Châtiments éternels
Il n’y a pas de doute que c’est souvent exposer gravement son salut que de ne pas correspondre à la grâce de la vocation religieuse. Tous les infidèles ne se damnent pas, mais tous sont exposés à se damner, d’après tout ce que nous
avons dit jusqu'à présent, soit parce que la volonté de Jésus est manifeste, soit parce que l'état religieux apparaît comme une sauvegarde nécessaire. Il n'en faut pas davantage pour faire réfléchir les esprits légers, les cœurs trop attachés aux créatures et aux biens terrestres, les volontés faibles et chancelantes qui hésitent et lésinent devant le sacrifice. Faute de réflexion sur les effets inévitables ou simplement possibles de leur infidélité, ils peuvent faire un irrémédiable faux pas à conséquences éternelles.
La doctrine de saint Alphonse est très précise sur ce point. Rappelons d'abord un passage déjà cité : « Ceux qui sont appelés sont tenus de se faire religieux, parce que Dieu leur refusera dans le monde les secours qu'il leur préparait dans la religion ; et bien qu’avec les grâces ordinaires, ils puissent se sauver dans le siècle, de fait, ils se sauveront difficilement)). C'est ce qui le fait s’écrier : « Ah ! combien n'en verrons-nous pas, de ces âmes malheureuses, qui seront réprouvées au jour du jugement, pour n’avoir pas voulu obéir à la voix de Dieu ! »
En maints endroits de ses ouvrages, ce saint docteur, si expérimenté dans les voies spirituelles, ne cesse de mettre en garde les jeunes gens et les jeunes filles contre l’infidélité à la vocation et ses terribles conséquences. Devant le sort éternel qui les attend, il les presse et
CONSÉQUENCES DE l’iNFIDÉLITÉ
les supplie de s’épargner ce malheur. « Maintenant, dit-il, que le Seigneur vous met en main la faculté de choisir, faites donc votre choix, décidez vous-même ce que vous voulez devenir, ou un grand roi dans le paradis, ou un damné plus tourmenté que les autres dans l’enfer ».
Le souvenir de la perte de la vocation devient, en effet, un tourment spécial pour les réprouvés. « Quel sera, dans l’enfer, dit toujours saint Alphonse, le supplice d’un jeune homme appelé de Dieu, par une faveur singulière, à l’état religieux, lorsqu’il reconnaîtra qu’en obéissant à Dieu il eût acquis une belle place au paradis, et qu’il se verra, au contraire, relégué dans ce lieu de tourments, sans espoir de remède à sa ruine éternelle! » « Il est certain, dit-il ailleurs, qu’alors le souvenir de la grâce de la vocation sera pour lui, dans l’enfer, un double enfer ».
Que ne doit-on pas faire pour éviter un tel malheur ! Devrait- il nous en coûter les plus grands sacrifices, soyons prêts à tout pour correspondre généreusement à la grâce de la vocation. Soyons assurés que Y infidélité sur ce point peut nous attirer les plus grands malheurs, et, en premier lieu, l’abandon de Jésus, comme ce divin Maître le fit entendre un jour à sainte Marguerite- Marie qui hésitait à se faire religieuse, bien qu’elle s’y sentît attirée : « Je suis le plus riche, le plus puissant et le plus parfait
de tous les hommes, pourquoi voudrais-tu pour un autre rompre avec moi ? Sache que si tu me fais ce mépris, je t'abandonne pour jamais ; mais si tu m'es fidèle, je ne te quitterai pas, et je te ferai remporter la victoire sur tes
ennemis ».