CHAPITRE IIL
DU DÉCOURACEMENT(l).
ARTICLE I
Dangers et effets funestes du, découragement.
Le découragement est la tenlation la plus dangereuse que puisse mettre en œuvre l'ennemi du salut des hommes. Dans les autres tentations, il n'attaque qu'une vertu en particulier, et il se montre à découvert : dans le découragement, il les attaque toutes, et il se cache.
Dans les autres tentations, on voit facilement le piège: on trouve dans la Religion, souvent dans la raison même, et dans une éducation chrétienne, des sentiments qui les condamnent : la vue du mal que l'on ne peut se déguiser, la conscience, les principes de Religion qui se réveillent servent d'appui pour se soutenir.
(1) Ce chapitre est tiré du Traité du Découragement, du P Michi:l, de la Compagnie de Jésus.
Dans le découragement, on ne trouve aucun secours : on sent que la raison ne suffitpas pour pratiquer tout le bien que Dieu demande; d'autre part, on n'espère pas de trouver auprès de Dieu la protection dont on a besoin pour résister aux passions. On se trouve donc sans courage, prêt à tout abandonner; et c'est là que le démon veut conduire l'âme découragée.
Dans les autres tentations, on voit clairement qu'il serait mal d'y adhérer par un sentiment réfléchi : dans le découragement, déguisé sous mille formes, on croit avoir les raisons les plus solides de se laisser conduire par ce sentiment, que l'on ne regarde pas comme une tentation. Ce sentiment cependantfait regarder comme impossible la pratique constante des vertus, et il expose l'âme à se laisser vaincre par toutes les passions. Il est donc important d'éviter ce piège.
Ce qui fait le grand mal d'une âme découragée, c'est que, trompée par une crainte excessive qui lui déguise les vrais principes, abattue par la vue des difficultés contre lesquelles elle ne trouve en elle-même aucune ressource, elle ne regarde pas cet état comme une tentation. Si elle l'envisageait sous ce point de vue, elle se défierait des raisons qui l'entretiennent : elle en sortirait bien plus tôt et plus aisément.
Il est cependant bien sûr que c'est une tentation bien narquée; car tout sentiment qui est opposé à la loi de Dieu, ou en lui-même, ou par les suites qu'il peut avoir, est évidemment une tentation.
C'est ainsi que l'on juge de toutes celles que l'on peut éprouver. S'il vient une pensée contre la foi, un sentiment contre la charité ou toute autre vertu, on le regarde comme une tentation; on s'en détourne et on s'applique à produire des actes opposés à cette pensée, à ce sentiment qui nous met en danger d'offenser Dieu.
Or, l'espérance et la confiance en Dieu ne sont pas moins commandées que la foi et les autres vertus. Le sentiment qui va contre elle est donc aussi défendu que celui qui attaque les autres vertus. La loi nous prescrit de faire souvent des actes de foi, d'espérance et de charité : elle nous défend par là môme tout acte, tout sentiment réfléchi contraire à ces vertus si précieuses. On doit donc regarder le découragement comme une tentation et même des plus dangereuses, puisqu'elle expose l'âme chrétienne à abandonner toute œuvre de piété.
Pour vous rendre ce danger sensible, examinez la conduite ordinaire des hommes. C'est l'espérance de réussir, de se procurer un bien, d'éviter un mal, de satisfaire en un mot quelque désir ou quelque passion, qui les fait agir, qui les soutient dans les peines qu'ils ont à supporter, qui les anime dans les obstacles qu'ils ont à vaincre. Otez- leur toute espérance, ils tomberont bientôt dans l'inaction. Il n'y a qu'un homme dans le délire qui puisse se donner des mouvements pour un objet qu'il désespère de pouvoir acquérir. Dans la pratique des vertus le découragement produit le même effet, il est fondé sur le môme principe, le défaut des moyens pour parvenir à la fin qu'on se propose.
L'âme chrétienne qui n'espère pas se vaincre dans la pratique de quelque vertu n'entreprend rien ou presque rien pour se fortifier. Les efforts insuffisants qu'elle fait augmentent sa faiblesse; et plus qu'à demi vaincue par son découragement, elle se laisse facilement entraîner à la passion qui la domine. La vue de sa faiblesse la jette d'abord dans l'irrésoiution et dans le trouble. En cet état, tout occupée de la peine qu'elle sent à combattre, elle ne voit plus les principes qui doivent la guider. La crainte de ne pas réussir l'empêche
d'apercevoir les moyens qu'elle doit prendre pour vaincre, et que Dieu lui présente : elle se livre donc à l'ennemi sans défense. Elle est comme un enfant que la vue d'un géant qui s'avance contre lui fait trembler, et qui ne pense pas qu'une pierre suffit pour le terrasser, s'il s'en sert au nom du Seigneur. Cette âme, ainsi découragée oublie qu'elle a un secours puissant dans la bonté du Père le plus tendre, et qu'elle n'a qu'à le réclamer pour sortir victorieuse du combat....
Il semble que cet esprit de découragement, quand il s'empare d'une âme, lui ôte toute lumière et toute réflexion. Cette tentation s'attache surtout à lui ôtertout esprit de prière, et l'expose par là visiblement à se perdre, car on ne peut faire son salut que par le secours de la grâce. Or ce secours, on ne l'obtient que par la prière fréquente, constante et persévérante. Rie« n'est plus recommandé dans les livres saints que ce moyen, qui est communément la source de tous les autres que Dieu nous inspire d'employer. Mais le premier effet du découragement est de détourner les personnes qu'il envahit de la prière, sous prétexte qu'elle leur est impossible , vu que les défauts qu'elles y mêlent la rendent inutile, sinon coupable; et ainsi il les livre désarmées à leur ennemi : voilà ce qui le rend si dangereux.
