‹ La Vocation ReligieuseChapitre 44 sur 105 · PRÉTEXTES DE RETARD A LENTRÉE EN RELIGION · texte numérisé non relu

PRÉTEXTES DE RETARD A LENTRÉE EN RELIGION

prétexte de délibérer longtemps, parce que quelques-uns ont quitté le monastère et sont devenus pires qu’auparavant ; autrement il faudrait ne pas embrasser la foi, parce qu’il est écrit : Il vaudrait mieux ne pas connaître la voie de la justice, que de l’abandonner après l’avoir connue ».

En outre, le mauvais exemple des autres ne doit pas nous empêcher de faire le bien ; et quand il s’agit de vocation, c’est une question trop personnelle pour qu’elle soit mise en comparaison avec d’autres vocations qui demandent toutes d’être traitées chacune en particulier. Les mêmes grâces peuvent produire des effets diamétralement opposés, suivant les conditions et les dispositions des âmes.

Répétons ici l’invitation de Jésus appelant ses apôtres : « Venez, suivez-moi ». S’ils n’avaient pas immédiatement correspondu à l’appel de leur Maître, ils n’auraient jamais été ses apôtres.

Deuxième prétexte. — Exiger la certitude.

Il est bon d’employer les moyens surnaturels de connaître la volonté de Jésus, lorsqu’il s’agit d’embrasser l’état religieux, comme dans toutes les questions où les intérêts sacrés de lame sont en jeu. C’est pourquoi il faut prier, réfléchir, au besoin consulter ; mais sans se mettre en peine d’user de moyens extraordinaires et sans oser imposer à Jésus des conditions ni exiger de Lui

des lumières exceptionnelles et des manifestations éclatantes de sa volonté.

Ici le jugement est de mise, autant que la sagesse et Fhumilité. Il est bien préférable de marcher sur la terre ferme et de s’avancer dans la voie battue, que de désirer l’extraordinaire, où l’imagination et le sentiment ont souvent autant de part que la réalité. Se montrer exigeant à l’égard de Jésus, pour qu’il nous fournisse des preuves évidentes de sa volonté, ce serait indélicat et déplacé ; indélicat, car lorsqu’on est ainsi l’objet des prédilections divines, il n’y a pas lieu d’exiger tant de garanties ; déplacé, car un don aussi gratuit que celui de la vocation religieuse interdit à l’âme qui en est l’objet cette espèce de marchandage qui semble dire : prouvez-moi que vous m’offrez ce don et je l’accepterai.

La doctrine de saint Ignace sur ce point est très claire : « Que celui qui désire que Dieu lui fasse connaître ce qu’il veut de lui, n’aille pas s’imaginer qu’il lui tombera du ciel des lettres pour lui révéler les ordres de Dieu à son égard ; mais que, consultant les conseils évangéliques de l’éternelle vérité et appréciant, en vue de la "fin pour laquelle il a été créé, les conséquences des diverses alternatives entre lesquelles il a à choisir, il juge du parti qu’il doit adopter et de celui qu’il doit repousser ».

Ce qui paraît étonnant de la part des âmes qui

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ont reçu une inspiration de la grâce à embrasser l’état religieux et qui cherchent à avancer sûrement dans cette voie, c’est que pour aller là où Jésus les appelle et leur promet des grâces de choix, elles sont plus hésitantes et plus exigeantes pour acquérir la certitude de cet appel à la sainteté, qu’elles ne le sont pour savoir si Jésus les veut dans le monde, où leur salut est beaucoup plus exposé. Il y a là une véritable inconséquence qui démontre combien il est déraisonnable de prendre ainsi position en faveur du monde contre la vie religieuse.

Saint Ignace, après avoir dit qu’«il faut des signes plus évidents pour décider que la volonté de Dieu est qu’on demeure dans un état où il suffit de garder les commandements que pour entrer dans la voie des conseils, puisque Notre Seigneur a engagé ouvertement à suivre les conseils, tandis qu’il a déclaré qu’il y a de grands dangers à courir au sein des richesses et des délices », s’exprime ainsi : « Quant à ceux qui voudraient qu’un ange descendît du ciel, pour les assurer qu’ils peuvent entrer en religion avec sécurité, ils auraient bien plus besoin d’un ange pour les faire demeurer dans le monde, avec l’assurance de s’y sauver, tant et si grands sont les périls qu’on y rencontre, tandis qu’au contraire les secours y sont rares et peu proportionnés aux dangers qu’on y court ; au lieu que

dans les cloîtres il est facile à celui qui observe sa règle, non seulement de se sauver, mais de devenir saint ».

