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Parce que le Prêtre est consacré aux choses de Dieu

Les situations se différencient par les charges, les emplois, les occupations, de même que par la fin particulière à atteindre. Dans le siècle, elles ont plus directement un caractère temporel, quoique tous doivent s’efforcer de surnaturaliser leurs efforts et leurs travaux, i Dans Tétât ecclésiastique, tout doit converger

vers les choses éternelles ; celles du monde n’y tiennent que la place strictement nécessaire. Les intérêts purement humains en sont bannis, les jouissances mondaines y sont ignorées, tout ce qui captive hélas ! l’esprit et le cœur des hommes terrestres y est saris valeur et sans attrait.

Le Prêtre lui-même est séparé du monde par une consécration solennelle qui le constitue le Ministre assidu du Seigneur, au service duquel il se dévoue et consume sa vie. Pris parmi les hommes, il dépouille les livrées du monde pour se revêtir de celles du Christ, et il devient

rhomme de Dieu, « homo Dei » dont parle saint Paul, uniquement occupé à se faire intermédiaire entre Dieu et les hommes.

Son office est de monter sans cesse au ciel pour y porter les prières et les besoins de Thumanité, puis de redescendre vers les âmes pour leur départir les secours et les grâces puisés dans le sein de la miséricorde divine.

Comment accomplir un aussi sublime ministère, sans pratiquer la vertu, sans regarder comme essentielle la pureté de la vie, sans s’efforcer constamment de tendre à la perfection et sans chercher à se revêtir de la sainteté du Souverain Prêtre lui-même.

Imitamini quod tractatis, dit l’Evêque au Lévite, avant de l’ordonner. Ce n’est que simple logique. Ou vouloir être un vrai Prêtre, ou se retirer. Or, être Prêtre dans le sens vrai du mot, c’est être saint. Donc, pour désirer le Sacerdoce, il faut en même temps désirer la sainteté ; pour se maintenir dans la grâce du Sacerdoce, il faut se livrer généreusement au travail constant de sa perfection.

Il serait souverainement illogique de consacrer sa vie à traiter les choses saintes, sans s’appliquer à le faire saintement et à devenir soi-même un saint. Avant tout, l’aspirant au Sacerdoce doit s’exercer vigoureusement à pratiquer les vertus

LA VERTU

de son état futur, c’est-à-dire la perfection. S’il n’a pas du Sacerdoce cette conception, il négligera vite bien des vertus essentielles à son état, et, plus tard, il sera Prêtre de nom, sans le paraître en fait. Ce malheur serait le plus grand qui puisse atteindre une âme sacerdotale ; un Lévite qui ne le craindrait pas pourrait difficilement l’éviter. Aussi, l’obligation de la vertu, poussée jusqu’à la perfection, doit-elle être chez lui une conviction inébranlable qui devienne une règle de vie.

2. — Parce que le Prêtre a V obligation sacrée de ressembler à son Maître.

En quittant le monde pour se consacrer au service des autels, le Prêtre devient le disciple de Jésus. A ce titre, il reçoit une formation spéciale, et c’est Jésus, tout le premier, qui la lui donne. Possédant le même Sacerdoce que son Maître, il en doit avoir tous les caractères. Jésus est le Saint des saints ; serait-il admissible qu’il ait des disciples qui ne Lui ressemblent pas ? Il ne parle que de vertu et de sainteté ; comment ceux qui sont au premier rang pour recevoir ses leçons ne L’écouteraient-ils pas ?

Un Prêtre pourrait-il vraiment vivre dans la compagnie habituelle de Jésus et dans son intimité, comme il le fait par l’exercice de ses fonctions, sans avoir le désir de marcher sur ses

traces, sans éprouver le besoin de ne faire qu’un avec Lui par la sainteté de sa vie et les ardeurs de son amour, comme déjà il ne fait qu’un par le caractère sacerdotal?

Ou il faut regarder Jésus et Le suivre, ou il faut détourner les yeux et s’écarter de Jésus. Le suivre, c’est arriver à l’acquisition des vertus sacerdotales ; s’en éloigner, c’est se rendre indigne du Sacerdoce.

