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Fermeté et persévérance

Il ne faut pas moins de fermeté que de générosité pour conserver dans son âme la grâce de la vocation religieuse. On doit se convaincre, dès le commencement, que l’on rencontrera des obstacles, qu’il se présentera des difficultés, que I on devra subir des luttes, que l’on aura à surmonter des oppositions, que l’on passera peutêtre par des moments de lassitude et d’ennui, des heures de dégoût et de ténèbres, etc. Si l’on ne passe pas par tous ces états, on est dans le cas cependant d’avoir à lutter contre plusieurs ennemis à la fois.

C’est dans l’ordre. On ne peut servir Dieu sans avoir à subir la tentation. « Mon fils, dit l’Ecclésiastique, quand tu t’approches du service de Dieu, demeure dans la justice et la crainte, et prépare ton âme à la tentation » (n, 1). Saint Paul

nous prévient qu’il est même inévitable de passer par la persécution : « Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ subiront la persécution » (II Tim., iii, 12). Jésus lui-même nous en révèle le motif : « Si vous étiez du monde, nous dit-Il en saint Jean (xv, 19), le monde aimerait ce qui serait à lui ; mais parce que vous n’êtes point du monde et que je vous ai choisis au milieu du monde, c'est pour cela que le monde vous hait ».

Cette persécution et cette haine n’auront pas évidemment un caractère tragique, mais elles n’en seront que plus dangereuses. Elles se présenteront sous la forme d’une opposition directe ou d’une insinuation habile, elles se revêtiront du manteau de l’amitié ou du dévouement, elles surgiront même de notre propre fond et soulèveront des ténèbres dans notre esprit, des hésitations dans notre volonté et des tempêtes dans notre cœur.

D’où que vienne l’épreuve, il faut y voir la volonté de Dieu qui, en nous éprouvant, veut nous affermir et nous couronner. « Sans épreuve et sans tentation, point de couronne ; sans combat, pas de victoire », dit saint Jean Chrysostome, faisant écho au psalmiste (Ps. xxxm, 20) : « De grandes tribulations sont réservées aux justes ; mais le Seigneur les délivrera de tous les maux ». C’est, en effet, en s’appuyant sur lui,

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que F on peut dire comme saint Paul (II Cor., iv, 8, 9) : « Nous souffrons la tribulation, mais nous ne sommes pas accablés ; nous sommes en perplexité, mais non désespérés ; nous sommes persécutés, mais non abandonnés ; nous sommes abattus, mais non perdus ».

Les épreuves chez ceux qui se destinent à la vie religieuse sont parfois d'autant plus grandes qu’il s’agit d’empêcher un plus grand bien. Elles sont comme une garantie de l’appel divin, selon ce que dit saint Augustin : « Jésus vous appelle ; celui-là seul n’est pas appelé par le Seigneur, qui n’a point de peines dans la vie ».

Aussi doivent-ils se dresser courageusement contre tout ce qui peut s’opposer à l’accomplissement de leurs pieux desseins. « Soyez fermes et inébranlables, travaillant toujours de plus en plus à l’œuvre du Seigneur », dit saint Paul (I Cor., xv, 58). Et si les adversaires cherchent à les prendre par surprise, qu’ils suivent le conseil de l'Apôtre saint Pierre (II, m, 17) : « Soyez sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’erreur de ces insensés, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté ».

Quand il s’agit de sauvegarder sa vocation, tout doit être mis en œuvre. Que l’on soit attentif à ce que rien ne lui porte atteinte, selon la sage recommandation de saint François de Sales : « Tout ce qui vous détournerait de cette voie

regardez-Ie comme une tentation, d’autant plus dangereuse que peut-être elle sera spécieuse ».

C’est la chose à laquelle il faut attacher le plus d’importance, car de la fidélité à la grâce de la vocation dépend toute la sainteté. C’est pourquoi saint Alphonse écrit que « celui qui est absolument obligé d’attendre, doit mettre tous ses soins à conserver la vocation comme le trésor le plus précieux qu’il puisse posséder ». Il ne faut à aucun moment se départir de cette vigilance et s’écarter de cette ligne de conduite, fortifiant sa volonté par des efforts soutenus, de peur qu’elle ne faiblisse, et renouvelant constamment sa résolution de se consacrer au Seigneur, dès que l’heure de la volonté divine aura sonné. « Si quelqu’un, dit saint Augustin, désire quitter le siècle pour entrer dans une société religieuse, sa volonté ne doit être ni violentée, ni mobile, mais immuable, virile, efficace, constante et parfaite par l’esprit de charité qui doit la remplir ».

Il n’y a pas jusqu’aux doutes personnels sur sa vocation qui ne doivent être considérés comme une tentation, du moins jusqu’à ce que la pleine lumière soit faite. C’est souvent le moyen dont le démon se sert pour faire croire à une nonvocation, comme si les tentations contre la foi, par exemple, détruisaient la foi elle-même. Ce sont là évidemment de dures épreuves pour une

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âme qui veut être fidèle et n’accomplir que les volontés de Dieu sur elle. La première chose à faire est de 11e pas se troubler et de prier beaucoup, puis d’attendre patiemment que l’épreuve passe et que la lumière se fasse.

Il en est parfois qui s’imaginent n’avoir pas la vocation, parce qu’ils ne goûtent plus les joies sensibles du commencement et que, au contraire, ils éprouvent plutôt des refroidissements et des dégoûts. Saint François de Sales va leur répondre : « Pour avoir une marque de bonne vocation, dit-il, il ne faut pas une constance sensible, mais qui soit en la partie supérieure de l’esprit. Ainsi, il ne faut pas juger qu’une personne n’est pas vraiment appelée, parce qu’il lui arrive, même avant d’avoir quitté le monde, de ne plus éprouver ces mouvements sensibles qu’elle avait au commencement, ni même parce qu’elle sent des dégoûts et des refroidissements qui la portent à vaciller, en s’imaginant que tout est perdu. Il suffit que la volonté reste constante à ne point abandonner la vocation divine ; c’est même assez qu’elle y demeure attachée par quelque affection ».

Saint Alphonse attache une telle importance à la grâce de la vocation religieuse pour la sanctification et le salut des âmes, et il désire tant voir se multiplier ces privilégiées du Seigneur à

qui l’appel divin s’est déjà fait entendre, qu’il écrit « que toutes les prières à Jésus et à Marie doivent avoir pour objet d’obtenir la persévérance ».

Il peut arriver qu’il se dresse de tels obstacles à l’entrée en religion que, malgré tous les moyens employés pour les surmonter, on ne puisse y réussir. C’est une épreuve à laquelle l’âme doit se soumettre courageusement, puisque la volonté divine en dispose ainsi. Jésus lui tiendra compte de sa bonne volonté et lui accordera des grâces en rapport avec le sacrifice qu’il lui demande.

Qu’elle s’en tienne alors à la ligne de conduite que lui trace saint François de Sales : « Vous devez vous résigner entièrement entre les mains de notre Dieu, faisant sans doute avec courage ce que vous pourrez pour entrer en religion, puisque Dieu vous en donne tant de désirs ; mais si après tous vos efforts, vous ne pouvez pas réussir, vous ne sauriez plaire davantage à Notre Seigneur que de lui sacrifier votre volonté et demeurer en tranquillité, humilité et dévotion, entièrement remise et soumise à son divin vouloir et à son bon plaisir, que vous reconnaîtrez assez, quand ayant fait votre possible, vous ne pourrez pas exécuter ce qui fait l’objet de vos souhaits.

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