« Sans doute , il est des genres d'oraison qui supposent le calme de l'âme , et qui sont impossibles aux personnes bouleversées par les atteintes du découragement ou du désespoir. Aussi n'est-ce point là ce qu'on leur demande ; mais seulement ce cri d'un cœur qui sent sa misère et implore le secours, cette parole du publicain de l'Evangile : Seigneur, ayez pitié de moi parce que je suis un pécheur : ou mieux encore, cette courte mais admirable prière que Jésus-Christ répétait
dans son agonie : Mon père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi : cependant que votre volonté s'accomplisse et non la mienne/ Un ange du ciel viendra aussi fortifier l'âme qui prie de la sorte; et, appuyée sur la grâce, elle pourra résister à toutes les fureurs de l'enfer. Mais la prière par excellence contre cette tentation, c'est l'acte d'espérance, qui lui est directement opposé, et qu'il faut renouveler souvent pendant ses attaques. En vain dirait-on que l'on sent déborder dans son cœur les sentiments contraires à cet acte, et qu'on ne saurait dès lors le prononcer sans hypocrisie. Vain subterfuge 1 Il ne s'agit pas de vos impressions, mais de votre volonté. Si elle se détermine à former cet acte comme une protestation contre le désespoir qui gronde autour d'elle, c'est un acte de sa liberté, dont Dieu lui tiendra compte, et il n'y en a point de plus efficace dans cette tentation. L'expérience le montre tous les jours, et on a vu quelquefois cette pratique guérir en un jour des âmes livrées au désespoir depuis plusieurs années. Nous ne saurions donc assez la recommander aux âmes tentées par le découragement. »
ARTICLE II
Source et cause des impressions que le découragement fait sur une âme chrétienne.
Pourquoi le découragement fait-il de si fortes et si funestes impressions sur une âme chrétienne? Le voici : l'âme est bien convaincue de sa faiblesse, qu'elle éprouve souvent; elle sent vivement la peine qu'elle a à se vaincre, ce qui lui arrive rarement. Tout occupée de ces idées tristes et décourageantes : qu'elle a peu de courage, qu'elle ne fait rien pour plaire à Dieu, elle regarde comme une chose inutile d'avoir recours au Sei-
gneur, qui dans cet état ne doit pas l'écouter. Étrange effet de l'orgueil de l'homme , qui voudrait se devoir à lui-même le bien qu'il fait et le bonheur auquel il aspire, contre cette parole de l'Esprit-Saint : Qu'avezvous, que vous n'ayez reçu (1) ?
Cette âme ne réfléchit donc et ne semble compter que sur ses œuvres et sur ses propres forces, de sorte que son découragement diminue , cesse, revient, ou augmente, selon qu'elle agit bien ou mal. Elle ne pense pas que c'est de la miséricorde de Dieu toute seule qu'elle doit attendre du secours, et non de ses propres mérites; que quand elle a fait le bien, c'est par la grâce de Dieu, qu'elle n'a pu mériter; et qu'en tout état cette miséricorde lui est ouverte pour obtenir cette grâce.
Quand on représente à ces âmes découragées qu'elles doivent mettre toute leur confiance en Dieu, à l'exemple des Saints, elles répondent sans hésiter qu'il n'est pas surprenant que les Saints eussent confiance en Dieu, puisqu'ils étaient des Saints, et qu'ils servaient Dieu avec fidélité; mais qu'elles n'ont pas les mêmes raisons que les Saints d'avoir cette confiance parfaite. Elles ne voient pas que ce raisonnement est contre les principes de la religion.
L'espréance est une vertu théologale : son motif ne peut se trouver qu'en Dieu; ces âmes en font une vertu humaine dont le motif se trouve dans l'homme et dans ses mœurs. Non, les Saints n'ont jamais espéré en Dieu parce qu'ils étaient fidèles à Dieu; ils ont été fidèles à Dieu parce qu'ils ont espéré en lui. Autrement, le pécheur ne pourrait jamais former un acte d'espérance : c'est cependant cet acte d'espérance qui le dispose à revenir à Dieu.
(1) Quid autemhabes quod non accepisti? / Cor., iv, 7,
Remarquez bien que saint Paul ne dit pas : J'ai obtenu miséricorde parce que j'ai été fidèle; il dit : J'ai obtenu miséricorde , afin que je sois fidèle (i). La miséricorde précède toujours le bien que nous faisons : c'est elle qui nous donne les grâces qui nous le font pratiquer. Les Saints n'ont jamais compté sur leurs œuvres pour appuyer leur confiance en Dieu : ils étaient trop pénétrés de cette leçon que nous fait Jésus-Christ : Quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles (2). Plus ils étaient saints, plus ils étaient humbles. Leur humilité ne leur laissait apercevoir que la perfection à laquelle ils n'étaient pas encore parvenus. Bien éloignés des sentiments du pharisien de l'Évangile, ils ne trouvaient rien en eux qui put assurer leur confiance ; mais ils en cherchaient et ils en trouvaient dans le sein de Dieu les fondements inébranlables. Tels sont les motifs qui les ont soutenus; tels doivent être ceux qui vous encourageront et qui ranimeront votre faiblesse abattue. Il est important que vous soyez instruit sur ce point, pour que vous ne donniez pas de nouveau dans le piège que le démon vous a si souvent tendu.
ARTICLE III
Du vrai motif de l'espérance chrétienne. Ce motif est le même pour tous les hommes.
Suivant la religion, le motif de l'espérance chrélienne ou de la confiance en Dieu est le même pour tous les hommes saints ou pécheurs.
L'espérance, comme nous l'avons déjà dit, est une
(1) Quoniam misericordiam consecntus a Domino, ut sim fldelia / Cor., vu, 25. — (2) Servi inutiles sumus : quod debuinuis ticere, l'echnus. Luc, xvii, 10.
vertu théologale, comme la foi et la charité. Son motif ne peut donc être pris qu'en Dieu, ne peut être appuyé que sur les perfections divines. Dès lors nous excluons de ce motif nos mérites. Nous n'espérons pas en Dieu parce que nous lui avons été fidèles : nous espérons en lui pour obtenir la grâce de lui être fidèles.
Sur quoi donc est fondée l'espérance chrétienne? et quel en est le motif, suivant la religion? Le pape Benoît XIV, dans le modèle de l'acte d'espérance, a exprimé les perfections divines qui forment ce motif. Cet acte est tel : Mon Dieu, j'espère en vous, parce que vous êtes fidèle dans vos promesses, tout-puissant, et que vos miséricordes sont infinies. Dans ce motif, il n'y a rien de l'homme; tout est pris en Dieu même. Et peut-il y avoir de motif plus fort pour nous affermir dans l'espérance, dans la confiance en Dieu ?
