‹ La Vocation ReligieuseChapitre 74 sur 105 · Recueillement et éloignement du monde · texte numérisé non relu

Recueillement et éloignement du monde

Les idées de vocation religieuse sont des idées qui, par elles-mêmes, portent au sérieux et au recueillement. Pour bien entendre et bien comprendre la voix qui parle au fond de l’âme, il faut être attentif et ne pas avoir d’autre préoccupation. Pour considérer toutes choses dans le calme de l’esprit et les apprécier à leur juste valeur, il est nécessaire d’écarter la dissipation des sens et de mettre un frein aux extravagances de l’imagination. Pour descendre dans le fond de son cœur et y faire la revue de ses affections, afin d’en éliminer toutes celles qui ne cadreraient pas avec l’amour divin, il faut en être maître et pouvoir en diriger les sentiments.

Travail et réflexion qui ne peuvent se faire que dans le recueillement, lorsque l’âme est chez elle et qu’elle est maîtresse de ses mouvements. « Dieu ne parle pas à ceux qui sont hors d’euxmêmes, comme dit saint Bernard, et occupés des choses extérieures ; mais à ceux qui se retirent dans les pensées intérieures ».

S’il se faisait trop de bruit dans l’âme et si l’esprit se laissait distraire habituellement par les choses du dehors, il ne s’établirait pas un contact suffisant entre Jésus et l’âme, pour que ce divin Maître puisse parler librement et être écouté pieusement. Il ne faut pas oublier qu’il

RÈGLE DE CONDUITE AVANT l’eNTRÈE EN RELIGION 263

ne s’agit pas ici de ce qu’on pourrait appeler « un recueillement de dévotion », qui serait une disposition habituelle de l’âme, mais bien plutôt d’ « un recueillement de raisonnement », d’un recueillement imposé à l’âme et jugé nécessaire pour traiter dans les conditions voulues la grande affaire de la vocation. Sans cela, Jésus parlerait, mais, n’étant point entendu, Il parlerait en vain. Et qui sait si alors II ne se tairait point? Voilà pourquoi saint Bernard insiste tant sur ce point. « Si celui qui délibère sur un état de vie, dit-il, désire entendre la voix de Dieu, qu’il se retire dans la solitude. Si vous préparez votre oreille intérieure à la voix de Dieu, à cette voix plus douce que le miel, fuyez les embarras extérieurs, afin que, l’âme dégagée et libre, vous puissiez dire avec Samuel : Parlez, Seigneur, car votre serviteur écoute. Cette voix de Dieu ne se fait pas entendre sur les places publiques ni dans la foule ; un conseiller secret cherche un auditeur secret ».

Celui qui attend, dans le monde, son entrée en religion, est donc tenu, d’après ce que nous venons de dire, d’y vivre comme s’il n’y était pas. C’est-à-dire que, n’étant pas fait pour le monde et le monde n’étant pas fait pour lui, il doit rester étranger non seulement à son esprit et à ses maximes, mais encore à ses divertisse-

ments et à ses frivolités. Plus vite il rompra avec cette dissipation mondaine, ennemie irréconciliable de toute vie recueillie et réfléchie, plus vite il se mettra à l'abri de bien des tentations qui pourraient compromettre sa vocation.

Saint Alphonse fait ressortir l'influence néfaste des plaisirs mondains et la facilité de s'y laisser entraîner, si on ne s'en éloigne pas radicalement. « Il est nécessaire de vivre dans le recueillement, ce qui est impossible si on ne s'éloigne des divertissements du siècle. Que faut-il pour perdre la vocation dans le monde ? Un rien, une journée de dissipation, un mot d'un ami, une attache, une crainte, un ennui non surmonté, cela suffit pour détruire toutes les résolutions de se donner entièrement à Dieu. Quiconque se dissipera dans les amusements mondains doit être persuadé qu’il perdra indubitablement sa vocation. Ah ! combien n'en est-il pas qui, par manque de recueillement et d’éloignement du monde, ont perdu leur vocation et ensuite leur âme ! »

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