‹ La Vocation ReligieuseChapitre 59 sur 105 · VIII. — Les passions mal asservies · texte numérisé non relu

VIII. — Les passions mal asservies

Il est une dernière catégorie d’âmes, dont les passions mal éteintes font une guerre acharnée à tout désir de perfection. Si dès le commencement on n-a pas le courage de maîtriser ces passions avec énergie et de les maintenir en servitude sous la domination impérieuse de L amour divin, elles créent de grands ennuis, jettent l’âme dans des perplexités douloureuses, obscurcissent le sens des choses divines et finissent parfois par triompher complètement de la grâce de vocation et par retenir dans le monde ceux que Jésus avait appelés à s’en séparer. « Beaucoup veulent suivre la grâce divine, comme s’exprime saint Isidore d’Espagne, mais ils redoutent de manquer des plaisirs du monde ; l'amour de Jésus- Christ les appelle, mais l’amour du monde les rappelle».

Qui veut se donner tout à Dieu, doit rompre

avec le démon ; qui aspire à n’aimer que Jésus et à ne vivre que pour Lui, doit faire mourir tous les penchants de la mauvaise nature ; qui désire embrasser l’état de perfection, doit s’éprouver sérieusement et s’être séparé du péché et des occasions du péché.

Si une légère infidélité dans la voie d’amour peut parfois mettre obstacle au courant des grâces de Jésus sur une âme, que dire d’une faute grave qui viendrait chasser Jésus d’une âme qu’il appelle à devenir son épouse ? Les pécheurs, sans doute, peuvent être appelés, comme les justes, à l’état religieux ; c’est là le secret de la miséricorde infinie de Jésus. Mais après leur conversion, les âmes qui se destinent à la vie religieuse doivent faire une guerre à mort à leurs passions et remporter la victoire sur elles. Leur persévérance est à ce prix. « Restez fermes, leur crie saint Paul, et ne vous remettez pas sous le joug de la servitude » (Gal., v, i). Sans quoi, les chutes répétées finiront par éteindre toute vie spirituelle, et Jésus s’éloignera emportant la grâce de la vocation.

Saint Augustin a raison de dire que « celui qui ne veut pas être l’esclave de la charité, le sera nécessairement de l’iniquité ». C’est à ce malheur effroyable, hélas ! que devra aboutir une âme appelée à la perfection, mais que ses passions auront mérité d’être chassée de devant la face du Seigneur.

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