Nous y trouvons la miséricorde de Dieu, qui est plus empressée à répandre ses dons sur les hommes qu'ils ne le sont à les recevoir; qui veut leur vrai bien, leur salut, bien plus sincèrement qu'ils ne le veulent euxmêmes, puisqu'ils les prévient par sa grâce, qu'ils ne peuvent pas mériter, puisqu'il leur prépare des secours proportionnés aux épreuves auxquelles il les soumet, secours qu'ils peuvent obtenir par leurs prières, et dont ils peuvent faire usage pour résister à l'ennemi du salut : miséricorde infinie, par conséquent supérieure à toute la malice des hommes; et qui/ après s'être manifestée l'une manière si éclatante et si admirable par le don que Dieu nous a fait de son Fils unique pour nous racheter, ne nous refusera pas les secours qu'il a eu en vue de nous procurer par ce bienfait si extraordinaire.
Les effets de cette divine miséricorde nous sont assurés par les promesses que Dieu nous a faites de nous donner son secours lorsque nous le réclamerions pour
opérer notre salut. Dieu, essentiellement vrai, ne peut pas nous tromper; et il est essentiellement fidèle dans les promesses qu'il fait à ses créatures. Or nous trouvons dans les livres saints les exhortations les plus touchantes d'avoir recours à lui dans nos besoins, avec promesse qu'il sera notre soutien et notre force. Pouvons-nous donc avoir le moindre soupçon, la moindre crainte réfléchie qu'il nous rejette, qu'il nous abandonne, lorsque nous l'invoquerons avec confiance? Ne serait-ce pas accuser Dieu de manquer à sa promesse? ce qui serait un blasphème.
Il est vrai que, pour nous exaucer, Dieu exige que nous l'invoquions avec confiance. Mais aussi mériterait-on d'obtenir ses bienfaits, si on les demandait avec un cœur chancelant sur sa bonté dont on éprouve les effets à chaque instant elde tant de manières? Non, nous dit l'apôtre saint Jacques (1): un cœur qui prie dans cette disposition de défiance n'obtiendra rien. Et nous voyons que Jésus-Christ, dans sa vie mortelle (2), n'accordait des miracles qu'à la confiance.
La toute-puissance de Dieu donne le dernier trait à ce motif de l'espérance chrétienne, en nous le faisant regarder comme supérieur à tous nos besoins. Les hommes promettent souvent ce qu'il n'est pas en leur pouvoir de donner : il n'en est pas ainsi du Dieu toutpuissant. Il ne peut trouver d'obslacle insurmontable à sa volonté dans les dons qu'il veut nous faire. Il a, dans les trésors infinis de ses grâces, des moyens intaillibles de nous conduire à la sainteté. Nous ne devons donc jamais craindre de lui demander, ou trop de choses, ou des choses trop difficiles.
Infiniment riche, Dieu possède tous le. biens, dans
(1) JflC r, 6. - (2)Afnt//i., ix, 22
l'ordre de la grâce, comme dans l'ordre de la nature. Infiniment puissant, il n'est aucun de ses biens dont il ne puisse nous faire part. Infiniment bon, il est disposé à nous accorder, selon ses promesses, tout ce qui nous est nécessaire pour notre salut. C'est sur ces motifs essentiels, puisés dans les perfections de Dieu, que tous les hommes doivent fonder leur espérance. Ils peuvent seuls donner à notre confiance cette fermeté inébranlable qu'elle doit avoir.
ARTICLE IV
Motif de confiance bien puissant dans le prix infini des sovJ"rances et des mérites de Jésus- Christ.
Une âme attaquée par le découragement se trouve dominée par une crainte excessive, qui l'empêche de réfléchir sur les fondements inébranlables de la confiance en Dieu. On ne saurait donc lui donner trop de motifs pour dissiper cette crainte qui la trouble sans cesse. Elle en trouvera de puissants dans les souffrances de Jésus-Christ, qui sont d'un prix infini par la dignité de sa personne.
Ce divin Sauveur, mourant pour tous les hommes, priant pour tous, offrant pour tous ses souffrances et sa mort, leur a mérité à tous les grâces qui doivent les soutenir dans les combats du salut, et les conduire au bonheur de l'éternité. Ces mérites, dont Jésus-Christ n'avait pas besoin pour lui-même, il les a cédés aux hommes; de sorte, dit saint Bernard, qu'ils deviennent leurs propres mérites. C'est en les présentant à son Père que nous obtenons ces secours qui nous rendent si forts contre les ennemis du salut. C'est sur ce principe que l'Église, dans toutes les prières qu'elle fait à Dieu, demande par les mérites de Jésus-Christ Notre-Seigneur.
Mais, dit une âme effrayée de la vie qu'elle a menée,
de quel œil Jésus-Christ peut-il me regarder, après tant d'outrages que je lui ai faits? Voudra-t-il encore s'intéresser pour un ennemi qui l'a si longtemps, si indignement méprisé? Une âme chrétienne et instruite peut-elle en douter? Jésus-Christ ne nous assure-t-il pas que c'est pour les pécheurs qu'il est venu souffrir et mourir? que ce sont les pécheurs spécialement qu'il est venu chercher? Malgré cette assurance, jugera-t-on encore que la qualité de pécheur est un titre pour être refusé, quand on demande des secours pour revenir à Dieu? Non, le ciel et la terre passeront, mais la parole de Jésus-Christ ne passera pas sans s'accomplir. Ses promesses regardent les pécheurs; et s'il n'y avait point eu de pécheurs, Jésus-Christ aurait-il souffert, aurait-il subi une mort si cruelle? Plus les hommes sont pécheurs, plus la miséricorde de Dieu et le pouvoir des mérites du Sauveur s'exercent avec éclat? Est-il un crime plus noir que la perfidie de Judas? Oui, répond saint Jérôme, il en est encore un plus énorme : le dé • sespoir. Judas se rendit plus coupable en se donnant la mort qu'en trahissant son bon, son divin Maître. Ne craignons donc pas d'avoir recours aux mérites de Jésus-Christ. C'est les honorer que de les mettre en œuvre pour obtenir les secours dont nous avons besoin, puisque c'est pour cela que Jésus-Christ a bien voulu les acquérir et nous les céder. C'est en nous les appliquant par la prière et les bonnes œuvres que nous opérons le bien pour lequel ils ont été acquis.
Ce serait une étrange manière de les honorer, que de n'oser en faire usage : ce serait aller directement contre la fin que s'est proposée ce divin Sauveur. En laissant ses dons inutiles, ce n'est pas témoigner qu'on les estime; c'est les regarder comme indifférents. Puisque nous nous reconnaissons pauvres, remplis de misères
et de faiblesses, nous devons chercher à nous enrichir, à nous guérir de nos maux, à nous fortifier. Jésus- Christ s'offre à nous pour opérer ce prodige, en nous offrant ses mérites infinis : Venez tous à moi, nous dit-il avec bonté, et je vous soulagerai (1) . N'est-ce pas contre tous les principes, contre tous les sentiments, autant que contre l'intention du Sauveur, que de craindre d'y avoir recours?