Saint François de Sales tient le même langage : « Pour savoir si Dieu veut nous voir entrer en religion, il ne faut pas attendre qu’il nous parle sensiblement ou qu’il nous envoie quelque ange du ciel pour nous signifier sa volonté ».

Ces témoignages autorisés suffisent pour nous faire comprendre l’inconvenance qu’il y aurait à vouloir exiger de Jésus une certitude de vocation qu’il n’entre pas dans ses desseins de nous donner, et pour nous tenir en garde contre les maximes du monde à l’égard de l’état religieux.

Troisième prétexte. — Beaucoup consulter .

Sur le point de poser un acte aussi important que celui de tout quitter pour se consacrer au service exclusif de Jésus dans l’état religieux, un conseil sage et surnaturel peut être d’une très grande utilité.

Il ne s’agit point ici de consulter qui que ce soit sur l’excellence intrinsèque de l’état religieux, ce qui ne peut être mis en doute, selon ce qu’exprime le Docteur angélique, lorsqu’il dit que « dans les choses certaines, on n’a pas besoin de conseil, et qu’il est certain que l’entrée en religion, considérée en elle-même, est un bien meilleur, puisque Jésus Lui-même l’a con-

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seillée ». Néanmoins l'exécution de ce dessein peut varier selon les circonstances et les personnes ; et c’est pourquoi les aspirants à la vie religieuse ouvrent leur âme à leur directeur de conscience, et le consultent sur le parti à prendre. Connaissant son pénitent, ses défauts et ses vertus, ses inclinations bonnes ou mauvaises, son caractère et son tempérament, le directeur est en mesure, aidé de la prière, de donner une direction sûre et éclairée.

Si l’on n’a pas de directeur attitré, ou si l’on ne croit pas devoir se contenter du sentiment de son confesseur habituel, il faut s’adresser à un homme de Dieu en qui on mette toute sa confiance. « Choisissez un conseiller entre mille », est-il dit dans l’Ecclésiastique (vi, 6). Néanmoins faut-il encore prendre conseil auprès de ceux que l’on sait favorables à la vocation religieuse, sans quoi ils auront vite fait de détourner des saintes aspirations, comme le remarque justement saint Bernard : « Combien, dit-il, qui perdent la vocation sous l’influence de la sagesse maudite du monde, qui éteint en eux le feu sacré dont Dieu voulait les embraser».

C’est l’enseignement formel des docteurs. D’après saint Thomas, « si on est arrêté par quelque empêchement particulier, il est nécessaire de délibérer à cet égard et de consulter ceux dont on espère du secours et dont on ne

craint pas les entraves ». Suarez s’exprime aussi clairement : « Entre les choses qui sont principalement à observer, quand on demande conseil sur l’entrée en religion, la première c’est qu’on s’adresse à ceux qui peuvent aider ce dessein et non à ceux qui peuvent lui nuire ».

S’il est bon et sage de consulter pour être mieux éclairé et plus affermi dans ses résolutions de vie parfaite, cela n’implique pas l’utilité de multiplier les consultations; ce qui, au contraire, ne fait que compliquer la situation et aboutir souvent à un pur insuccès. Ces questions d’âme sont trop délicates et trop graves pour les exhiber au premier venu et en faire comme un article d’exposition. Outre que c’est complètement inutile de redire toujours la même chose, il s’établira forcément deux opinions contraires parmi ceux qui seront consultés, qu’ils soient ecclésiastiques ou séculiers, et alors comment pouvoir suivre une direction éclairée? Le résultat inévitable, c’est qu’après avoir jeté son âme dans le désarroi, on finira par abandonner tout désir sérieux de vie religieuse.

Les saints et les directeurs expérimentés de la vie spirituelle s’élèvent à bon droit contre cette erreur pernicieuse de ne vouloir se décider à entrer en religion qu’après avoir beaucoup consulté. « Il ne faut pas un examen de dix ou douze docteurs, dit ironiquement saint François de

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