Grâce privilégiée
Envisagé sous son aspect humain, le Prêtre occupe un rang honorable dans la société ; mais au-dessus de cette dignité terrestre, il est une considération d’où le Prêtre tire toute sa grandeur : c’est que le Sacerdoce est une grâce particulière qu’il reçoit gratuitement de la bonté de Jésus.
Ce choix que Jésus fait de son Prêtre, étant d’ordre exclusivement surnaturel, dans sa fin et ses moyens, est un don spirituel, une faveur spéciale, un effet de son amour, une grâce privilégiée, dont on doit se reconnaître indigne, mais que l’on doit considérer avec un grand esprit de foi, une vive reconnaissance et un désir ardent d’y correspondre par un amour généreux et une fidélité constante.
Si la moindre grâce a sa valeur, puisqu’elle est le fruit des mérites et des souffrances de Jésus ; que dire de la grâce sacerdotale qui élève l’âme à une telle sublime dignité et lui confère des pouvoirs aussi étendus et divins !
LE SACERDOCE EST UNE GRACE POUR l’ÉLU
Le seul fait d’être choisi au milieu d’une multitude d’autres pour accomplir dans l’Eglise une si haute mission, est un privilège incomparable qui restera toujours le secret de la sagesse et de la miséricorde divines.
L’élu du sanctuaire p’en méditera jamais trop la sublimité, et il devra trouver dans cette grâce maîtresse la raison de toutes les autres grâces de sa vie.
Lorsque Jésus fait tant que de se choisir un Prêtre, Il s’engage par la même à se montrer prodigue de grâces envers lui. Le Sacerdoce est, en effet, la grâce des grâces ; et c’est à genoux, dans l’adoration et l’amour, qu’une âme doit la recevoir et la conserver intacte.
2. — Grâce sur éminente j^ar V identification au Sacerdoce de Jésus,
Par l’Ordination sacerdotale Jésus ne communique pas seulement sa grâce à l’âme consacrée, même une grâce surabondante destinée à la sanctifier et, par elle, à sanctifier un grand nombre d’autres âmes ; mais II se donne, Lui, en tant que Prêtre, Il imprime dans l’âme son propre Sacerdoce.
Il fait l’union tellement étroite et intime entre cette âme et la sienne, que son Sacerdoce tout entier devient le Sacerdoce du Prêtre, au point
de ne plus faire d’eux qu’un seul et même Prêtre.
Il ne peut y avoir de communication plus grande de la grâce, puisque le Prêtre devient, après son Maître, la source et le dispensateur de la grâce dans l’Eglise. Il ne peut y avoir d’identification plus complète avec Jésus, puisque Lui seul opère par son Prêtre et que, par Lui, le Prêtre opère aussi efficacement, aussi divinement.
Se peut- il imaginer quelque chose de plus grand, de plus divin ! Comme toutes les autres considérations du Sacerdoce s’éclipsent devant celle-là ! Il suffirait de la bien comprendre, pour apprécier exactement la grandeur de la vocation sacerdotale et pour être prêt à tous les sacrifices, afin de correspondre à une. grâce si éminente.
3. — Grâce qui confère au Prêtre la même mission efficace que Jésus,
Le caractère sacerdotal est divinement opérant. C’est par son Sacerdoce que Jésus a sauvé le monde, en immolant la divine Victime sur le Calvaire ; c’est par la grâce et la puissance du même Sacerdoce, auquel il participe, que le Prêtre opère des œuvres de salut.
Il fait plus que d’instruire, éclairer et guider les âmes, il les sauve ; non seulement il les main-
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tient dans la vie, mais il les ressuscite quand elles sont mortes par le péché.
S’il ne fait pas de miracles apparents, il multiplie les miracles secrets par l’administration des Sacrements et par l’offrande du Saint Sacrifice de la Messe.
Il s’en va à travers le monde, envoyé par Jésus, comme Jésus a été envoyé par son Père. C’est la même mission : la même doctrine à enseigner, les mêmes vertus à pratiquer, les mêmes moyens de salut à employer, la même vie à inoculer, la même sainteté à acquérir, le même ciel à mériter.
