IV. — Les obligations exagérées
Une autre cause d’infidélité, plus subtile cellelà, parce qu’elle se présente sous les dehors d’un devoir à accomplir, mais non moins préjudi-
CAUSES D’iNFIDÉLÏTÉ A LA VOCATION 205
ciable à l’âme que Jésus appelle à la vie religieuse, consiste à se créer des obligations dont on se fabrique des chaînes qui ensuite nous retiennent dans le monde. Il semble illogique de réclamer de Jésus la lumière sur sa vocation et d’hésiter après à la suivre, sous prétexte qu’on n’est pas libre de rompre ses liens. Comme si la vocation ne devrait pas l’emporter sur tout le reste.
De la fidélité à la vocation et de la promptitude à y répondre dépend l’accomplissement des desseins de Jésus sur une âme, et, par voie de conséquence, la sanctification et le salut de cette âme. D’où vient donc qu’il arrive si souvent, même parmi les âmes éclairées et qui ont la mission de diriger les autres, qu’il y a, sur ce point, tant de Faux raisonnements et d’illusions ?
Jésus a parlé, on devrait accourir. La vocation est indéniable, et on ne voudrait pas y être infidèle. Mais les objections se dressent ; la nature, le monde et le démon s’entendent pour les multiplier souvent et leur donner une importance qu’elles n’ont pas. Ce sont des parents qu’on ne peut abandonner, des neveux ou des nièces qu’il faut assister, des amis qu’on ne peut laisser dans l’embarras, des entreprises qui ont encore besoin de notre présence, des œuvres qui vont péricliter par notre absence, des collaborations promises qu’il serait nuisible de cesser, des affaires
de famille ou d’amitié qu’il faut poursuivre ; et que sais-je encore, tant il est facile de se faire illusion, et, pour tout dire, de couvrir souvent sa lâcheté par l’apparence d’un devoir imposé.
Le mal vient de l’inintelligence qu’on a de l’importance capitale de la vocation et des exagérations trop faciles de responsabilité que l’on se crée. Que de vocations religieuses sombrent dans ces attentes prolongées, où l’on s’imagine si facilement voir la volonté de Dieu ! Car, chose étonnante, on a rêvé longtemps de la vie religieuse, on a fait de nombreuses démarches pour atteindre le but, et, quand il faut s’exécuter, on se soumet aisément à de longs mois et à des années d’attente pour faire face à de prétendues obligations qui, la plupart du temps, ne sont que des dehors trompeurs sous lesquels se déguisent inconsciemment l’insouciance et la lâcheté.