Par la vie de f)rière et de sacrifice
Parler de prière pour un futur Prêtre, c’est parler de la vie de son âme, de l’air qu’il doit respirer, de l’atmosphère dans laquelle il est appelé à se mouvoir.
C’est par la prière qu’il se met en rapport direct avec Dieu, qu’il établit entre lui et son Maître ces relations d’intimité qui font le charme de la vie spirituelle et qui plus tard seront une conséquence logique de son Sacerdoce.
Par vocation, il devra s’adresser fréquemment
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à Dieu, il sera forcé de recourir à lui pour y puiser les grâces de son ministère, il portera devant son trône les prières des fidèles, il se fera suppliant pour rhumanité ; et il ne serait pas dès maintenant un homme de prière? Ce serait un non-sens et une condamnation anticipée de sa vie future.
Pour être plus tard le grand priant officiel de rhumanité, il doit se hâter de former en lui rhomme intérieur qui se nourrit et vit de prière. Pour cela, qu’il s’éloigne des vains bruits du monde, qu’il mette un frein à la curiosité et au désir des nouvelles, qu’il aime la solitude, qu’il s’habitue au recueillement et qu’il développe en lui l’attrait et le goût de la prière.
La prière fréquente et assidue ne nuira point à ses études ni à l’accomplissement de ses autres devoirs ; tout au contraire, il en sera aidé, éclairé, fortifié. Cette habitude de rapports plus directs avec Dieu lui sera une lumière dans ses difficultés intellectuelles et autres, lui inoculera une force de résistance dans ses efforts de vertu et lui fera une mentalité spirituelle en harmonie avec la perfection de son état.
Il ne s’agit pas d’ailleurs de consacrer à la prière proprement dite un temps réclamé par d’autres devoirs ; mais de vivre de l’esprit de prière. C’est-à-dire qu’il faut profiter d’abord de tous ses moments de prière, et ensuite s’habituer
à élever souvent son âme vers Dieu,* à se recueillir par des oraisons jaculatoires, à étudier, travailler, se livrer à une occupation quelconque, en union avec Jésus qui habite dans son cœur et accompagne partout Félu de son choix.
Si la prière n’avait point d’attrait pour un séminariste, si elle lui pesait surtout, ce serait un très mauvais signe. On serait exposé à avoir plus tard un Prêtre qui iie saurait prier, qui réciterait machinalement son bréviaire, qu’on ne verrait presque jamais au pied des autels, et à qui les fonctions les plus saintes deviendraient un fardeau. Qu’attendre d’un tel Prêtre ? Qu’espérer d’un tel Séminariste ?
C’est dans la prière que se réfugient les âmes vertueuses et toutes celles qui aspirent à la perfection. Nos Séminaires doivent être des asiles de recueillement et de prière, où les Lévites apprennent à prier, et d’où ils sortent pénétrés de l’esprit et de la grâce de la prière.
L’esprit de sacrifice n’est pas moins nécessaire que l’esprit de prière. Le Prêtre prie, mais il souffre aussi. Il prie, parce que, comme Jésus, il est chargé d’intercéder pour tous ; il souffre, parce qu’il doit ressembler à son Maître, et que le sacrifice est une condition d’efficacité pour sa prière.
Envisager le Sacerdoce seulement en ce qu’il a
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d’honorable, de beau et d’attrayant, sans le considérer en même temps dans ce qu’il a de crucifiant, c’est en avoir une fausse connaissance. Le Prêtre est Prêtre avec et comme Jésus ; le Prêtre est victime avec et comme Jésus. L’essence du Sacerdoce est d’exister en vue du Sacrifice. Jésus en a accompli l’acte suprême sur le Calvaire. Mais la Victime, c’est Lui ! Il est Prêtre-Victime et Victime-Prêtre.
Le Prêtre ne peut donc participer à l’un sans participer à l’autre. Il est uni au Sacerdoce et au Sacrifice de Jésus ; en d’autres termes, il est Prêtre et Victime, ces deux choses sont inséparables.
Prêtre, il opère avec la même puissance que Jésus ; c’est tout le Sacerdoce de Jésus qui agit en lui. Victime, il applique les efficacités du Sacrifice de Jésus ; c’est par lui que Jésus s’immole. Quoique le Prêtre ne le fasse pas d’une manière sanglante, il ne s’ensuit pas qu’il ne soit pas voué au sacrifice. Sa vie, pour être une vie vraiment sacerdotale, doit être une vie de sacrifice.