La tentation se sert de tout pour décourager les âmes: elle leur fait trouver dans les sentiments d'une humilité mal entendue des raisons de crainte qui les jettent dans l'abattement. L'humilité chrétienne, d'accord avec la raison, demande que nous nous reconnaissions indignes des bienfaits du Ciel; mais elle n'exige pas que nous refusions ceux qui nous sont offerts, que nous ne demandions pas ceux qu'on a promis d'accorder à nos prières. Bien plus : la reconnaissance que nous devons à Jésus-Christ exige que nous nous conformions à sa volonté, en profitant de ce qu'il a souffert pour nous procurer les secours qu'il nous a mérités. Jamais nous ne l'honorons mieux qu'en nous conformant aux vues de miséricorde qu'ils a eues en s'immolant pour nous.
Sur quoi pourrions-nous compter pour apaiser la justice de Dieu outragé par le péché, et attirer sur nous sa miséricorde, si nous ne comptions pas sur les mérites de notre Sauveur? C'est en les présentant à Dieu que nous viendrons à bout de la fléchir. S'il ne voit dans nous que des objets qui provoquent sa justice, il ne voit dans son Fils que des objets qui sollicitent sa miséricorde. Cette divine miséricorde s'exerce à notre égard dès que, dans des sentiments de regret, nous nous présentons à lui, à l'ombre de la croix du Dieu Sauveur, et
(1) Venite ad me ornnes, et ego reficiam vos. Matth., xi, 28.
tout couverts de son sang adorable répandu pour nous. El ainsi les droits de sa justice sont sauvés. La miséricorde et la vérité, la justice et la paix font entre elles une alliance pour nous la plus heureuse (1).
AETICLE V.
Nos infidélités réitérées ne doivent pas nous faire perdre la confiance en Dieu. Nous ne laperdons que parce que nous manquons de foi.
Dieu, père tendre de toutes ses créatures, a pris tous les moyens pour les rassurer contre ces craintes excessives qui les éloignent de lui. De peur que l'homme, pénétré de son ingratitude, effrayé de ses infidélités réitérées après en avoir si souvent obtenu le pardon, ne perdît toute espérance, et n'osât plus s'adresser à lui pour sortir de l'abîme dans lequel il se serait précipité, non seulement il l'assure que ceux qui espèrent en lui ne seront pas confondus (2), mais il lui déclare d'une manière bien précise sa volonté miséricordieuse sur ce point important: il lui fait un précepte d'espérer en lui.
Ce précepte, nous ne pouvons l'accomplir utilement que par sa grâce. Dieu aurait-il donc pu le faire, s'il n'avait pas voulu nous aider? S'il le fait peut-il n'être pas touché de notre obéissance, quand nous l'invoquons dans la sincérité de notre cœur? Peut-il nous abandonner, quand nous accomplissons ce qu'il nous a prescrit pour obtenir son secours? Non, Dieu ne manque pas à sa parole. Si nous succombons, c'est que notre confiance s'alfaiblit, et que nous manquons de foi.
En voulez-vous une preuve et un exemple? l'Évangile vous le fournira. Sur la parole de Jésus-Christ, Pierre, plein de contiance, marche sur les eaux. Le vent vient à souffler, la confiance »le L'Apôtre diminue :
(1) l'a. i.xxxiv, il. — (2) Ps. xii, 6.
il craint, il commence d'enfoncer. Le danger, en excitant la crainte, ranime la contiance ; Pierre a recours à son divin Maître, qui lui tend la main pour l'empêcher de périr; Jésus, pour nous instruire, ne voulut pas laisser ignorer à son Apôtre la cause du danger qu'il avait couru. Il lui reprocha son défaut de confiance : Homme de peu de foi, lui dit-il, pourquoi avez-vous douté (1)?
Image naturelle de ce qui n'arrive que trop souvent à une âme chrétienne. Tant que tout est en paix dans son cœur, elle marche avec confiance pour aller à Jésus- Christ, suivant qu'il l'appelle. Le vent de la tentation vient-il à s'élever, les difficultés de la vertu se font-elles sentir, elle se trouble, elle oublie qu'elle marche sur la parole de Jésus-Christ, elle commence à craindre; elle hésite dans sa confiance, qui s'affaiblit toujours davantage par cette infidélité : elle commence à enfoncer, et si le retour de la confiance ne lui attire un prompt secours, elle succombe.
Saint Pierre était perdu s'il n'eût appelé Jésus pour le sauver; et ce bon Maître ne lui manqua pas. Si une âme chrétienne, après avoir imité la faiblesse de cet Apôtre, au lieu de perdre à s'effrayer, à se lamenter, un temps précieux, invoquait comme lui son Sauveur, elle éprouverait sa protection; elle éviterait tant de chutes, tant d'inquiétudes, que lui occasionne son peu de confiance. Mais, dans ce cas, elle ne doit s'en prendre qu'à ellemême si elle ne profite pas du secours qui est toujours prêt, qui lui est toujours offert. Elle connaît le danger, elle sait le moyen de s'y soustraire : c'est bien sa faute si elle ne suit pas cette lumière.
(1) Aiodicae (idei, «juare dubitasti? flfallh., ivi, 31.
ARTICLE VI
Dieu n'est jamais plus près de nous pour nous soutenir dans le combat que lorsque nous le croyons le plus éloigné. Il ne 2waît se cacher que pour que nous le cherchions et l'invoquions.
Quelquefois Jésus-Christ ne se fait pas attendre longtemps : on éprouve sensiblement son secours dès qu'on l'invoque. A peine Pierre lui dit-il : Seigneur, je péris, sauvez-moi, que Jésus-Christ lui tend la main et le sauve. Quelquefois ce divin Sauveur agit d'une manière plus cachée. Témoin des combats d'une âme chrétienne, sans se laisser apercevoir, il n'est jamais plus près d'elle, disposé à la secourir, quand elle l'invoque, que quand le danger est plus grand et plus pressant. Cette âme, découragée parce qu'elle n'éprouve pas une force sensible, croit son Sauveur bien éloigné, et il est dans son cœur pour la soutenir. Elle le croit comme endormi sur ses besoins, et c'est lui qui veille à sa conservation en modérant les flots des passions qui la mettent en danger; il leur dit : Vous ires jusque-là, et vous ne passerez lias ces bornes (1).
