COMMENT IL FAUT VEILLER SUR SOI
traire ses yeux vers le Seigneur. C'est que nous ne veil Ions jamais si bien sur nous que quand nous marchons avec Dieu présent à nos yeux, comme Dieu l'avait ordonné à Abraham. Et, en effet, à quoi doit aboutir toute notre vigilance? A suivre pas à pas la volonté de Dieu. Qui s'y conforme en tout , veille sur soi et se sanctifie en tout.
Si donc nous ne perdions jamais la présence de Dieu, jamais nous ne cesserions de veiller sur nous-mêmes; mais d'une vigilance simple, amoureuse, tranquille et désintéressée : au lieu que cette autre vigilance qu'on cherche pour s'assurer est âpre, inquiète et pleine d'intérêt. Ce n'est pas à notre propre lumière, mais à celle de Dieu qu'il nous faut marcher. On ne peut voir la sainteté de Dieu sans avoir horreur de ses moindres infidélités. On ne laisse pas d'ajouter à la présence de Dieu et au recueillement les examens de conscience , suivant le besoin qu'on en a, pour ne point se relâcher, et pour faciliter les confessions qu'on a à faire ; mais ces examens se font de plus en plus d'une manière simple , facile et éloignée de tout retour inquiet sur soi. On s'examine, non pour son intérêt propre, mais pour se conformer aux avis qu'on prend , et pour accomplir la pure volonté de Dieu.
Au surplus, on s'abandonne entre ses mains, et on est aussi aise de se savoir dans les mains de Dieu qu'on serait fâché d'être dans les siennes propres. On ne veut rien voir de tout ce qu'il lui plaît de cacher. Comme on l'aime infiniment plus qu'on ne s'aime soi-même, on se sacrifie à son bon plaisir sans condition, on ne songe qu'à l'aimer et qu'à s'oublier. Celui qui perd ainsi généreusement son âme la retrouvera pour la vie éternelle.
ARTICLE X
Delà défiance de soi-même (1).
La défiance de soi-même est si nécessaire dans le combat spirituel, qu'on ne peut, sans cette vertu, non seulement vaincre tous ses ennemis, mais surmonter les moindres passions. Cette vérité doit être gravée profondément dans notre esprit : parce que, bien que nous ne soyons qu'un pur néant, nous ne laissons pas de concevoir de l'estime pour nousmêmes, et de croire sans nul fondement que nous sommes quelque chose. Ce vice est l'effet de la corruption de notre nature; mais plus il est naturel, plus on a de peine à le reconnaître. Dieu, qui voit tout, le regarde avec horreur, parce qu'il veut que nous soyons très persuadés qu'il n'y a dans nous ni vertu ni grâce qui ne vienne de lui seul, comme de la source de tout bien et que nous sommes incapables de former sans lui une pensée qui puisse lui plaire.
Mais, quoique la défiance de soi-même soit un don du ciel, que Dieu communique à ceux qu'il aime tantôt par de saintes inspirations, tantôt par des peines très fâcheuses, tantôt par des tentations presque insurmontables, et par d'autres voies qui nous sont cachées, il désire néanmoins que nous fassions, de notre côté, tout ce qui nous est possible pour l'acquérir. Nous l'obtiendrons infailliblement, si, avec le secours de la grâce, nous employons bien les quatre moyens dont je vais parler.
Le premier est de nous mettre souvent devant les yeux notre bassesse et notre néant, et de reconnaître que par nos forces naturelles nous ne pouvons rien faire de bien, qui soit d'aucun mérile pour le ciel.
fi) Cet article et les quatre suivants sont tirés duCombat spirituel.
Le second est de demander à Dieu avec beaucoup d'humilité et de ferveur cette importante vertu, qui ne peut venir que de lui. Nous confesserons d'abord que non seulement nous ne la possédons pas, mais que de nous-mêmes nous sommes dans une entière impuissance de l'acquérir. Nous nous jetterons aux pieds du Seigneur, et nous la lui demanderons instamment avec, une ferme espérance d'être exaucés, pourvu que nous attendions patiemment l'effet de notre prière, et que nous continuions à prier aussi longtemps qu'il plaira à sa Providence.
Le troisième est de nous accoutumer peu à peu à nous défier de nous-mêmes, à craindre les illusions de notre propre jugement, la violente inclination de notre nature au péché, l'effroyable multitude des ennemis qui nous attaquent de toutes parts : ennemis qui sont, sans comparaison, plus rusés, plus aguerris et plus forts que nous, qui savent se transformer en anges de lumière, et qui nous tendent partout des pièges dans la voie du ciel.
Le quatrième est, à chaque faute que nous commettons, de rentrer en nous-mêmes, pour considérer attentivement jusqu'où» va notre faiblesse; parce que Dieu ne permet nos chutes qu'afin qu'éclairés d'une nouvelle lumière nous nous connaissions mieux que jamais, nous apprenions à nous mépriser comme de viles créatures, et nous concevions un désir sincère d'être méprisés des autres; sans cela nous ne devons pas espérer d'avoir jamais la défiance de nous-mêmes, qui est fondée sur l'humilité et sur une connaissance expérimentale de notre misère.
En effet, quiconque veut s'approcher Je la vérité incréée et de la source des lumières doil nécessairement se connaître à fond; et n'être pas comme les su erbes,