Les relations entre Jésus et le Prêtre sont trop assidues et trop étroites, pour qu’elles ne produisent pas de la part de Jésus des révélations intimes de Lui-même, et de la part du Prêtre des désirs ardents et soutenus de reproduire dans sa vie toutes les vertus contemplées dans son Maître.

L’exemple que Jésus a donné à tous les chrétiens et l’invitation pressante qu’il leur fait de Le suivre et de L’imiter, s’adressent tout d’abord aux Prêtres. Jésus veut se reconnaître dans ses disciples ; comment serait-ce possible, s’ils n’étaient saints comme Lui, s’ils n’étaient parfaits comme est parfait son Père avec lequel II ne fait qu’un ?

C’est à cela que doit tendre avant tout celui qui aspire au Sacerdoce. S’il n’en a pas l’ambition maintenant, il est fort probable qu’il ne l’aura pas plus tard ; il ne lui est pas permis

LA VERTU

d’aspirer à d’aussi hautes responsabilités, sans se mettre en peine d’acquérir les vertus nécessaires pour les porter.

3. — Parce que le Prêtre doit être un exemple pour les autres.

Quand Jésus était sur la terre, on allait à Lui, on Le voyait, on L’entendait, on Le suivait, on était témoin de ses vertus et de ses miracles. Depuis qu’il n’est plus visiblement parmi les hommes, et qu’il demeure silencieux et caché au Sacrement de son amour. Il ne peut plus pratiquer la vertu que par ses membres mystiques, ceux qui se font ses disciples et ses imitateurs.

Tous les chrétiens doivent L’imiter, mais tous n’y sont pas tenus au même degré. Il en est qui ont reçu officiellement la mission de Le suivre de plus près, de conduire avec eux les hommes au salut, d’être la lumière du monde et le sel de la terre, d’entraîner à la vertu par leurs paroles et leurs exemples : ce sont les Prêtres.

C’est pourquoi les fidèles ont les yeux ouverts sur la conduite des Prêtres. Ils prétendent, à bon droit, devoir trouver en eux ce qu’ils contemplent en Jésus leur Seigneur et Maître, et ils cherchent d’instinct à calquer leur vie spirituelle sur la leur.

Le Prêtre a la responsabilité des âmes; et si un certain nombre seulement forment plus particu-

lièrement le troupeau qui lui est confié, toutes cependant sont en droit de trouver en lui, partout et toujours, un modèle vivant de perfection. Ses exemples feront toujours plus que ses paroles ; celles-ci seraient stériles si elles n’étaient éclairées et fécondées par ceux-là.

Consacré à la gloire unique de son Maître, le Prêtre ne la Lui procurerait qu’imparfaitement, s’il n’était par ses vertus un excitant pour les âmes et s’il ne corroborait par la sainteté de sa vie la doctrine qu’il enseigne. D’ailleurs, un Prêtre qui n’édifie pas scandalise et produit dans les âmes un effet directement contraire à la fin de son Sacerdoce.

Etre Prêtre, imiter Jésus et entraîner les âmes à la vertu, c’est tout un. Puissent les fidèles distinguer déjà dans les Lévites du Sanctuaire les vertus qui brilleront plus tard d’un nouvel éclat dans les Ministres du Seigneur !

4. — Parce que la vertu est une condition essentielle de la fécondité de son ministère.

Jésus n’a pas institué le Sacerdoce pour qu’il y

ait seulement des dignités dans son Eglise ; Il lui a confié un ministère sacré, un apostolat actif, une mission laborieuse. Il envoie ses Prêtres à la conquête des âmes, conquête plus difficile que celle des royaumes. Il les arme de puissance et

LA VERTU

de force, en leur recommandant de s’appuyer avec confiance sur Lui qui a vaincu Tenfer et le monde. Il leur assure le succès, car II veut qu’ils produisent des fruits et que leurs fruits demeurent.

Le royaume qu’il a prêché, c’est à eux qu’il appartient de l’établir par toute la terre ; et afin d’y parvenir, ils ne doivent reculer devant aucun sacrifice, mais avoir le courage de renverser tous les obstacles, d’attaquer tous les ennemis, de se renoncer en tout, de se charger de la croix à sa suite, et de gravir le Calvaire.