Jésus-Christ, qui nous a instruits par ses actions autant que par ses leçons, nous donne sur ce sujet une instruction aussi sensible que consolante. Il est dans la barque de Pierre, battue par une furieuse tempête, qui la menace d'un prompt naufrage. Il paraît endormi et ne prendre aucune part à la triste situation de cette barque; niais iln'en dirige pas moins la manœuvre des disciples pour les empêcher de se perdre. Le danger et le travail durèrent tant, qu'ils ne pensèrent pas à avoir recours à leur divin Maître avec cette confiance qui obtient les miracles. A peine l'eurcnt-ils éveillé parleurs
(1) Job, IXXVIII, 11.
DU DÉCOURAGEMENr. 287
prières, que Jésus se lève (4), commande aux vents et aux flots, et la tranquillité est rétablie à l'instant.
Ce qui se passa alors, combien de fois l'âme fidèle ne l'éprouve- t-elle pas? Dans certains temps, aux prises avec mille tentations, que Dieu permet pour la tenir dans l'humilité et la vigilance, elle se voit sans cesse sur le bord du précipice qui lui fait horreur. Il lui semble qu'elle est sans force, et sur le point de succomber. Malgré les efforts de l'ennemi, elle conserve sa bonne volonté, quoiqu'elle craigne à chaque instant de la perdre : elle résiste; elle continue à remplir ses devoirs.
Dans cette situation si pénible, quelle force la soutient ! Elle n'aura pas la présomption de penser qu'elle a résisté par ses propres forces, par ses résolutions qui étaient si chancelantes. Elle doit comprendre qu'il n'y a qu'une force divine qui ait pu l'empêcher de faire naufrage. Jésus-Christ agissait secrètement dans son cœur : ce secours ne lui était pas sensible; il n'en était pas moins réel : le bras qui la soutenait ne se laissait pas apercevoir; il n'en était pas moins fort. Sans savoir comment elle a résisté, elle est sortie victorieuse du combat par la grâce de Jésus-Christ, qui ne l'a jamais abandonnée, et qui a enfin rétabli en elle la paix troublée parla tentation. C'est clans ces occasions qu'une âme doit espérer contre toute espérance (2), et elle sera toujours soutenue.
ARTICLE VII
On nepeut vaincre sans combat, et il n'y a point de combat sans peine.
On convient aisément de la force des motifs de l'Espérance chrétienne; mais par combien de prétextes le démon ne cherche-t-il pas à les affaiblir dans l'applica-
(1) Matth., vm, 25. —(2^ Kom., iv, 18.
288 DU DÉCOURAGEMKNT.
tion que l'âme découragée s'en fait à elle-même? L'homme, naturellement paresseux, craint la peine. Dès qu'il se donne à Dieu, il voudrait jouir du bonheur de son état sans qu'il lui en coûtât beaucoup. On oublie ce qu'a dit Jésus-Christ : II n'y a que ceux qui se font violence qui ravissent le ciel (1). On ne fait pas attention que Jésus-Christ n'a voulu entrer dans sa gloire que par les souffrances (2); qu'il n'y a conduit les saints que par les croix, les combats, les sacrifices, le renoncement à leurs passions, à leur volonté.
Le ciel est une récompense : il faut la mériter par la préférence que l'on donne à Dieu, à sa volonté sainte, sur ce que nous avons de plus cher, dès que Dieu en exige le sacrifice. C'est donc un principe certain , et saint Paul nous le déclare hautement de la part du Seigneur : Personne ne sera couronné s'il n'a légitimement combattu jusqu'à la fin (3). Prétendre à la couronne de justice sans combat, c'est raisonner contre les principes de la foi; s'attendre à des combats sans peines, c'est aller contre les lumières de la raison.
On n'ignore point ce que Dieu exige; et c'est de là que le démon prend occasion de décourager une âme chrétienne, en se servant de la paresse, si naturelle à l'homme, pour la détourner du travail nécessaire au salut. Il n'en coûte rien pour suivre ses penchants naturels : il en coûte pourles réprimer. L'ennemi de l'homme n'a pas de peine à faire goûter et suivre le premier parti.
Pour cela, il lui fait un tableau frappant des peines qu'il trouvera dans le service de Dieu, de cette gêne continuelle dans laquelle il sera obligé de vivre, et surtout de ces combats qu'il aura sans cesse à soutenir
(1) Regnum cœloium vim patitur, et violenti rapiunt illud. Mattft., xi, 12. — (2) Luc, xxiv, 2G. — (3) Non coronatur nisi légitimé m tarent. // Tim., ii, 5.
contre lui-même. Il lui cachera avec soin la paix du cœur dont on jouit quand on obéit à Dieu, les solides consolations qu'il trouvera dans ses peines par l'espérance des récompenses : il lui montrera sa faiblesse dans toute son étendue, lui rappellera ses chutes malgré ses résolutions, et ne lui laissera point apercevoir la miséricorde de Dieu et le bras tout-puissant par le secours duquel il a souvent triomphé.
Voici les progrès de cette disposition de l'âme. Pénétrée de sa faiblesse et des difficultés de l'entreprise, au lieu de dire avec le saint roi David : Quand des camps ennemis s'élèveraient contre moi, je ne craindrais point, 6 mon Dieu ! parce que vous êtes avec moi (1), elle tombe dans l'abattement. Ce sentiment ne lui laisse voir que faiblement le secours du Ciel; elle y compte peu, elle n'ose presque pas le demander; peut-être même craintelle de l'obtenir, pour ne pas renoncer à ses penchants, qu'elle aime. Dans cet état, ne croyant pas pouvoir se gêner constamment par l'opposition qu'elle y trouve, elle n'ose rien ou presque rien entreprendre pour se vaincre. La première chute la confirme dans sa façon de penser, qu'elle ne pourra réussir à se gêner, et qu'il faut attendre un temps où ses passions ne soient plus si vives.
