‹ La voie de la paix interieureChapitre 21 sur 119 · I 2 RÈGLES · texte numérisé non relu

I 2 RÈGLES

nous qui, substituant nos préjugés à sa loi, nous faisons, moins pour lui obéir que pour nous satisfaire, l'obligation de ce long détail de péchés véniels , de ces redites perpétuelles, de ces énumérations de circonstances, de ces histoires , de ces descriptions impossibles à compléter, d'où naît une anxiété inévitable, fondée sur ce que nous aurons toujours omis par impuissance une partie de ce qui aurait pu l'être entièrement et volontairement, sans qu'il y eût aucun péché dans cette omission.

Que l'on médite bien ce peu de paroles : elles suffiraient seules pour tarir la source de la plupart des scrupules : nous y reviendrons encore en parlant de cette funeste maladie de l'âme.

2° Accusation convenable. — Son objet est le péché véniel. Bien que l'accusation de cette sorte de péché ne soit point nécessaire pour en obtenir la rémission, ni pour rendre la confession suffisamment entière, et que par conséquent son omission ne puisse jamais devenir un sujet d'inquiétude, cette accusation est généralement utile à tous ; et même les personnes qui ont le bonheur de vivre dans l'exemption du péché mortel sont obligées d'y recourir quand elles veulent recevoir le sacrement de pénitence, puisqu'elles n'ont pas d'autre matière à y apporter. C'est donc une salutaire pratique d'accuser les péchés véniels. Mais est-ce à dire pour cela qu'il faille les compter avec une minutieuse exactitude, et les rechercher avec un soin inquiet, comme font tant de personnes pieuses? Loin de là, les personnes qui approchent souvent des sacrements tireront plus de fruit de la confession en se bornant à choisir dans cette multitude d'infidélités journalières que notre faiblesse nous arrache, et que nous ne pouvons jamais pleinement connaître, un petit nombre de fautes plus

caractérisées et plus volontaires, surtout celles qui ont leur source dans quelque attache déréglée que l'âme caresse, dans quelque passion indomptée , comme une aversion , une jalousie, un amour excessif de ses commodités ou de son honneur, etc. Qu'elles fassent de tout cela une accusation plus généreuse que minutieuse, sans rechercher des termes adoucis; mais en se traitant plutôt comme un ennemi qu'on ne veut ni calomnier ni ménager. Par ce moyen, la confession se l'eia avec plus de simplicité et de rondeur; elle présentera en deux mots simples la faute dont il s'agit, par exemple une médisance, une impatience, omettant ces précautions que l'on prend pour s'excuser, et ces histoires où l'on cherche à noyer la substance du fait principal, quelquefois peut-être pour que le confesseur n'y voie pas trop clair. Cette méthode, entre autres avantages, a celui de fixer l'attention de l'âme sur ses fautes les plus importantes et les plus dangereuses, celles qui tiennent à une disposition vicieuse du cœur, que l'on est porté à trop ménager. Ce sont celles-là, en effet, qui mettent un obstacle sérieux au progrès spirituel, et qui peuvent même exposer le salut en conduisant insensiblement au péché mortel. Quant aux f;iutes de surprise ou de pure fragilité, elles sont infiniment moins nuisibles, et il y a beaucoup moins d'utilité à les comprendre dans la confession.

En tout cas , on ne doit pas perdre de vue que l'accusation de tout péché véniel étant libre, quelque omission qu'on ait faite en ce genre , on ne doit se livrer à aucune inquiétude à ce sujet.

3° Distinction des péchés mortels des péchés véniels. — Mais, dira-t-on, pour pratiquer ces règles il faudrait savoir distinguer le péché mortel du péché véniel, et ce discernement est difficile. — Il est vrai qu'il est des

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circonstances où la limite qui les sépare n'est pas aisée à déterminer. Mais le plus souvent, pour les personnes qui vivent chrétiennement et auxquelles nous nous adressons surtout ici , il ne sera pas si difficile d'en faire la différence, et dans le doute elles pourront, quoiqu'elles n'y soient pas rigoureusement obligées, accuser ces fautes pour leur tranquillité. Si cependant leur conscience était habituellement agitée et troublée par des scrupules, elles feraient mieux pour l'ordinaire de garder le silence, suivant du reste en cela, comme règle suprême, la direction que leur aurait donnée leur confesseur.

Voici quelques principes qui aideront à faire ce discernement dans la plupart des cas.

Pour qu'un péché soit mortel , trois choses sont nécessaires. 1° Une matière grave : ainsi par exemple un mensonge joyeux, une complaisance de vanité, ne suffisent pas pour faire un péché mortel. 2° Une advertance pleine, c'est-à-dire une attention réfléchie au mal que l'on fait, et qui nous le fait envisager comme une faute grave , ce qui exclut le cas de surprise et tous ceux où l'esprit ne jouit pas suffisamment de ses facultés, comme dans le demi-sommeil, etc. 3° Un plein consentement de la volonté à ce que l'esprit lui présente comme un péché mortel : d'où il suit que quand ce consentement demeure imparfait, qu'il n'y a qu'une certaine hésitation, de la négligence à combattre la tentation , le péché n'est que véniel.

Or, quand ces trois conditions se réalisent chez une personne qui vit habituellement dans la crainte de Dieu, elle en est promptement avertie par un changement si marqué de ses dispositions ordinaires, et elle peut facilement distinguer ce qui vient de se passer dans son ame de ce qui s'y trouve habituellement. Il

ne lui sera donc pas difficile de connaître les péchés mortels dont elle pourrait être coupable et qui se dessinent d'une manière si tranchée sur le fond de sa vie.

Du reste, pour bien juger ce qui s'est passé dans l'âme, il ne faut pas perdre de vue ce que dit saint François de Sales , savoir : que dans le moment de la tentation on ne se sent jamais aussi ennemi du péché, ni aussi éloigné de le commettre, qu'avant qu'elle se présentât, ou après qu'elle est passée : par conséquent il ne faut pas se hâter, surtout quand on vit chrétiennement , de voir un consentement formel de la volonté dans l'espèce d'entraînement indélibéré qui porte au mal dans ce moment critique.

On doit ranger parmi les péchés seulement véniels les actes imparfaits , c'est-à-dire , dans lesquels l'advertance ou le consentement sont incomplets ; presque toutes les fautes de caractère , de négligence, de simple vanité, et en général ce que le commun des personnes pieuses et médiocrement instruites ne sait pas d'une manière certaine être péché mortel.

Quant aux tentations auxquelles on n'a point consenti , les règles du sacrement de pénitence n'exigent jamais qu'on en fasse mention. Si l'on en parle, ce n'est qu'à titre de direction et pour obtenir des consolations ou des conseils : le silence sur ce point ne saurait donc rendre la confession mauvaise. Lorsqu'elles sont extraordinaires, graves, prolongées et dangereuses, il est bon de s'en ouvrir de temps en temps à son confesseur, pour recevoir ses avis, et Dieu bénit cette humble docilité en la récompensant quelquefois par la délivrance de ces attaques ; mais il faut bien se garder de revenir sans cesse sur des tentations commune^ ou légères, comme des distractions, etc.; et sur celles que l'on aurait reçu ordre de mépriser et

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