PRÉTEXTES DE RETARD A L’ENTRÉE EN RELIGION
Sales, pour voir si l'inspiration est bonne ou mauvaise, s’il faut la suivre ou non ». « La vie religieuse, dit- il ailleurs, étant conseillée par Notre Seigneur en l’Evangile, qu’est-il besoin de beaucoup de consultations? »
Le grand danger, c’est de rencontrer l’obstacle là où l’on cherche le secours. Les esprits inconsidérés qui vont de la sorte, pour ainsi dire, colporter leur âme, en recueillent souvent le contraire de leurs espérances, — comme le remarque saint Thomas : « Les ennemis de l’état religieux disent que personne ne peut entrer dans la voie des conseils s’il n’a consulté beaucoup de monde. Tout homme sensé comprend quels obstacles à la perfection soulève une telle doctrine. En effet, les hommes qui n’écoutent que la chair et le sang, et qui sont toujours en plus grand nombre, détournent les autres des choses spirituelles, plutôt qu’ils ne les y exhortent ».
Il est un autre motif, souvent inconscient, ou que ne veulent pas s’avouer clairement ceux qui agissent ainsi : c’est leur hésitation à l’égard de la vocation religieuse et une certaine espérance de rencontrer un directeur qui, s’il ne les en détourne pas, tout au moins sanctionne leur retard, et, par là, les tranquillise. Ceux-là ne méritent pas d’être éclairés ; ils se trompent euxmêmes et à l’avance ils font partie de ceux dont parle Jésus « qui sont appelés mais non élus »,
On peut leur appliquer ce que saint Alphonse dit de ceux qui prient, non avec l’intention de connaître la volonté divine sur eux, mais avec le désir d’amener Jésus à penser comme eux : « Celui qui prie Dieu de l’éclairer sur le choix d’un état, sans être dans l’indifférence, et qui, au lieu de se conformer à la volonté de Dieu, demande plutôt que Dieu se conforme à la sienne, ressemble à un pilote qui feint de vouloir, mais qui en réalité ne veut pas que son vaisseau avance ; il commence par jeter l’ancre à la mer, et ensuite il tend les voiles. Le Seigneur ne communique pas sa lumière aux personnes ainsi disposées. Si, au contraire, vous le suppliez avec une généreuse indifférence et avec la résolution de suivre sa volonté, il vous fera connaître clairement l’état qui est le meilleur pour vous ».
Quatrième prétexte. — Devoirs exagérés envers les parents .
Sans revenir sur ce que nous avons déjà dit des parents, dans le chapitre des objections contre la vocation religieuse, et sans empiéter sur ce que nous dirons encore dans les causes d’infidélité à la vocation, nous croyons bon de dire un mot sur ce sujet relativement au retard apporté à l’entrée en religion.
Les parents sont certainement ceux qui ont le plus de droit à la reconnaissance et à l’affection.
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Tout ce que les enfants peuvent faire pour eux est digne de louange et en harmonie avec ce qu’ils leur doivent. Cependant rien, en cela, ne doit nuire aux intérêts sacrés des âmes. C’est pourquoi les devoirs d’affection filiale sont subordonnés à la vocation religieuse, quand elle existe. Si, en se faisant religieux, on cessait d’aimer ses parents, il y aurait contradiction entre deux devoirs; mais il n’en est pas ainsi, et, tout au contraire, les services spirituels que les enfants rendent à leurs parents dans la vie religieuse remportent sur les services temporels qu’ils peuvent leur rendre dans le monde.
C’est donc répondre à une première objection qui semblerait justifier les retards d’entrée en religion, sous prétexte de l’affection due aux parents, selon l’enseignement de saint Thomas : « Le précepte qui ordonne d’honorer ses parents s’étend non seulement aux secours temporels, mais encore aux secours spirituels et au respect qu’on leur doit. C’est pourquoi ceux qui sont en religion peuvent accomplir ce précepte en priant pour leurs parents, en leur témoignant du respect et en les aidant autant que des religieux peuvent le faire ».
A plus forte raison, l’opposition des parents à l’entrée immédiate en religion ne peut être une indication des volontés divines ; et ce serait se faire grandement illusion que de confondre ainsi
deux devoirs, dont l’un est forcément subordonné à l’autre, et de trouver une lumière divine là où il n’y a qu’un sentiment naturel.
Le saint et savant Evêque de Genève va nous donner sur ce point la vraie doctrine. « Vous avez tort, dit-il à l’une de ses dirigées, d’appeler volonté de Dieu les empêchements qui sont mis à l’exécution de cette aspiration, et pouvoir de Dieu, le pouvoir de ceux qui vous empêchent de le réaliser». Ailleurs, il est plus explicite : « Vous craignez que votre désir de vous retirer du monde ne soit pas selon la volonté de Dieu, puisqu’il 11e se trouve pas conforme à la volonté de ceux qui ont de sa part le pouvoir de vous commander et le devoir de vous conduire. Si vous parlez de ceux que Notre Seigneur vous a donnés pour vous commander dans les choses domestiques et temporelles, vous vous trompez vous-même de les croire dans les choses dans lesquelles ils n’ont point d’autorité sur vous. »
En s’attachant fortement à Jésus et en ravivant dans son âme le désir de Lui plaire et de ne vivre que pour accomplir ses saintes et adorables volontés, on réussit à établir l’équilibre normal entre les divers sentiments du cœur et à marcher sans erreur et sans illusion dans la voie de la vérité et des vues divines. C’est le grand moyen de se conserver généreusement fidèle à sa vocation. Que tous l’expérimentent.