Dès lors tout lui devient difficile : l'ennui et l'esprit d'indépendance, par rapport à ses devoirs, s'emparent de son cœur, et les lui rendent extrêmement pénibles. Les exercices de la piété, elle icsomet, où elle s'en acquitte avec tant de négligence, qu'ils ne peuvent lui rendre favorable son Dieu, qu'elle oublie. La dissipation d'esprit et de cœur succède à l'esprit intérieur qui la faisait agir; elle abandonne le bien qu'elle pratiquait;
(1) Si consistant adversùm me castra, non timebit cor meum ; quoniam tu mecura es. Ps. xivi, 5; et xxn. 4.
elle résiste aux grâces, aux remords, elle se détourne des bonnes pensées : elle ne suit plus que ses penchants, ses caprices, son humeur, où elle ne trouve point d'obstacles. Malgré les inquiétudes que Dieu, par miséricorde, lui donne dans cet état de paresse et de tiédeur produit par le découragement, elle l'aime encore mieux que de segêner par amour pour Dieu. C'est le point où l'ennemi du salut voulait la conduire : il voulait l'empêcher de penser, de travailler à son salut; il y réussit par cette voie.
Ces détails, peut-être un peu trop longs, vous feront mieux connaître le plan d'attaque de l'ennemi, et vous mettront mieux en état de lui opposer un plan de défense qui rende ses efforts inutiles.
Je comprends qu'une âme qui envisage toutes les peines qui peuvent se rencontrer dans le service de Dieu, et qui les envisage toutes à la fois et pour une longue vie, peut en être effrayée. Mais est-ce ainsi que l'on a à supporter les peines de la vie chrétienne? Non : on les supporte, on les combat en détail ; tantôt l'une, tantôt l'autre, suivant les occasions. S'il y en a qui reviennent souvent à la charge, il y en a qui ne se présentent que rarement. On doit s'affermir contre les premières en particulier, et se prémunir contre les autres par l'exercice fréquent de l'amour de Dieu. Il faudrait donner dans la pusillanimité la plus étrange, pour ne pas oser résister à un ennemi qui attaque seul, et qui souvent n'a de force que celle qu'il tire de notre faiblesse. Le craignez-vous, il vous accable. Sous la protection de Dieu que vous invoquez, lui résistez-vous, il ne tient guère, il s'enfuit, il disparaît pour longtemps.
N'envisagez jamais comme réunis des objets qui ne se présentent que séparément. Une âme, à chaque moment, n'a à répondre que de l'action qu'elle pratique alors. S'occuper dans cet instant des peines qu'elle peut
avoir' dans la suite, c'est se tourmenter pour un avenir fort incertain; c'est aller au-devant de la tentation, et de la tentation la plus déraisonnable; c'est se tendre à soi-même des pièges; ce n'est pas être tenté, c'est se tenter soi-même. Il est contre la raison de se procurer par avance dans son imagination des maux que l'on n'aura peut-être jamais occasion d'éprouver. A chaque jour suffit son mal (1); il est contre la religion et la prudence chrétienne de s'exposer soi-même à la tentation (2).
Si donc une âme se fait violence pour plaire à Dieu, dans l'espérance de la récompense; si, à chaque peine qu'elle éprouve, elle ne fait attention qu'à celle-là pour en faire un saint usage, elle les supportera toutes successivement, et plus facilement, et avec un plus grand mérite, par le secours du Seigneur.
Une âme religieuse, par exemple, trouve de la répugnance à la gêne, à la contrainte, que demandent l'obéissance et la régularité. Si dans ce sentiment, dont elle éprouve la force, elle envisage cette contrainte pour toute sa vie, elle en sera troublée, déconcertée. Si elle ne l'envisage que pour 'un jour, un demi-jour, ou même pour chaque action, à mesure qu'elle se présente, elle ne la trouvera plus si difficile à pratiquer. Souvent ce n'est que l'affaire d'un moment, et toute la peine est passée dès que la détermination est prise.
Une autre réflexion que vous devez faire, c'est que l'on se trompe bien, si l'on pense que la peine que l'on trouve à se gêner pour remplir ses devoirs et pour plaire à Dieu, durera toujours avec la même vivacité et la même impression que l'on éprouve dans le commencement. L'expérience, fondée même sur des rai-
(1) Sufficit diei malicia sua. Matth., vi, 34
sons physiques, nous apprend qu'à mesure que l'on pratique souvent une action, ou que, par le secours de la grâce, on s'accoutume à agir par de bons motifs, on en contracte l'habitude, et l'on y trouve toujours plus de facilité. La peine diminue toujours davantage, et elle cesse enfin presque entièrement. Que l'on se gêne pendant quelque temps pour faire une action avec fidélité et avec exactitude pour le temps et le lieu, on le fera bientôt presque sans s'en apercevoir, et le motif de religion se présentera de lui-même; si bien que cette facilité devient quelquefois un sujet de peine pour des âmes qui s'imaginent mal à propos n'avoir point de mérite où: elles n'ont point de peine et où elles ne trouvent plus aucun sujet de sacrifice. Elles ne font pas attention que c'est le motif surnaturel, sous l'influence de la grâce, qui donne le mérite à nos actions, et non pas simplement la peine qu'on y trouve.
D'ailleurs la religion nous enseigne que le Seigneur récompense la fidélité que l'on a à se gêner pour lui par des grâce squi nous rendent non seulement faciles, mais douces, les peines que nous supportons; que, quand même ces peines se feraient sentir plus longtemps, il ne permettra jamais que l'épreuve soit au-dessus de nos forces, aidées par sa grâce, qu'il nous a promise, et qu'on peut toujours obtenir par la prière. Comptez sur cette promesse, puisqu'elle ne peut être fausse.
N'envisagez jamais l'incertitude de la persévérance sans penser aux promesses que Dieu nous a faites, soit pour les secours, soit pour les récompenses, et cette réflexion suffira pour vous rassurer et vous ranimer.
ARTICLE VIII
Cest tenter Dieu, et se tenter soi-même contre Tordre de Dieu, que de prévoir les combats auxquels on pourra être exposé dans la suite.
Mais enfin, dit-on, faut-il bien que je sois dans la disposition de remplir mes obligations. Or, quand je me les représente, je ne sens pas dans ma volonté la force de soutenir ce combat si pénible pendant toute ma vie. Comment alors ne pas trembler, ne pas tomber dans le découragement?
D'abord nous avons déjà remarqué que cette peine ne dure pas toujours avec la même force, et ne fait pas toujours des impressions aussi sensibles. Vous ne devez donc pas juger de la difficulté que vous aurez à persévérer par la peine que vous éprouvez dans ce moment. Commencez avec les secours présents, et espérez les mêmes secours pour l'avenir.
