‹ La Vocation ReligieuseChapitre 46 sur 105 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Récompenses de la fidélité à la Vocatiop Religieuse

La vocation religieuse étant fondée sur l’amour et le sacrifice doit nécessairement être la source de bien grandes grâces. L’amour est la cause génératrice de toutes les vertus et, par cela seul, il procure à l’âme des biens inestimables. Le sacrifice qui est à la fois une manifestation et un aliment de l’amour, fournit à la vertu un fondement de stabilité qui assure la perfection et garantit la persévérance. Ce qui fait dire à saint Bernard que « la religion est un véritable paradis où viennent en abondance les plus précieuses vertus ».

En aimant Jésus d’un amour crucifié, comme on L’aime lorsqu’on quitte tout et qu’on se renonce soi-même, pour se contenter de Lui et ne plus vivre que pour Lui, on est déjà récompensé par le fait du choix que Jésus a fait de nous et par l’honneur d’être consacré exclusivement à son service. Jésus cependant a daigné nous dire quelle admirable récompense 11 réserve à ceux

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qui veulent devenir plus particulièrement ses disciples. « Quiconque, dit-il, aura quitté sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme et ses fils, ou ses champs, à cause de mon nom, recevra le centuple et possédera la vie éternelle » (Mat., xix, 29).

Quelle splendide promesse ! Quel étonnant échange : des biens éternels en retour de biens périssables ! « Pour un rien qu’ils quittent pour Dieu, dit saint François de Sales, Dieu leur donne des récompenses incomparables, tant en cette vie qu’en l’autre ».

Sans vouloir énumérer tous les bienfaits qui sont la conséquence de la fidélité à la vocation, nous indiquons ceux que nous regardons comme les principaux pendant la vie, à la mort et au ciel.

l. — La paix.

Jésus se plaisait à parler de paix et à la donner à ses Apôtres. Lorsqu’il leur apparaissait après sa résurrection, c’était son salut ordinaire : « Que la paix soit avec vous ». Pendant sa vie, Il leur disait avec une certaine insistance : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix» (Jean, xiv, 17), mais, ajoutait-il, «Je ne vous la donne pas comme le monde la donne ».

Cette paix de Dieu « qui dépasse tout sentiment », comme parle saint Paul (Phil., iv, 7), c’est celle du religieux.

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Paix, dans le calme de l'esprit qui n'est plus sollicité par les mille riens du monde, qui n'est plus troublé par le bruit des plaisirs et des affaires terrestres, qui s’est débarrassé des soucis et des sollicitudes, des vanités qui attirent et des préoccupations qui absorbent, pour ne plus se fixer que sur les choses éternelles.

Cette mort au monde que pratique le religieux est pour lui la cause d'une jouissance incomparable dans une liberté et une tranquillité d'esprit qui est un des trésors de la vie religieuse. « Le vrai religieux, dit, en effet, saint Antonin, est libre des inquiétudes du monde auquel il est mort, libre aussi des soucis des parents, afin qu'il puisse servir Dieu avec plus de tranquillité ».

Paix, dans le repos du cœur qui a brisé tous les liens qui le retenaient dans le monde, qui s’est vidé de toute affection purement humaine, qui s'est interdit toute attache aux choses d'icibas, et qui a recouvré, par tous ces sacrifices, une paix intime et profonde dans laquelle il se complaît et se repose. « Le seul contentement d'avoir tout quitté pour Dieu vaut mieux que mille mondes », dit saint François de Sales. C'est ce qui explique que rien ne manque au cœur du religieux. Il a trouvé plus pleinement son Dieu, il le goûte et s'en rassasie, sans plus se soucier de ce qu’il a laissé dans le monde. Jésus lui suffit.

2. — La satisfaction cl avoir échappé aux vanités et aux dangers du monde .

Nous n’hésitons pas à classer cette satisfaction spirituelle parmi les récompenses accordées dès cette vie aux religieux. Que le sacrilice de quitter le monde ait été pour eux plus ou moins grand, suivant les cas, pour tous il a eu comme résultat de les éloigner du danger et de les mettre à l’abri des atteintes du mal qui, dans le monde, fait tant de victimes.

En se rappelant les pièges tendus à l’innocence, les mille suggestions trompeuses d’un monde pervers et hypocrite, les vanités sans nombre qui encombrent la vie mondaine, la perte irréparable d’un temps aussi précieux que celui qui nous permet d’acheter le ciel, l’aveuglement et l’indifférence dans lesquels vit la majorité des hommes, en un mot, ce néant absolu de tout ce qui passe sans retour ; l’âme est comme prise de vertige en face d’une semblable coalition d’ennemis et de moyens infernaux, et elle ne trouve plus d’expressions pour bénir le ciel et pour apprécier la grâce immense qui lui a été faite.

C’est alors qu’elle s’attache plus que jamais aux engagements sacrés par lesquels elle s’est amoureusement liée à son Bien-Aimé, et qu’elle savoure avec délices les joies de sa compagnie et les suavités de ses divins entretiens. Toute

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heureuse « d'avoir échappé aux filets du chasseur », comme disent nos saints Livres, elle regarde, de sa forteresse élevée, tous ces feux follets qui se croisent dans la plaine et elle plaint les pauvres mortels qui vivent encore au milieu de ces mensonges qui les amusent et de ces poisons qui leur donnent la mort.

« O enfants des hommes, s’écrie le psalmiste, pourquoi aimez-vous la vanité et vous attachezvous au mensonge ? » (Prqv., iv, 4). Ce qui fait dire à saint Bède : « Tous ceux qui aiment le monde sont des chercheurs de bagatelles ». Mais, selon saint Bernard, bagatelles qui donnent la mort : « Vivre pour le monde, c’est la mort ; seule l’âme qui est morte au monde vivra ».

Les religieux ne remercieront jamais assez Jésus de les avoir sortis du monde et de les faire vivre de lumière et de vérité. Qu’ils perdent le monde de vue et s’habituent à demeurer dans les hauteurs, comme les oiseaux du ciel qui voltigent dans les airs, selon l’aimable comparaison de saint Jean Chrysostome : « Ne descendons pas au milieu du monde, mais cherchons le ciel. Tant que les oiseaux se tiennent dans les airs, on ne les prend pas facilement; tant que l’homme contemple le ciel et qu’il s’y élève, ses ennemis ne peuvent le prendre facilement dans leurs filets ni dans leurs pièges. Le démon et le monde sont des chasseurs; plaçons-nous au-dessus d’eux

pour ne pas être arrêtés ni mis à mort par eux ».

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