‹ La voie de la paix interieureChapitre 23 sur 119 · U8 RÈGLES · texte numérisé non relu

U8 RÈGLES

âmes pieuses peuvent aisément le produire au moins par rapport aux fautes graves de la vie passée, qu'elles doivent toujours accuser d'une manière générale avec les péchés véniels, matière ordinaire de leur confession, afin de rendre leur disposition plus assurée; et cet acte suffit pour que la confession soit valide. Elles n'ont donc aucun sujet de s'inquiéter à cet égard. Que l'on cherche à rendre sa contrition aussi parfaite que possible; rien de mieux : mais il ne faut pas faire de la perfection une nécessité; donc point d'anxiété ni de remords , si l'on croit n'y pouvoir atteindre.

Il faut savoir aussi que la contrition peut être appelée parfaite en deux manières : premièrement quant au motif, quand c'est la bonté et la souveraine perfection de Dieu que l'on a offensé , qui excitent nos regrets ; secondement , quant à l'intensité, c'est-à-dire à la vivacité de la douleur. Cette intensité, qui, portée à son plus haut degré, pourrait suffire pour remettre même la peine temporelle due au péché, est rare et difficile, il est vrai; mais elle n'est point nécessaire pour la rémission du péché lui-même. La contrition parfaite quant au motif, quoique dans un degré très faible d'intensité, suffirait pour remettre le péché, même en dehors du sacrement, quand on ne peut le recevoir : à plus forte raison suffit-elle dans le sacrement de pénitence. Elle n'est point aussi difficile ni aussi rare que plusieurs se le figurent; car, avant Jésus- Christ, c'était le seul moyen de pénitence pour tous les hommes , elle devait donc être aisément à leur portée. A plus forte raison des personnes qui vivent habituellement clans la crainte de Dieu et qui aspirent à la perfection, doivent être présumées avoir suffisamment cette contrition, lorsqu'elles récitent attentivement la formule de l'acte qui L'exprime , après l'avoir

demandée el y avoir tant soit peu pensé. Au surplus , cette contrition parfaite leur fit-elle défaut , l'attrition , c'est-à-dire le regret de ses fautes fondé sur la laideur du péché, le tort qu'il cause à notre âme , ou la crainte des peines de l'enfer ou du purgatoire , suffit pour la rémission du péché dans le sacrement de pénitence , et un peu de réflexion excite facilement ces sentiments dans une âme chrétienne. On voit qu'il n'est pas si malaisé que le pensent beaucoup de personnes pieuses, d'apporter au sacrement de pénitence une contrition suffisante pour le rendre valide et salutaire à l'âme.

La pratique que doivent suivre pour s'en assurer les personnes qui se confessent souvent, consiste à prendre d'abord quelques minutes pour la demander à Dieu , et à s'y exciter ensuite, en vue tant des fautes présentes que des péchés passés, par quelques courtes considérations sur les motifs propres à la produire, la bonté de Dieu, sa grandeur, ses bienfaits, les maux auxquels le péché nous expose. Si l'on ne se sent pas touché comme on le voudrait, il faut s'en humilier devant Dieu, et former par la pure volonté des actes de regret, sans s'inquiéter de l'absence du sentiment; puis s'approcher du saint tribunal avec confiance, et ne pas imiter ces personnes qui s'épuisent en efforts inutiles pour se procurer ce qui est un don gratuit de Dieu , et n'est nullement nécessaire au pardon de nos fautes, les larmes.

IV. Bon propos. — Il est inséparable d'un regret vrai et efficace, et, d'après ce qui précède, il est aisé de voir qu'il existe presque toujours par rapport aux péchés graves, dans une âme pieuse qui s'est préparée comme nous venons de le dire. Quant aux fautes vénielles, l'objet du bon propos et de nos résolutions n'est point

120 v RÈGLES

de les éviter toutes, ce qui est impossible; mais seulement de s'abstenir de celles qui seraient délibérées et de se tenir sur ses gardes pour diminuer les autres, autant que le permettent notre fragilité et le degré de grâce ou de vertu dans lequel chacun se trouve.