Tout cela implique visiblement la pratique de toutes les vertus. Ne point les pratiquer, c’est se vouer à l’avance à l’insuccès et à la défaite. Jésus se doit à Lui-même de ne pas livrer ses grâces à qui les méprise. Il doit aux âmes de ne pas les tromper, en les exposant à croire que le succès dépend plus des motifs humains que de la vertu.

Pour faire du bien, il faut la pureté d’intention. Pour révéler Jésus, parler de ses mystères, enseigner sa doctrine, communiquer son esprit et y attirer les âmes, il faut plus que de belles paroles, il faut prêcher d’exemple.

Les fruits des vertus ne mûrissent qu’au soleil de la charité. Ceux-là seuls se conserveront à jamais. Si la charité fait défaut, que sont les plus éloquents prédicateurs, sinon des « cymbales retentissantes » ? Si l’apostolat est vicié dans sa

source, il ne produira rien d’efficace et de durable dans les âmes.

Que les aspirants au Sacerdoce ne se laissent pas tromper par les illusions de la jeunesse. Il ne s’agit pas pour un Prêtre de faire beaucoup de bruit, mais d’être saint.

Un Prêtre n’est pas vertueux parce qu’il parle de la vertu, pas plus qu’un beau discoureur n’est savant parce qu’il parle de la science.

Ne se dévouent fructueusement au salut des âmes que ceux qui travaillent activement à leur propre sanctification, pour appuyer ensuite leurs paroles et leurs actes sur leurs exemples de vertu.

5. — Parce que, ffar le manque de vertu, le Prêtre déflore son Sacerdoce et devient une f>ierre d' achof>f>ement pour les âmes.

Le Sacerdoce n’emprunte pas sa dignité et son excellence de la conduite du Prêtre; il les possède en lui-même et il les puise dans la personne adorable du Souverain Prêtre. Selon que le Prêtre reflète davantage les qualités essentielles du Sacerdoce de Jésus, il se rapproche de son divin modèle et il apparaît dans le monde comme le rayonnement de Celui dont il est le ministre et l’ambassadeur.

Toucher tant soit peu à la sainteté du caractère sacerdotal, c’est assombrir l’éclat du Sacerdoce.

LÀ VERTU

Lui enlever la vertu qui est son apanage, c’est le déflorer.

Il n’y a pas de tristesse plus grande, que de voir un Prêtre traîner son Sacerdoce dans la boue ; c’est plus que criminel, c’est sacrilège. Sans aller jusque-là, le Prêtre qui n’est pas vertueux méconnaît la sainteté de son état, n’a pas pour son caractère l’estime qu’il doit en avoir, méprise la grâce qu’il a reçue au jour de son Ordination. Son Sacerdoce le condamne et lui est un fardeau, en attendant qu’il lui devienne un châtiment.

Mais son Sacerdoce n’est pas seul à lui infliger la honte de l’infidélité et de la déchéance ; témoins de son manque de vertu dans un état aussi saint, les âmes sont là pour lui reprocher de devenir pour elles une pierre d’achoppement.

Comment, en effet, croire à la nécessité de la vertu, si ceux qui l’enseignent ne la pratiquent pas ? Comment honorer des Ministres qui prêchent le devoir en paroles et montrent de l’infidélité en actions? Comment confier son âme à quelqu’un qui s’expose à perdre la sienne ? Comment suivre, pour aller au ciel, une voie qu’abandonnent ceux qui prétendent y introduire ?

La culpabilité des Prêtres qui négligent la pratique de la vertu est capable de faire trembler, quand on pense aux effets désastreux qu’elle produit dans les âmes.

Pour être sûr de toujours rester vertueux, que le Prêtre vise à devenir saint. Il évitera ainsi de découronner son Sacerdoce et d'avoir à répondre des âmes qu’il aura perdues.

Les aspirants au Sacerdoce, connus comme tels, pourraient déjà produire un effet malheureux et éloigner de la vertu, si on ne voyait en eux des hommes surnaturels et des modèles de piété. Que cette pensée les engage à poursuivre activement le travail de leur sanctification !

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