sur les montagnes, pour se livrer à la prière. Admirable modèle que le religieux a sans cesse devant les yeux et qu’il s’applique à imiter, attiré par les douceurs incomparables de ces divins colloques avec le Dieu de son cœur. Ses chants sont des prières et ses prières des chants, selon la gracieuse comparaison qu'en fait saint François de Sales : «Les religieux et les religieuses, dit-il, qu'est-ce autre chose sinon

des oiseaux enfermés dans leurs monastères, comme dans des cages, pour chanter sans cesse les louanges de Dieu ? Certes nous pouvons bien dire que tous leurs exercices sont autant de cantiques nouveaux qui annoncent les divines miséricordes et qui provoquent continuellement les hommes à louer la divine bonté ».

Une âme de solitude et de prière est une âme qui se sanctifie. Voilà pourquoi celles qui tendent à la perfection vont s’abriter dans les cloîtres à l’ombre des autels.

Neuvième motif. — Vivre dans une intimité plus grande avec Jésus .

Une âme qui aspire à la perfection est sans cesse à la recherche de Jésus. Elle pense à Lui, elle Le désire, elle L’appelle, elle se plaît dans sa compagnie, elle soupire après une union toujours plus grande avec Lui et elle n’a de repos qu’elle ne soit parvenue à cette intimité ineffable que Jésus Lui-même appelle l’union dans l’unité : « Père, je suis en eux et vous en moi, afin qu’ils soient consommés dans l’unité » (Jean, xvii, 23).

Pour chercher Jésus, elle s’éloigne du monde; pour Le trouver, elle pénètre dans le sanctuaire de la vie religieuse ; pour Le posséder, Lui seul, elle se dépouille de tout le créé ; pour jouir de Lui, elle renonce à toutes les joies terrestres ; pour croître dans son amour, elle se renonce, se

PRINCIPAUX MOTIFS DENTRER EN RELIGION l5g

sacrifie et s’immole ; pour ne faire qu’un avec Lui, elle s’abandonne à son action divine qui la transforme en Lui.

Peut-il y avoir une fin plus sublime à atteindre ? Peut-on rêver un plus divin idéal ? Peut-on trop tôt quitter le monde et s’envoler dans les asiles bénis où Jésus attend amoureusement les âmes privilégiées dont II a résolu de se faire des épouses?

C’est surtout l’amour divin qui détache du monde et donne le courage de faire tous les sacrifices. Il n’y a pas de plus belles vocations que celles que l’amour inspire, que l’amour dirige et que l’amour couronne. Jésus en est le principe et la fin ; Il est l’unique désiré, l’unique aimé, l’unique possédé.

« Ou rien, ou Dieu, s’écrie saint François de Sales, car tout ce qui n’est pas Dieu, ou n’est rien, ou est pire que rien. » Et comme dans l’amour divin, il n’y a pas à craindre de dépasser les bornes, selon ce qu’il dit encore : « Quel bonheur d’aimer sans crainte d’excès ! Or, il n’y en a jamais quand on aime Dieu », il n’y a pas davantage de raison de limiter l’union que l’âme veut contracter avec Jésus.

Mettant en pratique la recommandation du divin Maître, qui invite à « demeurer dans son amour » (Jean, xv, 9), elle y trouve son repos et son centre de vie, selon ce que dit saint

l60 LA VOCATION RELIGIEUSE

Jean (I Jean, iv, 16) : « Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui ».

Il n’y a pas ici-bas de perfection plus élevée, d’après saint Antonin : « Faire de l’union avec Dieu la vie de son âme, dit-il, est le comble de la perfection ». Il ne peut donc y avoir de motif plus noble et plus parfait d’embrasser la vie religieuse que celui d’atteindre à un amour plus ardent et à une union plus étroite avec Jésus.

Puisse Jésus multiplier dans son Eglise ces âmes bienheureuses éprises de la sainte passion de l’amour crucifié et de l’intimité divine !

Dixième motif. — Le zèle du salut des âmes .