Surtout il faut bien remarquer que le bon propos est une disposition présente de la volonté, et par conséquent qu'il est compatible avec la crainte et la prévision probable d'une rechute, surtout dans les choses légères; car la défiance de ses propres forces n'est pas un manque de résolution, mais une vraie et salutaire connaissance de sa misère, qui préserve d'une funeste présomption. On ne demande pas ce que notre volonté sera demain. Dieu seul le sait, car elle est changeante, mais ce qu'elle est aujourd'hui; et si elle est actuellement bonne, la confession l'est aussi , quelque chose qui arrive ensuite. Pour apprécier cette disposition, il ne faut pas se livrer à des suppositions chimériques, à des comparaisons du péché avec certains maux propres à blesser l'imagination; ce serait souvent une imprudence, et cela n'est pas nécessaire. Voudriez-vous encore maintenant commettre la faute que vous allez accuser, si vous étiez dans les mêmes circonstances!'.. . Non... Eh bien, ayez confiance, vous avez le propos nécessaire à sa rémission; et, à la longue au moins, il diminuera môme vos fragilités, moyennant la grâce du sacrement. Il faut encore soigneusement distinguer ici Y affection au péché, c'est-à-dire la volonté de le commettre, de Y inclination au même péché : disposition instinctive de la nature corrompue, qui ne dépend pas de notre volonté libre. Le bon propos exige que l'on renonce à l'affection, mais il ne détruit pas nécessairement Yinclination ou l'attrait qui nous porte au mal. Ainsi, par exemple, une personne, tout en sentant encore bouillonner dans son

cœur l'irritation que lui a causée une injure , peut être fermement résolue à ne pas céder à ce sentiment au détriment de la charité. Souvent il est utile, lorsqu'on se confesse, de faire porter son propos ou ses résolutions d'une manière spéciale sur quelque défaut particulier qui nous a causé plus de dommages depuis la dernière confession, et d'y appliquer l'exercice de l'examen particulier. Cela empêche la routine de se glisser dans la réception du sacrement de pénitence.

V. Quant à la satisfaction, ou à la pénitence imposée par le confesseur, et qui consiste le plus souvent en quelques prières, elle doit se faire simplement comme tout autre exercice de piété, et aucune condition particulière ne lui est essentielle, saut celles que le confesseur aurait expressément imposées.

D'après tout ce que nous venons de dire, on voit que les personnes pieuses font rarement des confessions mauvaises, quoiqu'il soitvrai qu'elles pourraient souvent rendre leurs confessions plus utiles, surtout si elles les faisaient avec plus de calme. Elles doivent donc, après avoir fait raisonnablement ce qu'elles peuvent pour remplir les conditions exposées ci-dessus, s'approcher du sacrement avec confiance , reconnaissance, foi par rapport aux effets qu'il produit; puis, une fois sorties du saint tribunal, n'y plus penser, comme Dieu luimême ne pense plus à leurs péchés ; ne plus s'inquiéter de rechercher les oublis, ou de réparer les prétendus défauts commis dans la réception du sacrement. Cette tranquillité rend plus fort, pour tendre efficacement à ce qui en est le principal objet, l'amendement de notre vie : nos anxiétés nous énervent en resserrant notre cœur. Du reste, nous reviendrons encore, en traitant des scrupules, sur les bizarres inventions par lesquelles les âmes atteintes de ce terrible mal dénaturent ici, comme

t22 RÈGLE POUR L'USAGE

ailleurs, la loi divine. Nous venons d'exposer le plan du sacrement de pénitence tel' que Dieu l'a institué pour le bien et la paix des âmes, ne l'altérons pas par nos préjugés absurdes et les exigences insensées que rêve notre imagination.

Page 1