RÈGLES
de passer sous silence. Ce serait au moins une perle de temps.
II. Examen. — Pour satisfaire aux règles d'accusation que nous venons d'exposer, un examen modéré suffit. Pour une personne pieuse et qui se confesse souvent, il est inutile quant au péché mortel : si elle avait le malheur d'en commettre quelqu'un, il se présenterait assez à son esprit , comme toutes les choses extraordinaires, sans qu'il fût besoin de le rechercher. L'examen n'est pas plus utile pour reconnaître les péchés intérieurs qui sont restés douteux au moment où la tentation cessait : les plus longues réflexions (i'expérience le prouve tous les jours) n'éclairciront jamais après coup ce qui est resté obscur à un premier coup d'oeil, lorsque la chose était encore toute récente : elles ne serviraient qu'à épaissir les ténèbres, à troubler l'àme et à renouveler des impressions dangereuses. Il suffît donc qu'on se borne à accuser son doute , si l'on veut comprendre ces cas dans sa confession.
Pour les péchés véniels , un quart d'heure au plus d'examen suffit à une personne pieuse qui se confesse chaque semaine , pour se rendre suffisamment compte de l'état de sa conscience, puisqu'en rigueur elle n'est tenue à rien. Les fautes qui lui échapperaient peuvent être remises par toute action pieuse, en dehors du sacrement. On voit donc combien les inquiétudes auxquelles on se livre souvent à ce sujet sont mal fondées.
III. Contrition.' — La contrition, dit le concile de Trente, est une douleur et une détestation du péché commis avec une résolution de ne plus pécher à l'avenir. — Or cette disposition du cœur peut être dans le pécheur sans être accompagnée d'un vif sentiment. C'est ainsi que les hommes aiment et haïssent différents objets
sans s'en apercevoir, à moins que l'occasion n'oblige ces affections à se produire. Un fils, par exemple, aime son père , sans faire attention à cette disposition de son cœur. Mais que ce père tombe malade, l'amour se réveille aussitôt dans le cœur de l'enfant et excite des sentiments de douleur. Il en peut être à peu près ainsi de la contrition , par rapport aux personnes qui vivent dans la crainte de Dieu : on ne peut donc pas inférer le défaut de contrition du défaut de sentiment; d'autant plus que l'homme n'est pas naturellement affecté aussi vivement des objets qui ne s'aperçoivent que par l'esprit, comme la laideur du péché, que de ceux qui frappent ses sens. Il n'est pas nécessaire, dit Gerson, que la douleur que nous avons du péché soit aussi vive que celle que nous ressentons d'un mal , ou d'une incommodité temporelle ; mais il suffit que le péché commis nous déplaise , de manière que nous soyons dans la disposition de n"y plus retomber en pareil cas. Ainsi distinguons soigneusement l'essence ou la substance de la contrition , de ce qui lui est accidentel. Cette disposition réside essentiellement dans la pure volonté ; elle peut accidentellement se manifester par la sensibilité du cœur et les effets que produit celle-ci, tendres sentiments, soupirs, larmes , tristesse, etc.; toutes choses qui sont consolantes, qui peuvent être utiles, mais qui ne sont nullemenl nécessaires, et dont l'absence par conséquent ne doit donner lieu à aucune inquiétude.
L'essence de la contrition c'est donc le changement de la volonté qui autrefois était attachée au péché , et maintenant le repousse : c'est le regret du mal commis , de sorte qu'on fût bien aise qu'il n'eût pas eu lieu : voilà la substance de cet acte. Or avec la grâce de Dieu , qui ne fait pas défaut à qui la demande , des