L’amour du prochain est inséparable de l’amour de Dieu. Plus on aime Dieu, plus on éprouve le désir de le glorifier par le salut et la sanctification des âmes. « Le zèle, dit saint Thomas, vient de l’intensité de l’amour » ; c’est pourquoi les saints qui aiment si ardemment, ne connaissent aucune borne à leur dévouement et à leur esprit de sacrifice. Pour une âme à sauver, ils donneraient leur vie ; à l’exemple de Jésus qui est mort pour tous et pour chacun en particulier.

, Calquant leur amour du prochain sur le modèle de celui de Jésus, les âmes éprises de la gloire de leur Maître et du salut des âmes aspirent à se dépenser et à s’immoler. Les paroles

PRINCIPAUX MOTIFS DENTRER ËN RELIGION l6l

du Sauveur résonnent sans cesse à leur oreille : « Allez, enseignez toutes les nations » (Matt., xxviii, 19), et elles scrutent l’horizon pour savoir où elles vont diriger leurs pas. La prière, le sacrifice, l’apostolat les attirent ; désireuses de s y consacrer tout entières, elles vont ou s’enfermer dans les cloîtres, à l’exemple de la grande sainte la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus, ou se vouer aux œuvres multiples et diverses auxquelles sont consacrés tant d’instituts religieux, ou s’enrôler sous la bannière des missionnaires que la soif des âmes conduit jusqu’aux extrémités du monde.

On comprend que des désirs de zèle aussi ardents réclament des théâtres d’action plus vastes et des moyens de sanctification plus grands. La vie religieuse, avec ses organisations spéciales et ses immenses secours, fournit les unes et les autres.

Aux âmes apôtres par la prière et le sacrifice, elle donne le monde entier comme champ d’action : dans la solitude, le silence et l’union à Jésus, ces privilégiées du cloître deviennent les précieuses coopératrices des missionnaires et de tous les prédicateurs de la parole de Dieu, selon que l’écrivait aimablement saint François de Sales à une religieuse : « Nous ressemblons aux orgues, où celui qui met le souffle fait en vérité presque tout, et n’en porte point la louange.

Priez donc souvent pour moi, et vous prêcherez avec moi ».

Aux âmes apôtres par Faction extérieure, elle confie des ministères appropriés à leurs talents et à leurs aptitudes, et elle en garantit le succès par la sauvegarde des ordonnances régulières et de l’obéissance.

Quand on réfléchit « qu’un seul homme plein du zèle de Dieu suffit pour corriger tout un peuple », comme s’exprime saint Jean Chrysostome, que saint François de Sales a converti plus de soixante-dix mille hérétiques, qu’un saint François-Xavier a évangélisé des nations entières de païens, et que sainte Thérèse, du fond de sa cellule, a sauvé autant d’âmes ; quand on se reporte à quelques années en arrière et que l’on contemple une humble petite Carmélite, Thérèse de l’Enfant-Jésus, laquelle, en ce siècle de plaisir et de jouissance, exerce sur les âmes cet ascendant mystérieux, fruit de son amour pour Jésus, qui en a fait la plus grande thaumaturge du monde et que l’Eglise vient de proclamer la patronne universelle des missions catholiques : on se réjouit à bon droit de voir le zèle des âmes s’emparer de tant de jeunes cœurs, les arracher au monde et les vouer à tous les apostolats dans la vie pénitente et active des communautés religieuses.

Ne confondons pas néanmoins le zèle des âmes

PRINCIPAUX MOTIFS D*ENTRER EN RELIGION l63

avec Faction purement extérieure et la vie du missionnaire en pays infidèle. L’apostolat peut s’exercer d’une manière discrète et même cachée aux yeux du grand public, de même qu’il peut avoir des modes variés qui ne comportent extérieurement aucun éclat. Il est des œuvres de zèle, au milieu des villes, qui n’attirent aucunement l’attention, ou qui par leur nature doivent être ignorées ; comme il en est d’autres qui, à cause de leur objet, peuvent paraître entourées d’un certain mystère qui n’en fait ressortir que davantage la délicatesse.

L’important, c’est que le salut des âmes soit l’inspiration de tout apostolat, et que l’amour de Jésus en soit la flamme.

Page 1