Mais, en second lieu, Dieu défend de se mettre témérairement dans l'occasion de la tentation. 11 n'a pas promis son secours à celui qui, prévenant par une prévoyance insensée les épreuves auxquelles il peut être soumis, rassemble dans son imagination des tentations qu'il n'éprouvera peut-être jamais, et que certainement il n'éprouvera pas ainsi rassemblées en un seul moment. Aujourd'hui vous n'avez pas la force de les envisager, parce que le temps n'étant pas encore venu de soutenir le combat, vous n'avez pas la grâce qui ne vous est préparée que pour ce temps d'épreuve : il n'est donc pas étonnant que ces tentations vous effraient d'avance. Mais pourquoi vous tenter ainsi vous-même, contre la volonté de Dieu?
Pourquoi cherchez-vous à sonder votre cœur sur les croix pesantes, sur les tentations violentes, sur les
combats opiniâtres que d'autres ont eu à soutenir, et qui, absolument parlant, peuvent vous arriver, pour savoir quelle est votre ■ disposition à cet égard ? Car Dieu, qui vous a promis d'affermir votre volonté quand il exigera ces sacrifices, ne vous a pas promis les mêmes grâces quand, de votre volonté propre, sans y être appelé de Dieu, vous vous mettez par votre imagination dans ces circonstances qui n'existent pas, et qui n'existeront peut-être jamais pour vous.
Une âme solidement chrétienne est humble, elle craint et évite le danger, bien loin de le rechercher. C'est témérairement, c'est par une présomption secrète, par un amour- propre caché, que vous vous mettez dans cet état de tentation : est- il surprenant que vous n'éprouviez que faiblesse, qu'incertitude dans votre volonté? Dieu ne nous donne pas sa grâce suivant nos caprices, mais suivant le besoin que nous en avons, en nous soumettant aux ordres de sa Providence. C'est par là que la tentation abuse et séduit des âmes ou imprudentes ou mal instruites. Elle les entretient de sacrifices ou chi mériques ou éloignés, sur lesquels le Seigneur ne leu. inspire rien, et elle les détourne de l'attention qu'elledoivent donner aux sacrifices présents que Dieu demande d'elles. Elles courent après des ombres, et elles perdent la réalité.
La disposition de l'âme fidèle, pour plaire à Dieu, ne doit donc pas être de chercher dans son imagination tout ce qui peut lui arriver de rigoureux, sous prétexte de l'accepter avec générosité. Cette recherche, Dieu ne l'approuve pas, il la défend même. C'est en quelque manière tenter Dieu. Quelque bonne que vous paraisse l'intention qui vous y porte, vous devez vous en délier et vous en détourner. Ce que Dieu exige, c'est que l'homme soit dans la disposition générale d'éviter, non par ses
propres forces, mais par le secours de la grâce, tout péché mortel et tout ce qui peut y conduire, de supporter avec soumission les croix que sa Providence lui présente chaque jour, et de ne pas se faire des croix dans son imagination pour les porter avant qu'elles arrivent.
Il sera toujours temps de souffrir quand le Seigneur le permettra, sans vouloir souffrir par avance des peines que Dieu ne lui donne pas encore à porter, et que jamais peut-être il ne lui imposera. Ces peines imaginaires, ou imprudemment prévues d'avance, lui deviendront d'autant plus pesantes qu'il les portera seul, sans le secours de Dieu.
Que si ces croix se présentent d'elles-mêmes, et sans qu'on les cherche , le sentiment qui doit alors élever l'âme à Dieu doit être de lui dire avec confiance et avec amour : « Si vous permettez, ô mon Dieu ! que ces « croix m'arrivent, j'espère que, selon vos promesses « et par les mérites de Jésus-Christ, vous m'aiderez à « les porter. » Après cette courte prière, elle doit laisser tomber ces imaginations dangereuses, et s'appliquer aux devoirs présents qu'elle a à remplir, à se fortifier dans les occasions qui se présentent, et à donner par cette fidélité des preuves de son amour bien plus sûres et bien plus utiles.
ARTICLE IX
De l'ennui, du dégoût et de la répugnance dans le service de Dieu, sources d'un découragement contraire à la raison.
Une âme qui, malgré ses prières constantes, se trouve combattue par quelque défaut qui la domine, par quelque tentation qui l'obsède; qui ne trouve dans le service de Dieu qu'ennui, que dégoût, que répugnance, est
dans la plus grande perplexité. Le démon iui suggère bientôt que Dieu ne l'écoute pas; que ses prières sont inutiles, et la conduit ainsi dans le précipice du découragement, d'où elle ne voit plus dans Dieu qu'un Maître, ou insensible ou irrité, à qui elle n'espère plus de pouvoir plaire.
Ce qui trompe cette âme, que Dieu n'abandonne pas, mais qu'il éprouve, c'est que, servant Dieu avec ces répugnances , cet ennui , cette sécheresse de cœur, elle pense que ce qu'elee fait ne peut pas être agréable à Dieu, ni lui être d'aucun mérite «à elle-même. Cette vue d'abord l'afflige ; bientôt elle la trouble et la décourage entièrement, si le Seigneur ne lui rend pas l'attrait et le goût qu'elle a perdus, comme elle le lui demande sans cesse. Ramenons cette âme aux principes de la religion ; elle sera bientôt rassurée sur son état, qu'elle ne croit mauvais que parce qu'elle n'en juge pas suivant les bonnes règles.
Cet ennui, ces répugnances, ces dégoûts, que souvent d'autres tentations accompagnent, ne sont pas en MX-mêmes des péchés : ils ne sont pas même des imperfections. Tout cela ne peut donc pas empêcher que les devoirs que vous remplissez pour faire la volonté de Dieu ne lui soient agréables, et ne soient méritoires pour vous. Les hommes , qui ne voient pas l'intérieur, ne jugent de la bonté et du mérite des actions que par ces démonstrations extérieures d'empressement; ce qui fait qu'à leurs yeux la manière augmente ou diminue beaucoup ce que l'on fait pour eux. Il n'en est pas ainsi de Dieu, qui , connaissant le fond du cœur, juge de la sincérité des sentiments par eux-mêmes, indépendamment des marques extérieures. Il suffit, à L'égard de Dieu, de faire sa volonté sainte.
