‹ La Vocation SacerdotaleChapitre 31 sur 62 · Le désintéressement · texte numérisé non relu

Le désintéressement

Le Prêtre ne s’appartient pas, il est le serviteur de Jésus et le sacrifié des âmes. Ce qu’il a, ne lui a été que confié ; ce qu’il donne, il l’â reçu ; ce qu’il enseigne, il l’a appris ; ce qu’il promet, est la possession d’un autre.

Il semble que, dans ces conditions, le désinté-

ressement soit facile, puisque le Prêtre ne possède rien en propre. Néanmoins, à manier tant de richesses, il y a le danger de s’y attacher ; à disposer de si grands trésors, il y a la tentation de s’en approprier une partie.

Le Prêtre fidèle renvoie toute la gloire à son Maître, et il trouve son bonheur à demeurer son humble serviteur. Le Prêtre personnel ne se contente pas de glorifier son Maître, il veut avoir sa part d’honneur et de louange ; il aime à ce que les âmes s’arrêtent à lui, et il se les attire. Il rend naturel le plus surnaturel des ministères, mais il y trouve déjà sa condamnation et son châtiment ; car sa conduite sera vite remarquée, ses plans dévoilés, et on ne se sentira pas porté à lui confier son âme, sachant qu’il n’y fera pas uniquement l’œuvre de Dieu.

Si le Prêtre ajoute à cela l’attache aux biens matériels, on constatera qu’il est humainement intéressé dans les œuvres les plus saintes et que son ministère devient pour lui un simple moyen de trafic. Il n’en faut pas davantage pour annuler son influence et enlever aux âmes toute confiance.

Une des choses qui édifient le plus dans le Prêtre, c’est précisément ce désintéressement universel de tout ce qui n’est pas la gloire de Dieu et le bien des âmes. Ce qu’il est par son Sacerdoce, ce qu’il accomplit chaque jour, ce qu’il

lit et médite, ce qu’il étudie et enseigne, tout lui parle de désintéressement et de détachement. Sa gloire est assez grande d’être le représentant de son Maître, sans en chercher une autre ; sa richesse est suffisante d’avoir les âmes en partage pour les donner à Jésus, sans ambitionner d’autres biens.

De nos jours, où l’amour des biens temporels et la course à l’argent sont un chancre qui ronge la société, il est indispensable au Prêtre de se tenir sur ses gardes et de se prémunir contre ce danger qui serait la ruine de son esprit surnaturel et deviendrait une pierre d’achoppement pour les âmes. Un Prêtre a autre chose à penser que de « faire de l’argent », d’autres joies à ambitionner que celles que pourraient lui offrir le bien-être et les richesses.

Qu’il se souvienne qu’il est le disciple de Celui qui n’avait même pas une pierre où reposer sa tête, qui a recommandé de mépriser les biens périssables de ce monde et de se faire des trésors dans le ciel par le détachement et la vertu.

Les âmes vont en toute confiance au Prêtre désintéressé, qui ne s’occupe que de leur bien spirituel, sans arrière-pensée de lucre et d’intérêt personnel. D’autant plus qu’il existe à cet égard des préjugés chez un grand nombre de chrétiens, qui croient difficilement au désintéressement des Prêtres. Aussi, disent-ils ouver-

tement que les Prêtres font un métier qui leur rapporte et qu’il n’y a pas lieu de les honorer pour un ministère spirituel qui n’a aucune valeur à leurs yeux.

Nous ne prêcherons jamais trop aux futurs Prêtres combien il est important de s’habituer de bonne heure à ce désintéressement sacerdotal et de se tenir en garde contre les tendances funestes capables de fausser leur jugement sur ce point.

Page 1