CHAPITRE TREIZIÈME
Erreurs et faux prétextes peur retarder l’entrée ep reli^iop
Il est évident qu’il peut exister parfois des raisons sérieuses de retarder l’entrée en religion. Il faut savoir agir, dans ces circonstances, avec sagesse, prudence et esprit surnaturel, sans se décourager et sans davantage se relâcher en rien de ses désirs et de ses résolutions. Nous verrons plus loin que ces épreuves, permises par Jésus, peuvent grandement contribuer à affermir la vocation des âmes généreuses qui cherchent sincèrement à accomplir les desseins de Dieu sur elles.
Il n’est pas moins évident que la vocation religieuse n’apparaît pas pour tous sous le même aspect, et que même les âmes qui y sont appelées n’ont pas toujours des idées justes à ce sujet. Le démon, le monde et la nature agissent ou séparément ou simultanément pour obscurcir les esprits et troubler les cœurs. Si on a le malheur de se laisser influencer par les faux prétextes qu’ils mettent en avant pour retarder
PRETEXTES DE RETARD A L ENTREE EN RELIGION l65
Texécution de ses résolutions, on tombe souvent dans un vrai labyrinthe d'hésitations et on finit par douter des inspirations premières et des lumières qui les ont accompagnées.
Saint Alphonse, dont la science et l’expérience sont connues, pense pareillement : « Qui pourrait dire à combien d’âmes vraiment appelées de Dieu, l’ennemi est venu à bout de faire perdre la vocation, au moyen de tous ces délais et ces tergiversations ».
Il y a à cela deux raisons : la première, cest que, le temps faisant son œuvre, la ferveur diminue avec la lumière ; et c’est pourquoi saint Jérôme crie à l’âme ainsi exposée : « Hâtez-vous, je vous en prie, coupez plutôt que de délier la corde qui tient votre navire attaché au sol ». La tentation de revenir sur les motifs qui ont tout d’abord déterminé la décision et de les mettre tant soit peu en doute, se présente alors naturellement ; et qui peut prévoir l’effet de cette première infidélité? «Quiconque, dit Jésus, en saint Luc (ix, 62), ayant mis la main à la charrue, vient à regarder en arrière, n’est pas apte au royaume de Dieu ». Et, ajoute saint Thomas : « Il regarde en arrière celui qui cherche à s’accorder un délai ».
Jésus n’est pas tenu de nous conserver toujours les mêmes lumières. Il a ses heures, à nous d’en profiter. Si le désir de la perfection
s'attiédit dans une âme, Jésus voile dans la même proportion l’éclat de la vérité ; et voyant moins clair, on s’expose à faire fausse route. « Les lumières que Dieu nous envoie, dit saint Alphonse, sont passagères et non permanentes. C’est ce qui fait dire à saint Thomas que les divines invitations à une vie plus parfaite doivent être suivies sans retard ».
Saint Jean Chrysostome, de son côté, écrit : « Quand Dieu nous favorise de semblables inspirations, il veut que nous n’hésitions pas un instant à les suivre. Pourquoi cela? Parce que le Seigneur aime à voir en nous cette docilité ; plus elle est prompte, plus il ouvre la main pour nous remplir de ses bénédictions. Les délais, au contraire, lui déplaisent beaucoup ; alors il resserre sa main et retient ses grâces, de sorte que celui qui tarde à répondre à sa vocation, parvient avec peine à la suivre et l’abandonne aisément ».
La seconde raison, c’est que, restant dans le monde lorsqu’on a reçu l’appel divin d’en sortir, on en subit plus ou moins la mauvaise influence, et, à son insu d’abord, puis volontairement ensuite, on lui accorde plus qu’il ne faut et on expose ainsi sa vocation. Les libertés que l’on se donne finissent peu à peu par contrebalancer les désirs de perfection ; mélange malheureux de sentiments et de satisfactions, où Jésus a moins