Voilà ce que l’élu du Sacerdoce doit comprendre pendant qu’il est au Séminaire, voilà ce à quoi il doit s’exercer généreusement, d’abord par la pratique de la vertu et de ses devoirs d’état, puis par les épreuves, les mortifications, les sacrifices et les immolations que Jésus multiplie sur la route de ceux dont II veut
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faire des saints et qu^Il destine au Sacerdoce.
Donc, loin de penser à jouir et à se reposer, loin de fuir la gêne et le sacrifice, loin de s’habituer à une vie commode et immortifiée, loin d’envisager l’avenir comme un état de repos et de bien-être ; il est indispensable d’avoir de son Sacerdoce futur une notion exacte, de commencer sans retard à vivre de mortification et de renoncement et d’embrasser la vie de sacrifice avec la même ardeur qu’on désire le Sacerdoce.
C’est au Séminaire qu’il faut s’habituer à se priver et à se vaincre, qu’il faut faire bonne figure à tout ce qui humilie et fait souffrir, qu’il faut s’animer de cet esprit sacerdotal qui rend le disciple semblable au Maître et en fait avec Lui un sacrifié et un immolé.
Sans quoi, une fois dans le ministère, on sera égoïste et personnel, on calculera avec le sacrifice, on rabaissera son zèle à la mesure de son intérêt propre et de sa charité amoindrie, on se dévouera tant qu’il n’y aura pas trop d’eflfort et de fatigue, et on finira bien vite par éviter tout ce qui gêne et coûte.
Evitons un tel malheur, et réservons-nous plutôt des joies surnaturelles et sanctifiantes en formant en nous de vrais Prêtres par l’esprit et la vie de sacrifice.
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3. — Par r étude sérieuse des devoirs et des dangers f>our le Prêtre,
Celui qui se prépare au Sacerdoce ne peut se contenter d’avoir une conception vague des obligations qu’il va tout-à-l’heure contracter. Ce serait une souveraine imprudence de s’aventurer ainsi dans un état aussi sacré, sans savoir, et jusque dans les détails, à quoi l’on s’oblige.
S’il est important de comprendre la grandeur et la sublimité du Sacerdoce, il ne l’est pas moins d’en connaître les engagements et les devoirs. En un sens, cette dernière notion doit prévaloir, car on peut sans beaucoup d’inconvénients ne pas apprécier complètement un honneur qui nous est fait, mais on ne peut ignorer impunément les charges et les responsabilités qu’il comporte.
La dignité du Sacerdoce est évidemment la plus grande dont une créature puisse être honorée, mais avouons que ses responsabilités sont terribles. Il ne s’agit pas ici de choses terrestres à traiter, mais de choses célestes ; ce ne sont pas des intérêts passagers qui sont en jeu, mais des intérêts éternels. Le caractère dont on est revêtu n’est pas humain, mais divin ; la mission qu’on reçoit ne vient pas d’un homme, mais de Dieu; les bienfaits dont on est le dispensateur ne s’évaluent pas au poids de l’or,
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mais ils coûtent le sang du Sauveur du monde.
C’est dans le sein même de Dieu que le Prêtre puise à chaque instant les grâces dont il inonde les âmes. Quelle ne doit pas être la pureté de sa vie pour s’approcher si près de la Divinité et user librement de ses trésors infinis !
C’est de Jésus Lui-même qu’il s’empare pour Le donner au monde ; il Le fait descendre à son gré du ciel sur l’autel ; il L’oblige, par la puissance qu’il en a reçue, à purifier les consciences, à pardonner et à sauver. Avec quels sentiments d’humilité, de respect et d’adoration ne doit-il pas exercer un aussi sublime ministère !
C’est sa doctrine qu’il prêche, ce sont ses commandements qu’il transmet, ses enseignements qu’il renouvelle, chacune de sés paroles — qui sont esprit et vie — qu’il donne aux âmes pour être leur règle de vie. Comme elle doit être pure et évangélique sa doctrine, pour qu’il soit en réalité la lumière du monde, selon que son Maître le lui a imposé !
Ce sont les exemples du Saint des saints qu’il propose au monde, c’est sa vie d’humiliation, de pauvreté, de renoncement, de sacrifice et de souffrance qu’il fait revivre pour servir de modèle aux âmes. Avec quelle générosité ne doit-il pas marcher le premier dans la voie de la vertu et de la perfection où il s’efforce d’entraîner les âmes à la suite de Jésus crucifié !