Le Prêtre est le prolongement de Jésus dans le monde. Il est comme revêtu de Jésus. Il en porte le nom, il en conserve le caractère, il en manifeste la puissance et la vertu. Il parle en son nom, il sanctifie par son esprit, il assure le ciel par sa grâce. L’écouter, c’est écouter Jésus. Le mépriser, c’est mépriser JésuSi L’honorer, c’est honorer Jésus. Le défendre, c’est défendre Jésus. Le suivre, c’est suivre Jésus.
Jésus lui a confié la clef du royaume des deux, le Prêtre y introduit les âmes. Jésus reste la porte des brebis ^ le Prêtre les y fait passer. Jésus demeure la vie des âmes le Prêtre y puise et les en nourrit.
^ Jean, x, 9,
2 Jean, xi,
Une semblable vocation n’est plus une simple grâce, c’est l^a plus grande que Jésus puisse faire à une créature, après la grâce de la Maternité divine. Il est impossible d’ambitionner une vocation plus élevée sur la terre.
4. — Grâce qui rend le Prêtre déj^ositaire et disf)ensateur des mérites infinis de Jésus,
Jésus ayant sauvé le monde par son Sacerdoce et toute sa vie ayant été l’offrande d’un seul et même Sacrifice consommé sur la Croix, tous les mérites infinis qu’il a acquis. Il les a acquis en tant que Prêtre ; ils sont comme la propriété de son Sacerdoce.
En communiquant son Sacerdoce au Prêtre, Jésus le rend par là même dépositaire de ses mérites. Le Prêtre en a la garde officielle, mais en vue de les dispenser aux âmes suivant leurs besoins.
Par conséquent, tout ce que Jésus a accumulé de grâces dans sa vie, sa passion et sa mort est entre les mains du Prêtre, qui peut en quelque sorte renouveler, pour la sanctification et le salut des âmes, tous les mystères et toutes les vertus de la vie du Sauveur.
Quelle mission que celle d'être le gardien et le dispensateur de tels trésors ! Quelle confiance Jésus montre à son Prêtre ! Quelle fonction sublime Il lui donne à remplir dans le monde ! Il
LE SACERDOCE EST UNE GRACE POUR l’ÉLU
s’en fait un coopérateur de sa Rédemption, et presque un co-rédempteur.
Et Ton ne regarderait pas, dès lors, la vocation sacerdotale comme la plus grande grâce et la plus haute dignité qu’il y ait sur terre ?
5. — Grâce qui établit le Prêtre, f)ar vocation, dans un état de sainteté.
Jésus s’est incarné et ne demeure dans l’Eucharistie que pour être la vie des âmes^; et la vie des âmes, c’est la vie éternelle. Mais la vie et la vie éternelle, c’est Jésus.
Plus Jésus se donne, plus II donne la vie. Or, Jésus ne peut se communiquer davantage à une âme qu’il ne le fait par l’onction sacerdotale, puisque le Prêtre devient en réalité un autre Lui-même.
Personne donc n’est destiné à la sainteté plus que le Prêtre. Il y est tenu essentiellement par vocation, par choix divin, par volonté formelle de Jésus qui ne peut s’unir si étroitement à une âme, sans l’obliger à Lui ressembler et à être en tout à l’unisson de ses pensées, de ses sentiments et de ses volontés.
Si le Prêtre ne s’efforçait de devenir saint, il y aurait divergence entre Jésus et lui, il y aurait
1 Jean, xv, 5o-52.
de sa part une réelle incompréhension de son Sacerdoce, il y aurait une véritable infidélité à sa grâce sacerdotale.
Ni du côté de Jésus, qui ne fait qu^un avec son Prêtre, ni du côté du Prêtre qui a accepté les obligations sacrées du Sacerdoce, la vocation sacerdotale ne peut être envisagée sans la sainteté.
Et cette sainteté ne peut être passagère, elle est une sainteté d’état. Tant que le Prêtre est Prêtre, il doit travailler à devenir un saint. Comme son Sacerdoce est éternel, la sainteté doit être l’objet de ses efforts pendant toute sa vie et le gage de la gloire spéciale due à son Sacerdoce au ciel.
Tels sont la conséquence et le couronnement de la grâce incomparable de la vocation sacerdotale. A l’élu du Sacerdoce de vivre dans une reconnaissance continuelle et dans des désirs ardents de sainteté, pour correspondre au choix privilégié de Jésus.