PRÉTEXTES DE RETARD A L ENTREE EN RELIGION
à gagner que le monde. Ce qui fait dire justement à saint Isidore d’Espagne : « Il en est beaucoup qui désirent aller à la grâce de Dieu, mais qui craignent de se priver des amusements du monde ; l’amour de Jésus- Christ les appelle, mais l’amour du siècle les retient. »
En voilà assez, après ce que nous avons déjà dit au chapitre vi, § 5, pour démontrer d’une manière générale les graves conséquences des retards apportés à la réalisation de la vocation religieuse. Ces considérations sont, par ellesmêmes, une réponse suffisante aux justifications que les adversaires voudraient apporter. Vo)rons cependant en particulier les prétextes plus ordinaires que l’on allègue.
Premier prétexte. — Délibérer longtemps .
Il ne faut assurément pas agir à la légère dans une question aussi importante que celle de la vocation religieuse. Il ne faut pas non plus tomber dans un excès contraire et vouloir prolonger outre mesure le temps de la réflexion. Quand une fois on a senti l’appel et constaté suffisamment la volonté de Jésus à ce sujet, il vaut mieux se préoccuper de prendre les moyens d’y correspondre aussitôt que possible, plutôt que de revenir sans cesse sur des considérations déjà mûries et sur des vérités convenablement établies.
Puisqu' « il est certain que l'entrée en religion est un plus grand bien », dit saint Thomas, et que, par tout ce que nous avons dit, la vocation religieuse est une des plus grandes grâces que Jésus puisse faire à une âme, comment expliquer que l'on soit si peu empressé et que l'on veuille se montrer aussi défiant et aussi exigeant avant de délibérer. S'il était question d'éviter un grand préjudice pour son âme, ce serait un devoir ; mais quand il s'agit d'assurer à son âme d'immenses avantages spirituels, cela ne se comprend plus.
Saint Alphonse exprime ainsi son étonnement : « Chose étonnante, dit-il, quand il s’agit d’entrer en religion pour mener une vie plus parfaite et plus assurée contre les dangers du siècle, les gens du monde prétendent que pour prendre une telle résolution, il faut délibérer longtemps et ne pas se hâter de l'exécuter, afin de s’assurer si cette vocation vient réellement de Dieu et non du démon. Mais ils ne parlent point ainsi, lorsqu'il s’agit d’accepter une charge, où l’on court tant de danger de se perdre. Le langage des saints est tout différent ».
Si l'on voulait objecter qu'il est préférable de délibérer longtemps pour ne pas s’exposer à sortir de l’état religieux, après y être entré, le Docteur angélique répond : « Il ne faut pas se laisser détourner ni différer d'entrer en religion, sous