L* amour de Jésus
Toutes les considérations antérieures seraient insuffisantes pour conduire l’âme sacerdotale à la sainteté, si elles n’étaient éclairées et vivifiées par l’amour.
Outre que la charité est la forme, la sève et la vie des vertus, et que le degré de sainteté d’une âme dépend de son degré d’amour, comme son degré de gloire au ciel sera en rapport avec la charité qui l’aura animée sur la terre ; il est des motifs spéciaux et essentiels pour le Prêtre d’aimer et de se pénétrer de la vie d’amour.
Le Sacerdoce ne consiste pas seulement à en recevoir l’honneur et à en accomplir les fonctions, pas plus que les obligations du Prêtre visà-vis de Jésus ne se réduisent à connaître son Maître et à en communiquer les enseignements. Il y a entre Jésus et le Prêtre une intimité de vie trop grande, par le fait de l’unification de leur Sacerdoce, pour que l’amour mutuel ne vienne pas mettre un sceau de tendresse sur ces deux cœurs faits l’un pour l’autre.
Jésus veut plus que d’être connu par son Prêtre, Il veut en être aimé. C’est son amour qui donne au Prêtre son Sacerdoce ; c’est l’amour du Prêtre qui doit le recevoir. Avec son Sacerdoce Jésus donne tout ce qu’il a dans le Cœur, puisque tout l’amour qu’il porte aux hommes repose sur son Sacerdoce qui est le principe de l’Incarnation et de la Rédemption. Ce Sacerdoce d’amour devient dans l’âme du Prêtre un foyer ardent toujours en activité ; il en est brûlé et consumé. Il s’y plonge sans cesse pour s’y purifier et s’y sanctifier.
Toutes les lumières dont son Sacerdoce est la source, il les éclaire des clartés de l’amour. Toutes ses grâces, il s’en sert pour développer en lui l’amour. Toutes ses œuvres de zèle et de dévouement ne sont qu’un écoulement de son amour. Il aime et, parce qu’il aime, il travaille, il souffre, il se donne, il se sacrifie.
Sans amour, le Prêtre manque d’élan, sa parole est froide, son dévouement limité, sa persévérance compromise.
Pour accomplir de grandes choses, il faut au cœur du Prêtre une passion, et il n’a pas le droit d’en avoir d’autre que pour son Maître. S’il n’a pour se diriger et se maintenir que des motifs de raison, il est exposé à ne pouvoir tout à l’heure faire face à l’ennemi, surmonter les obstacles, s’arracher à l’emprise des tentations et rester
fidèle à son devoir. Bien des périls sont funestes et bien des chutes se produisent, parce que Famour fait défaut pour conserver au cœur sa vigilance et à la volonté son énergie.
L'amour seul peut conduire au sommet de la perfection, et le Prêtre y est appelé. Mais comme le travail de la perfection est de tous les instants, Famour doit être constant et sans cesse en activité dans le cœur du Prêtre.
Qu'il ne craigne pas, à Fégard de son Maître, de se laisser aller à la tendresse ; il connaît assez les principes de la théologie et de la spiritualité, pour ne point tomber dans la sentimentalité. L'amour vrai est Famour de volonté. Vouloir être fidèle à Jésus, c'est L'aimer; et L'aimer, c'est fortifier la volonté.
Trop de Prêtres malheureusement méconnaissent ce ressort puissant de la sainteté et regardent Famour comme une chose d'imagination et de sentiment ; lorsque cependant Jésus en a fait expressément la condition de la fidélité à ses commandements et l'objet de sa dernière recommandation, en demandant à ses Prêtres de vivre et de demeurer dans son amour.
Que cette doctrine de spiritualité et de saine théologie soit celle de tous les Prêtres et de tous les aspirants au Sacerdoce !