Le zèle, soutien du Prêtre dans ses travaux
Le Prêtre ne se fait Prêtre que pour faire produire à son Sacerdoce tout ce qu’il peut donner. Il ne reçoit pas l’Onction sacerdotale pour vivre comme le reste des hommes et laisser improductives les efficacités divines de son Sacerdoce.
Le Prêtre est un travailleur, il travaille sur les âmes ; c’est un courageux, il peine sans cesse ; c’est un lutteur, il a des ennemis à combattre; c’est un vaillant, il meurt sur la brèche. C’est beau, c’est grand, c’est digne d’envie !
Il est néanmoins pour le Prêtre des moments sombres, des jours sans soleil, des nuits sans repos, des luttes déprimantes, des tristesses poignantes, des insuccès humiliants, des contradictions sensibles, des abandons douloureux. C’est dans l’ordre. Le bien ne se fait pas sans peine : il en coûte cher de sauver les âmes. C’est au Prêtre à payer la rançon des pécheurs et à leur mériter les grâces de conversion ; c’est au Prêtre à arroser de ses larmes et de ses sueurs le champ des âmes, pour en faire sortir des fruits de salut éternel ; c’est au Prêtre, à la suite de son Maître, à marquer de son sang la trace de ses pas dans la voie qui mène les âmes au ciel.
Comment accomplira-t-il tout cela, comment persévérera-t-il dans ses efforts sans jamais fai-
blir, comment poursuivra-t-il vaillamment ses œuvres, s’il n’a au cœur un zèle intrépide et généreux pour le soutenir et le réconforter ?
Le manque de zèle surnaturel explique bien des défaillances et des abandons. On travaille avec ardeur tant que tout réussit ; on se laisse abattre et on abandonne la partie, quand les difficultés se dressent et que les concours font défaut. C’est qu’on s’est trop appuyé sur les moyens humains et les considérations terrestres, tandis qu’il n’y avait qu’à surn^turaliser ses vues et ses intentions, et à trouver dans un zèle purement surnaturel le secret du réconfort et de la persévérance.
Il est bon de ne pas entrevoir l’avenir tout en rose, à la manière des mondains, mais de le voir tel qu’il sera infailliblement, mêlé de joies et de tristesses, de succès et d’insuccès. Au Prêtre, à semer et à arroser ; à Jésus, de donner l’accroissement selon son bon plaisir.
4. — Le zèle, nécessité [^our le Prêtre en face de V indifférence et de la corrufytion universelles.
Il n’y aurait que des justes et des saints sur la terre, que le Prêtre aurait déjà un beau ministère à remplir pour les conserver dans la justice et la perfection. Mais hélas ! il y a plus de pé-
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cheurs que de justes, plus d’âmes malades que d’âmes saines, plus de malheureux qui se dirigent vers l’enfer que d’élus vers le ciel.
Les intérêts sacrés de la gloire de Dieu sont en jeu. Le Sang de Jésus est exposé à couler inutilement pour des multitudes d’âmes. Les portes du ciel restent closes pour un grand nombre qui ne se soucient pas d’y entrer, et l’enfer s’apprête à engloutir les réprouvés.
N’y a-t-il pas là de quoi faire frémir et exciter le zèle de ceux qui ont reçu la mission de sauver les âmes ? Pourraient-ils regarder avec indifférence la multitude de ceux qui courent à leur perte éternelle ? Pourraient-ils assister froidement au débordement d’impiété et de corruption qui envahit toutes les classes de la société ? Pourraient-ils rester silencieux et inactifs en face des dangers immenses qui menacent la société
et sont sur le point d’accumuler dans le monde des ruines irréparables ?
Un cœur sacerdotal qui ne vibrerait pas devant tant de maux et de misères, serait un cœur atrophié qui ne sentirait plus la touche de la grâce. Un disciple consacré de Jésus qui ne voudrait pas s’élancer dans l’arène pour défendre l’honneur et les intérêts de son Maître, aurait déjà abdiqué la dignité de son Sacerdoce. Un sauveur d’âmes qui les abandonnerait à la gueule du loup sans accourir pour les délivrer, aurait
échangé les prérogatives de sa mission contre les châtiments de la perfidie et de la trahison.
C’est pourquoi le Prêtre, fidèle à sa vocation, se sent fort, généreux, intrépide, héroïque pour accomplir sa mission de sauveur, dût-il y laisser des lambeaux de lui-même et la payer de sa vie.
Cette perspective seule est capable d’attirer et d’enthousiasmer les grandes âmes. Heureux les futurs Prêtres qui auront compris qu’il faut des apôtres pour voler au secours des âmes, des martyrs pour sauver le monde.
5. — V absence de zèle rend le Prêtre un serviteur inutile et un scandale f>our les âmes,
La vocation sacerdotale ne consiste pas pour le Prêtre à se concentrer dans une jouissance égoïste de son Sacerdoce ; elle implique nécessairement une mission et un apostolat au bénéfice des âmes, sous une forme ou sous une autre. Jésus n’a pas toujours prêché et enseigné, toujours travaillé et fait des miracles, mais, dans le silence et la prière comme dans l’action. Il a sauvé les âmes. C'est-à-dire qu’il avait le zèle des âmes et qu’il était constamment préoccupé de leur sanctification et de leur salut.
Jésus s’est donné comme modèle au Prêtre. En lui confiant sa propre mission. Il lui a imposé les mêmes devoirs. Ne pas correspondre à
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cette volonté formelle de Jésus, c’est descendre des hauteurs du Sacerdoce et devenir naturel là où il ne doit y avoir que du surnaturel, se rendre inerte et inutile là où la situation réclame du zèle et de l’action.
Rien ne rend plus l’idée d’un serviteur infidèle et sans cœur, que de voir un Prêtre à qui le salut des âmes ne dit presque plus rien, qui s’en désintéresse pour le moindre motif et dès qu’il y a un effort à s’imposer. Ces Prêtres détiennent la grâce et la rendent infructueuse ; ils en répondront sévèrement. D’autant plus que leur apathie spirituelle est remarquée, qu’ils sont nécessairement connus comme des hommes sans idéal et sans ressort surnaturel, et qu’ils deviennent ainsi un scandale pour les âmes.
Lorsqu’il y a tant à faire, voir un Prêtre qui se croise les bras et mène une petite vie bourgeoise, il y a de quoi diminuer la foi des bons et exciter l’ironie des méchants. Dans ces conditions, le Prêtre n’apparaît plus que comme un homme vulgaire et terrestre, qui est d’autant plus coupable que sa vocation l’oblige à une vie toute spirituelle et à un zèle ardent et infatigable.
A chaque élu du sanctuaire à épargner cette douleur à Jésus, cette honte à l’Eglise et ce scandale à la société.