‹ La Vocation ReligieuseChapitre 75 sur 105 · Mortification et générosité · texte numérisé non relu

Mortification et générosité

Destiné à une vie de pénitence, de renoncement et de détachement universel par la pratique des trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, l'aspirant à ce saint état doit se faire remarquer par un grand esprit de mor-

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tification. Il lui siérait mal de s’accorder tant de petites fantaisies, comme on s’en accorde dans le monde, lui qui devra bientôt se les interdire absolument.

Avant d’être tenu par devoir d’état à se mortifier en tout, il doit le faire dès maintenant par amour et par un sentiment de noblesse qui le pousse à prendre les pieuses habitudes qu’il va tout à l’heure contracter.

Une âme religieuse est nécessairement une âme mortifiée. C’est par des petits sacrifices qu’elle se préparera à en faire de plus grands. Rien ne doit lui coûter, quand il s’agit d’entrer davantage dans l’esprit de sa vocation. D’où le sacrifice des amusements du monde, le retranchement des choses superflues, la modération dans le boire et le manger, la guerre aux joies trop sensibles, la mortification des sens, l’acceptation généreuse de tout ce qui gêne, contrarie et fait souffrir.

/ Il ne faut pas craindre d’avoir trop à souffrir ; c’est quand on aime la souffrance, qu’elle devient douce et agréable. La sainteté 11e s’acquiert que par la croix, c’est pourquoi il faut tant l’aimer, et s’écrier avec sainte Thérèse : « Advienne que pourra ; tenir la croix bien serrée, c’est la grande affaire ».^

C’est être deux fois mortifié que d’apporter

de la générosité dans les privations et les sacrifices que Ton s’impose volontairement ou que Ton accepte de la main de la Providence. Si on a une volonté arrêtée de parvenir à la sainteté de l’état religieux, il est plus que naturel de ne pas marchander avec les sacrifices, mais, au contraire, de les embrasser avec joie et de s’en faire sans tarder des sources de mérites. Plus tard il faudra lutter héroïquement ; qu’on se hâte de devenir de vaillants athlètes, selon l’avertissement de saint Bonaventure : « Celui qui entreprend de servir Dieu doit se préparer à la guerre, parce que le diable s’arme aussitôt contre lui ».

Mais cela ne doit nullement effrayer, car les luttes supportées pour l’amour de Jésus et afin de correspondre à ses desseins de miséricorde, sont des victoires en germe, d’après l’assurance qu’en donne saint Paul : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom., viii, 3i)

Une fois résolu d’atteindre le port de la vie religieuse, il ne faut plus se laisser détourner par rien, et, quoi qu’il en coûte, poursuivre avec renoncement et courage la réalisation de ses espérances, à l’exemple du grand apôtre qui disait : « J’oublie ce qui est en arrière, et je me porte vers ce qui est en avant; je cours vers le but, vers la récompense à laquelle Dieu nous a appelés, d’en-haut, dans le Christ Jésus » (Phil., iiï, i3, 14).

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Mettre au service d'une telle cause tous ses efforts de vertu et tous ses désirs de mortification, n’est-ce point juste et digne d’envie? La palme à conquérir est trop belle, pour ne pas se montrer ardent et généreux dans les sacrifices qui peuvent la mériter. « Que Dieu vous donne sa sainte force, dit saint François de Sales, et que vous coupiez généreusement tous les liens qui vous empêchent de suivre les célestes attraits de votre cœur ».

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