‹ La Vocation ReligieuseChapitre 82 sur 105 · CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-ET-UNIÈME

Devoirs des Prêtres à l’égard des vocations religieuses

De tous ceux qui sont appelés à se prononcer dans l’appel à la vocation religieuse, il n’en est aucun qui ait à jouer un rôle aussi important que le Prêtre. Si l’on consulte les gens du monde, c’est plutôt par amitié ou par convenance ; mais lorsqu’on s'adresse à un Prêtre, c’est pour en recevoir un conseil autorisé, une lumière et une direction.

Au premier abord, cette consultation de confiance surnaturelle place le Prêtre dans une situation spéciale qui l’honore, sans doute, mais qui lui impose surtout une réelle responsabilité. Lorsque, en outre, l’on considère qu’il s’agit ici de l’intérêt éternel des âmes, son intervention prend le caractère d’un ministère tout spirituel, qu’il est appelé à exercer de par son Sacerdoce. C’est en tant que Prêtre qu’il est consulté, c’est en tant que Prêtre qu’il doit parler. Rien d’humain ne doit intervenir dans une semblable direction, où seuls la gloire de Dieu et le salut des âmes sont en jeu.

Le premier devoir du Prêtre est donc de se former une mentalité exacte et surnaturelle de la vocation religieuse. Il ne lui suffit pas de la considérer superficiellement, comme une chose simplement bonne, que chacun a la liberté de choisir, mais qui peut être facilement compensée par une autre d’égale valeur. Il doit en concevoir une idée plus élevée et lui conserver son caractère d’appel divin.

La vocation religieuse n’est pas de précepte, elle n'est que de conseil, c’est entendu : mais de conseil divin, et de conseil d’une chose plus parfaite. D’où la gloire de Jésus est directement intéressée dans la vocation religieuse. C’est Lui qui l’inspire, car c’est par un effet de sa grâce que l’âme en sent l’appel ; c’est Lui qui en trace les règles, car elle repose sur des pratiques de perfection qu’il a Lui-même désignées ; c’est Lui qui en est l’objet immédiat, car II consacre tout spécialement à son service les âmes qu’il a appelées ; c’est Lui qui en fait une école de sainteté, pour y prendre ensuite ses complaisances, car les obligations sacrées qu’il impose sont de nature à conduire à la perfection.

De ce chef, la vocation religieuse est quelque chose de sacré, qui appartient plutôt à Jésus qu’aux hommes, et dont II se fait un jardin fermé où II introduit les épouses de son Cœur. D’office, le Prêtre en a la garde, lui qui est uni-

DEVOIRS DES PRÊTRES A l’ÉGARD DE LA VOCATION 297

quement consacré à la gloire et aux intérêts de son Maître.

À côté de Jésus, il y a les âmes, les âmes qui valent tout le sang d'un Dieu, les âmes privilégiées que le Seigneur veut retirer du siècle, préserver des dangers du monde, conduire à une plus haute perfection et faire vivre dans son intimité. En ne considérant que les choses éternelles — et c'est la seule manière d’envisager les intérêts spirituels des âmes — il y a là matière à un zèle ardent et à des joies bien douces pour le cœur d'un Prêtre. Donner des âmes plus complètement à Jésus et donner Jésus plus abondamment aux âmes : qu'y a-t-il de plus enviable et qui doive préoccuper davantage une âme sacerdotale ?

Le Prêtre doit donc avoir devant les yeux ces grandes pensées, lorsqu’il est appelé, soit à exprimer son sentiment, soit à donner des conseils relatifs à la vocation religieuse. Il ne serait pas justifiable d'avoir des idées préconçues, lorsque, avec un peu de réflexion, il pourrait aisément acquérir une connaissance saine et exacte de l'état religieux. Il ne le serait pas davantage de parler avec légèreté ou d'agir inconsidérément, lorsqu'il est question devant lui de vocation religieuse, sous prétexte qu'il ne porte pas alors la responsabilité d’un jugement proprement dit ; les âmes chrétiennes attachant instinctivement

de l’importance aux paroles et aux actions d’un Prêtre.

Il serait souverainement regrettable qu’un Prêtre raisonnât à l’égard de la vocation religieuse comme tant de gens du monde, qui n’en comprennent ni l’importance ni les avantages. Saint Alphonse de Liguori ne manque pas de s’en plaindre et d’en exprimer son étonnement : « Ordinairement, dit-il, les hommes du monde ne se font pas scrupule de dire aux jeunes gens appelés à l’état religieux, qu’on peut servir Dieu dans tous les états, même au milieu du siècle ; et, ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que de pareils propos sortent quelquefois de la bouche de Prêtres et même de religieux ».

Cela vient d’une fausse conception de la vocation religieuse, qui n’est nullement admissible dans un Prêtre. Nous ne craignons pas de poser en principe que des Prêtres — lesquels ont la science de la vraie doctrine et l’obligation de l’enseigner aux autres, et, en outre, la responsabilité de seconder l’action de Jésus dans les âmes — ne peuvent raisonner à faux sur une question aussi grave que celle de la vocation, sans une réelle culpabilité et sans engager leur conscience s’ils osent appliquer leurs fausses conceptions dans la direction des âmes. Car alors, Jésus parlerait en vain, ses inspirations auraient moins de valeur que les considérations

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