‹ La Vocation ReligieuseChapitre 57 sur 105 · VI. — Le détachement insuffisant du monde · texte numérisé non relu

VI. — Le détachement insuffisant du monde

La vocation religieuse est sûrement une des questions les plus graves qui puissent s’agiter pour une âme. Il en est cependant qui la traitent plutôt en amateurs qu’en gens sérieux et réfléchis. Ils la désirent, il est vrai, mais ils ne lui sacrifient pas toutes leurs satisfactions; ils cherchent un service plus direct de Dieu, mais qui ne soit pas exclusif ; ils aspirent à une vie de piété, mais d’où ne seraient pas totalement exclus les plaisirs et les distractions du monde ; ils veulent bien être à Jésus, mais ils voudraient aussi appartenir un peu au monde et 11e pas renoncer totalement à leurs habitudes et à leurs fantaisies.

C’est ce mélange de vues et de sentiments opposés qui fait leur malheur. Ils étouffent par là en eux les pures et saintes inspirations, ou ils les décolorent tellement qu’ils leur enlèvent leur

sens spirituel et les réduisent à des considérations purement humaines. C’est la manière dont les mondains rabaissent et avilissent les choses les plus élevées. Ils mêlent l'humain au divin, et ils se rendent incapables de distinguer ce qui est de Dieu et ce qui est du monde.

Désireux du spirituel, ils se donnent comme des allures de piété et de perfection ; mais trop terrestres pour se dégager du monde, de son esprit et de ses maximes, ils raisonnent sur les choses de la sainteté à la manière des gens qui ignorent les éléments de la vertu. Comment peuvent- ils appartenir à Jésus, qui veut être servi et aimé uniquement, lorsqu’il y a dans leur cœur tant de partages et d’attaches qui se heurtent ? « Si vous choisissez Dièü, dit saint Augustin, servez-le ; si vous choisissez le mondé, pourquoi offrez-vous à Dieu un cœur qui n’est pas sincère ? »

Jésus n’a que faire, dans la vie religieuse, de ces âmes hésitantes, de ces esprits aveuglés et de ces cœurs partagés. Aussi, tous ceux qui entrent en religion, sans être complètement détachés du monde, et qui, en outre, prétendent ne pas rompre totalement avec lui, ne peuvent-ils y persévérer; et leur départ est une vraie grâce pour les communautés, car de tels membres y seraient une source de désordres et de malédictions.

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