La pensée de la mort
Pour s’aider à apprécier justement les choses divines et humaines, comme pour s’encourager à marcher dans la voie des conseils, la considération de la mort est d’un puissant secours. C’est parce que les mondains y pensent si peu, qu’ils s’illusionnent facilement et exposent leur salut éternel. A cause de cela, ils se soucient peu de choisir la voie qui pourrait les conduire plus sûrement au ciel ; et la rencontre avec la mort se fait pour eux sans presque l’avoir prévue. Et pourtant il faut mourir ! « Le mal, dit saint Alphonse, est que dans le siècle on pense peu à Dieu, et peu aussi à l’autre monde, où nous devons demeurer éternellement. Considérez que toutes les choses d’ici-bas ont une fin... Tout passe, et la mort s’avance vers nous ; et nous, à chaque pas que nous faisons, nous avançons vers la mort et vers l’éternité ».
S’il survient des doutes et des hésitations à l’égard de la vocation religieuse, il n’y a qu’à se représenter sur son lit de mort, sur le point de paraître devant Dieu et d’être jugé, puis de se résoudre à prendre le parti que l’on voudrait avoir pris à ce moment solennel. Il n’existera plus alors ni illusion ni légèreté, mais on se trouvera en face d’une double vérité, écrasante pour les pécheurs, douce et consolante pour les
justes, à savoir : que Ton quitte le monde pour n’y plus jamais revenir et que l’on entre dans une éternité de bonheur ou de malheur. C’est la mort qui décidera de notre sort. Oh ! comme il est précieux de choisir sa vocation, en vue de ce moment solennel !
C’est le conseil que donnent tous les saints. « Si quelqu’un hésite, dit saint Ignace, incertain et inquiet, qu’il évoque la pensée de la mort et celle du jugement suprême qui la suivra, et qu’il embrasse définitivement ce qu’il voudrait avoir embrassé quand il sera à ce seuil redoutable de l’éternité ».
Celui qui sincèrement déciderait de sa vocation, en se mettant en face de la mort, aurait une grande sécurité qu’il ne se trompe pas, d’après le sentiment de saint Alphonse. « Si vous voulez être sûr, dit-il, de bien choisir votre état de vie, représentez-vous à l’article de la mort, et choisissez l’état que vous souhaiteriez alors d’avoir embrassé ».