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C’est la vie même de THomme-Dieu, sa vie éternelle puisée dans le sein du Père, sa vie temporelle immolée sur le Calvaire, qu’il communique aux âmes par la grâce et surtout par la communion eucharistique. Sera-t-il jamais trop saint pour accomplir une œuvre aussi sublime, pour se conserver le sel de la terre et pour demeurer dans l’Eglise un instrument et une source de vie divine !
Tel est Jésus le souverain Prêtre, tel doit être le Prêtre. Tel est le Maître, tel doit être le disciple. Le Prêtre porte la responsabilité immense de Jésus et des âmes. Il répondra de l’un et des autres; de Jésus, dont il est le représentant, le héraut, le sacrificateur et le dispensateur ; des âmes, à qui il doit donner Jésus, qu’il doit édifier par la sainteté de sa vie et au service desquelles il doit se dépenser et se sacrifier.
Que les aspirants au Sacerdoce réfléchissent et se pénètrent de la grande responsabilité qu’ils se préparent à assumer ! C’est dès maintenant qu’ils doivent se considérer comme n’étant plus du monde, obligés de s’écarter de tout ce qui sent le profane et le terrestre ; qu’ils doivent se consacrer entièrement à la prière, à l’étude, à la vie sérieuse et exemplaire ; s’appliquer à acquérir non seulement les vertus et la science, mais encore la distinction des manières, les principes de bienséance et les règles de politesse ecclésias-
tique qui leur seront indispensables plus tard dans le ministère.
Tout cela comporte une vie sérieuse, pieuse, vertueuse, studieuse, zélée, exemplaire, dévouée et sacrifiée. Que ce soit déjà la vie du Séminaire ! N’oublions pas l’adage : tel séminariste, tel Prêtre.
A côté des responsabilités qui imposent au Prêtre des devoirs rigoureux, il y a les dangers qu’il ne doit pas davantage ignorer.
Nous ne parlons pas ici des dangers spirituels que toute âme rencontre plus ou moins dans la voie de la vertu, mais uniquement de ceux qui découlent du ministère sacerdotal. Sous prétexte qu’il en est de délicats ou qui ne seront complètement compris que par l’expérience, il ne serait pas sage de les laisser ignorer à ceux qui infailliblement y seront exposés. C’est un devoir rigoureux de prévenir le mal et dé se prémunir contre ses attaques.
Le danger de s’en aller tête baissée et plein de confiance au-devant d’un ennemi qui vous attend sur la route, est autrement grave que celui qui pourrait surgir par suite de confidences et d’avertissements à des âmes simples et délicates. D’ailleurs, si le Prêtre est tenu de se garder sans péché, il est obligé de connaître toutes les plaies de l’âme, même les plus hideuses ; sinon com-
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ment pourrait-il les guérir ? De même, il ne peut prudemment ignorer les genres divers de tentation et les occasions périlleuses qui perdent tant d’âmes et peuvent exposer la sienne comme celle des autres.
Parce qu’il n’aura pas été prévenu à temps, le jeune Prêtre encore inexpérimenté tombera dans des pièges perfides et sera grandement exposé à voir sa vertu sombrer.
Outre la tentation d’orgueil qu’il pourra tirer de ses succès et celle de l’attache aux biens temporels, selon les postes qu’il occupera, il y a d’autres dangers plus subtils encore.
Le danger lui viendra de la dignité même de son Sacerdoce et de l’honneur dont il sera entouré. Il est si dangereux d’être estimé trop tôt, d’être louangé, entouré, adulé ! Il est important de ne point se prêter à ces honneurs et à ces flatteries !
Les relations forcées avec le monde peuvent faire dévier de sa sainteté le ministère du Prêtre. Si elles deviennent trop fréquentes et si elles n’ont pas un but spirituel, elles dégénéreront facilement en relations humaines, naturelles, futiles, inutiles, dangereuses tout au moins pour l’esprit ecclésiastique. Il faut s’en méfier et se rappeler que le Prêtre n’est plus dû monde mais qu’il appartient à Dieu.
Le commerce avec les âmes a aussi ses dan-
gers ; ce sont les plus subtils et les plus perfides. Aucune familiarité n’est permise ; la moindre imprudence peut devenir une « glissade » qui ferait perdre à Tâme son contrôle. Ce danger est accru par rattachement trop vif de certaines âmes, lequel se change peu à peu en attachement naturel et crée des ennuis considérables et des dangers énormes dans le ministère. Il n^ a alors qu’à couper court, se montrer énergique et briser complètement toute relation.
Comme il serait malheureux d’ignorer ces dangers et tant d’autres ! Prévenons les intéressés, afin qu’ils se prémunissent par la prière, la prudence et des résolutions énergiques.