‹ La Vocation ReligieuseChapitre 54 sur 105 · III. — La multiplicité des soucis · texte numérisé non relu

III. — La multiplicité des soucis

Il en est qui ont le talent de s’entourer de mille soucis, mais non celui de s’en défaire. Voulant faire face à tout, ils ne font face à rien. Ils finissent par en être dominés, bien plus qu’ils ne les dominent ; et alors ils n’en savent plus distinguer la valeur relative.

Si la grave question de la vocation religieuse vient à s’agiter pour ces âmes toujours en souci, elle court le risque de faire naufrage. On ne saura pas malheureusement lui donner le pas sur tout le reste ; on voudra ménager les transitions ; on n’osera pas briser trop brusquement tant de liens, on se croira obligé de poursuivre encore pendant quelque temps les œuvres ou les travaux en cours ; bien plus, on aura la faiblesse de se prêter à certaines avances ou combinaisons nouvelles qui apporteront encore d’autres retards dans la réalisation de la vocation.

Bref, ces âmes ne savent pas se débarrasser des liens qui les enserrent et n’arrivent jamais à conquérir leur liberté. On peut, à bon droit, les classer parmi celles dont parle Jésus dans l’Evangile, lorsqu’il dit que « les sollicitudes du siècle étouffent en elles la parole de Dieu » (Mat., xiii, 22).

Elles ont toujours des motifs pour se justifier, comme si pourtant elles n’avaient pas à traiter une affaire d’intérêt capital, à laquelle tout devrait céder sans discussion ni retard. Pendant ce temps, les jours et les mois s’écoulent, et Jésus attend ! Il est pour ainsi dire à leur merci.

Comment, dès lors, l’attrait premier de la vocation ne s’affaiblirait-il pas en elles, et ne serait-il pas exposé à disparaître complètement ? « Les sollicitudes du siècle, dit justement saint Grégoire, en ne permettant pas au bon désir de pénétrer dans le cœur, font périr, pour ainsi dire, le souffle vital ».

C’est à ces âmes toujours préoccupées et toujours indécises que s’adresse saint Ambroise, quand il dit : « Celui qui a choisi Dieu pour partage ne doit s’occuper que de Dieu, de peur que quelque autre occupation ne vienne l’en détourner». Et comme elle est sage aussi la recommandation de saint Paul à son disciple Timothée : « Quiconque est enrôlé au service de Dieu ne s’embarrasse point dans les affaires séculières, s’il veut plaire à celui qui l’a enrôlé » (II Tim., ii, 4).

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