Grand amour pour Jésus au Très Saint Sacrement
La vie religieuse procure l’incomparable avantage de vivre dans la compagnie et sous le même toit que Jésus au Très Saint Sacrement; c’est une de ses plus grandes joies et l’un de ses charmes les plus doux. On a raison de se croire dans le vestibule du ciel, quand on vit près d’un Tabernacle où demeure en personne le Jésus qui fait la sainteté des saints sur la terre et qui demeurera éternellement la félicité des élus dans le paradis.
Jusque-là, l’â me qui aspire à l’état religieux doit se rapprocher de l’Eucharistie le plus pos-
sible. Jésus-Hostie doit lui devenir un centre de vie. Elle trouvera tout en Lui : la lumière pour l’éclairer toujours plus sur sa vocation, car « Il est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean, i, 9) ; la voie pour y marcher sans défaillance, car « Il est l’unique voie » qui conduise au salut (Jean, xiv, 6) ; la force pour faire face à tous les ennemis et persévérer dans ses saintes dispositions, car « Il a vaincu le monde » (Jean, xvi, 33) et « Il est le Pain de vie qui donne la vie au monde et assure la vie éternelle» (Jean, vi, 33, 52) ; la joie du cœur, qui remplace toutes les affections de la terre, car Jésus est à Lui seul la source du vrai bonheur et II inonde de délices les âmes qui L’aiment, « Que ma joie soit en vous et que votre joie soit pleine» (Jean, xv, 11); l’amour qui fait vivre et qui est la consommation de la perfection. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui, il vivra par moi » Jean), vi, 57, 58).
Quiconque vide son cœur de toutes les attaches aux biens de ce monde et aux créatures, n’a qu’à aller à Jésus-Eucharistie pour le remplir. Rien ne lui manquera, car, comme s’exprime le Concile de Trente : « Dans le divin Sacrement de l’Eucharistie, Jésus-Christ a répandu sur les hommes toutes les richesses de son divin amour ».
C’est pour aimer uniquement Jésus et s’embraser à son contact que l’on soupire après sa compagnie dans la solitude du cloître. Une seule Hostie contient essentiellement le foyer de l’éternelle charité. « Le Sacrement de l’autel est l’amour des amours », dit saint Bernard. Il n’est pas possible de ne pas aimer, si seulement l’on vit dans son rayonnement ; bien plus, n’aiment vraiment que ceux qui, selon l’expression du Bienheureux P. Eymard, «trouvent tout en l’Eucharistie et en rEucharistie toutes choses ». C’est donc à ses pieds que l’on doit aller alimenter sans cesse son amour pour entrer de plus en plus dans l’esprit de sa sainte vocation et pour pratiquer les vertus qui en seront l’ornement.
Dans les jours sombres et aux prises avec les divers ennemis qui viendront contrecarrer nos desseins de perfection, l’Eucharistie sera notre force et notre consolation. « L’Eucharistie, dit saint Jean Chrysostome, voilà bien ce charbon ardent qui nous embrase de telle sorte que, transformés en autant de lions et ne respirant plus que l’amour de Dieu, nous devenons la terreur de l’enfer ».
Pour que l’amour de Jésus devienne une véritable passion, comme il convient à une âme qui aspire à mener ici-bas la vie des anges, il faut donner la première place dans sa vie au Jésus du Sacrement de l’amour par excellence.
Aller le visiter fréquemment, s’en nourrir chaque jour, vivre sous son influence, y penser avec amour, l’invoquer sans cesse, recourir à lui en toute circonstance, établir avec lui une étroite intimité de pensées, de sentiments, de désirs et de volontés, lui recommander sa vocation et la grâce d’y demeurer fidèle, vivre déjà, sous son regard et dans son amour, de la perfection de sa vie future : tels doivent être l’esprit et la pratique de tous ceux qui ont foi en la présence personnelle de Jésus au Très Saint Sacrement, et qui aspirent à marcher sur ses traces dans la voie des conseils évangéliques.
Une âme qui vivrait de ces grandes pensées, serait infailliblement éclairée sur sa vocation, trouverait la réponse à bien des difficultés et parviendrait à la réalisation de ses désirs ; tandis qu’il y aurait lieu de douter sérieusement d’une vocation à qui Jésus-Eucharistie ne parlerait pas au cœur et qui ne se plairait pas dans sa compagnie.
