‹ La Vocation ReligieuseChapitre 58 sur 105 · VII. — L’affection trop grande des parents · texte numérisé non relu

VII. — L’affection trop grande des parents

Lorsque Jésus a des desseins d’amour et de miséricorde sur une âme, et qu’il l’appelle à sa suite, Il lui impose nécessairement des sacrifices. Le premier est le détachement du cœur, par lequel l’âme se rend libre des affections terrestres et opère ensuite tous les dépouillements nécessaires pour marcher sur les traces de son divin Epoux. L’affection des enfants pour leurs parents ne peut échapper à cette loi du renoncement d’amour que Jésus réclame de ses disciples. Non pas que les enfants soient invités en aucune manière à ne plus aimer leurs parents ; mais en ce sens que l’amour de Dieu doit dominer l’amour des parents, et, à T occasion, imposer en conscience des séparations.

L’ordre donné autrefois par le Seigneur à Abraham : « Quittez votre patrie, votre parenté, et la maison de votre père, et venez en la terre que je vous montrerai » (Gen., xii, i), se répète pour les âmes appelées à la vie religieuse. C’est à elles que Jésus s’adresse plus expressément, quand II enseigne qu’ « Il est venu séparer l’homme de son père et la fille de sa mère » (Mat., x, 35), et que, prévoyant de la résistance de la part de quelques-unes, Il ajoute ces paroles capables de faire trembler : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » (le., 37).

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Jésus sait que le sacrifice sera pour plusieurs un sujet de tentation et de lutte, et c'est pourquoi Il les prévient qu'ils trouveront des adversaires à leur pieux dessein parmi ceux qui les aiment le plus : « L’homme aura pour ennemis ceux de sa maison », dit-il (le,, 36). Mais rien ne doit les arrêter, car, pour être son disciple, il faut « prendre sa croix et Le suivre » (Mat., vi, 24).

Ne pas écouter les enseignements formels de Jésus, c'est donc s'exposer à être infidèle à sa vocation. Il n'en faut pas davantage pour faire appel à la raison, afin qu’elle dirige les mouvements du cœur. Aimer ses parents outre mesure, au point de mettre cet amour en balance avec l’amour de Jésus, ce 11'est pas les aimer vraiment ni s’aimer soi-même.

Prétendre subordonner l’amour de Dieu à celui de ses parents, c'est déjà être infidèle. Le danger est grand pour les cœurs trop tendres qui agissent plus par sentiment que par raisonnement et qui, par un excès de tendresse inconsidérée, se ferment à la lumière divine et aux saintes énergies.

Il est souverainement important de se méfier des affections trop vives de son cœur, surtout que l'affection filiale se dresse en face du sacrifice comme l'accomplissement d'un devoir sacré. Bien des âmes y sont trompées et s’exposent à un malheur éternel. Saint Alphonse parle d’une

triste expérience, quand il dit : « Combien de pauvres jeunes gens, à cause de leur affection pour leurs parents, ont d’abord perdu leur vocation, et ensuite leur âme ».

Les jeunes filles sont, sur ce point, plus exposées encore que les jeunes gens, et on ne peut trop les mettre en garde contre ces illusions du cœur et les infidélités coupables qui en sont la conséquence.

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