Comment, plus tard, aimer pour soi la solitude, lorsque l’on n’aura pas goûté celle du Prisonnier d’amour du Tabernacle? Comment faire ses délices de la prière, lorsque l’on ne sera pas venu apprendre à prier avec le grand Suppliant de l’Eucharistie ? Comment vivre de renoncement, d’obéissance et de sacrifice, lorsque l’on n’aura pas étudié les enseignements du divin
Maître là où II nous prêche si éloquemment, au Sacrement des divines immolations ? Comment prétendre avoir au cœur assez d’amour pour travailler sans relâche à devenir un saint, lorsque l’on naura pas puisé abondamment cet amour en Celui-là seul qui fait les saints ?
Si lamour de l’Eucharistie n’est pas en soi un signe de vocation, parce que c’est un amour universel que doivent avoir tous les chrétiens, il est cependant évident que là où il y a vocation, là doit se rencontrer cet amour; Jésus ne pouvant vouloir se choisir une âme sans se révéler à elle dans le Sacrement de ses tendresses divines, et une âme ne pouvant désirer se consacrer au service de Jésus sans trouver ses délices dans sa compagnie.
i3. — Dévotion spéciale à la Sainte Vierge .
La Sainte Vierge a un rôle spécial à remplir auprès de chaque âme. Elle a été établie, par Jésus Lui-même, la Mère de tous les hommes ; et elle les aime tous d’un amour maternel, qui emprunte un caractère quasi divin à l’amour de Jésus où elle puise le sien. Néanmoins, elle se sent doublement attirée vers les âmes dans lesquelles elle reconnaît davantage les traits de son Fils. Les âmes religieuses sont de celles-là.
Elle-même a assisté aux premières inspirations de la grâce, lorsque la vocation religieuse
a pris naissance dans Famé. Elle a secondé puissamment l’action de Jésus, poussant au détachement universel et attirant vers les cimes de la sainteté. Dispensatrice des grâces divines, elle a été l’instrument plein de douceur dont Jésus s’est servi pour éclairer, fortifier, diriger, purifier, sanctifier et charmer l’âme de son choix.
A chaque pas dans la vie, et plus particulièrement aux grandes époques, Marie s’est tenue à côté de Jésus pour nous protéger, nous montrer la voie, nous inciter à y marcher, nous rendre forts contre le monde et contre nous-mêmes, nous mettre au cœur de saintes aspirations et nous ravir à l’amour divin. Plus la vocation paraît évidente et plus l’heure du sacrifice approche, plus aussi cette tendre Mère entoure l’âme privilégiée de sa tendresse maternelle, pour la soutenir, la rendre forte dans l’épreuve, ranimer sa ferveur, et donner à sa volonté des énergies qui la maintiennent ferme et inébranlable dans ses résolutions.
L’aspirant à la vie religieuse doit le comprendre, et s’habituer à ne rien faire sans la Sainte Vierge. « Ne manquez pas, dit saint Alphonse, de vous recommander tout particulièrement à la divine Mère Marie, en la priant de vous obtenir la grâce d’accomplir parfaitement la volonté de son divin Fils ». Qu’il lui confie donc sa vocation et l’heure de sa réalisation. Qu’il lui
demande surtout de garder son âme sans péché et de l’orner de vertus pour le jour des noces divines. Qu’il recoure sans cesse à elle pour se vaincre et se renoncer, pour ne point s’attarder aux vanités du monde, pour croître en amour et se passionner pour l’unique gloire de Jésus.
Protégé par Marie, qu’il conserve son âme dans la paix et une confiance inaltérable. Aucun ennemi ne pourra lui nuire, s’il se tient blotti sous le manteau de sa Mère, tout près de son cœur. Aucunes ténèbres ne le feront dévier de la voie, s’il garde les yeux fixés sur l’étoile de la mer qui le conduira infailliblement au port. « Ne détournez pas vos yeux de cette étoile, dit saint Bernard, si vous voulez échapper à la fureur des flots. Dans vos doutes, pensez à Marie, invoquez Marie ».
Toute âme appelée à la vocation religieuse, doit nécessairement se distinguer par une dévotion très spéciale à la Sainte Vierge. Plus elle aimera la Mère et plus elle aimera le Fils. L’amour de Jésus et de Marie peuple les cloîtres et y façonne des saints pour le ciel.