La preuve de cette vérité est sans réplique. C'est la
parole et l'exemple de Jésus-Christ. Ce divin Sauveur, instruisant les peuples, leur disait : Celui qui fera la volonté de mon Père sera sauvé (1). Il n'exige pas qu'on la fasse avec goût , avec un attrait sensible : il exige qu'on la fasse, quelque peine que l'on trouve à la faire; et alors il promet le salut. Si cet état d'ennui , de dégoût, n'empêche pas une âme chrétienne de faire ce que Dieu exige d'elle dans la pratique des devoirs de sa profession, il ne peut donc être par lui-même un mal qui l'éloigné de la sainteté et du salut.
Ce divin Sauveur nous confirme sa doctrine par son exemple. Incapable non seulement de péché, mais d'imperfection , il a bien voulu, pour notre instruction et notre consolation, passer lui-même par les épreuves auxquelles il voulait mettre ses disciples. Ainsi, dans le désert, il permit à l'esprit tentateur de l'attaquer par les suggestions de la vanité, des honneurs mondains, de la confiance présomptueuse. Ainsi, au jardin des Oliviers, à la vue des souffrances qu'on lui préparait, de l'ingratitude des hommes à son égard, il voulut éprouver l'ennui le plus accablant, la tristesse la plus profonde , la répugnance la plus vive. Comme ni ces tentations, ni ces sentiments de dégoût portés à cet excès n'empêchaient pas sa fidélité, sa soumission aux ordres de son Père , dans cet état de tentation et d'accablement, il n'en était pas moins l'admiration du ciel et l'objet des complaisances de son Père.
Il est donc certain que l'état de tentation, d'ennui, de dégoût, de trouble, de répugnance que peut éprouver une âme, à quelque degré qu'il soit porté, n'est pas mauvais en lui-même, que ces sentiments involontaires ne sont pas même des imperfections; qu'ils
(i)Matth., vu, 21.
n'empêchent pas que les devoirs que vous remplissez dans cet état ne soient agréables à Dieu et méritoires pour le ciel.
Je ne saurais trop appuyer sur les preuves de cette vérité. Je vois bien des âmes qui , malgré la parole et l'exemple de Jésus-Christ, sont toujours troublées de ce qu'elles éprouvent dans cet état de sécheresse et de dégoût. Elles trouvent dans les livres qu'il faut servir Dieu avec joie : dès qu'elles n'éprouvent pas ce sentiment, que Jésus-Christ n'exige pas, qui ne dépend point d'elles , mais uniquement de Dieu , comme nous le ferons remarquer ailleurs, elles tremblent d'être éloignées de Dieu et d'en être rejetées.
Raisonnons donc sur les principes de la religion. Ces tentations, cet ennui, ce dégoût, dès que vous n'y adhérez pas pour les suivre, vous les éprouvez malgré vous : ils ne dépendent pas de vous. S'ils en dépendaient, certainement vous ne les auriez pas, puisqu'ils vous font tant de peine. Or, des sentiments qui ne dépendent pas de vous , auxquels vous n'adhérez pas , que vous combattez même pour ne pas les suivre, ne peuvent vous rendre coupable devant Dieu. Il ne vous rend responsable que de ce qu'il dépend de vous de faire ou de laisser, que de ce qui est un choix libre de votre volonté.
Vérité dont on ne peut douter après les décisions de l'Église, vérité que la raison toute seule nous fait connaître. Et quelle idée aurait-on de la bonté, de la juslice de Dieu, s'il punissait les hommes pour des choses qu'ils n'ont pu éviter?
Il est donc sûr que cet état d'une âme chrétienne n'a rien en lui-même qui puisse la rendre désagréable à Dieu.
Nous devons même ajouter, pour la consolation de
ces âmes iroublées et découragées , que si dans cette situation elles sont fidèles à ne point se relâcher sur les devoirs de leur état , elles témoignent à Dieu un amour plus fervent, elles reçoivent de Dieu une marque plus signalée de sa protection, elles ont dans leurs actions plus de mérite que dans l'état où, attirées par un amour sensible , elles n'éprouvent presque aucune difficulté. Il n'est pas douteux que plus un cœur a d'ennemis à vaincre, d'obstacles à surmonter pour accomplir la volonté de Dieu, plus il doit être affermi par l'amour divin. Si son amour pour Dieu était faible, il ne résisterait pas à tant d'ennemis réunis pour le détruire. La fidélité d'une âme, dans cette situation, lui fait connaître la miséricorde de Dieu sur elle par la force de l'amour, dont elle éprouve le secours pour se soutenir : amour d'autant plus puissant et plus méritoire , qu'il est moins sensible.
Dans ces combats , souvent longs et opiniâtres , une âme peut faire quelques fautes ; c'est l'apanage de l'humanité : mais qu'elle ne s'en trouble pas ; elles sont bientôt réparées par les sacrifices qu'elle offre sans cesse à Dieu. Si donc elle porte cette croix avec soumission, si elle se renonce presque à chaque instant , pour suivre les lumières qu'elle reçoit dans l'esprit de foi, peut-elle craindre d'être rejetée du nombre des disciples de Jésus-Christ? Ce divin Sauveur n'a-t-il pas dit que, pour être son disciple, il faut se renoncer, porter sa croix, et le suivre (1). C'est ce que fait cette âme fidèle, dans l'ennui , le dégoût et la répugnance. Peut-elle penser que Dieu laisse sans récompense tant de sacrifices? Non, lui dit l'Apôtre (2) : Dieu n'est point injuste, pour oublier vos travaux et vos peines. Soyez donc fidèle;
(1) Matth , xvr. 24. — (2) Hebr., vi, 10.
votre récompense est prête : Dieu ne manquera pas à sa parole. Quelques jours d'une peine légère, une éternité et de bonheur ineffable et d'un bonheur qui ordinairement commence dès cette vie par les grâces de consolation et de paix que Dieu accorde à cette âme, après l'avoir assez éprouvée : voilà votre destinée, comme elle a été celle de tous les Saints.
ARTICLE X
(Test mal penser que de demander à Dieu la cessation de nos peines et de nos combats, et de vouloir être exaucé sur-le-champ.
Malgré ces vérités si bien établies, il faut avouer que cet état de dégoût et de répugnance est toujours pénible à supporter. L'homme fuit naturellement la peine et les combats. Au lieu de s'occuper des grands avantages que lui procureraient ses victoires, uniquement affecté de ce que lui fait souffrir la guerre qu'il a à soutenir contre lui-même, il ne pense pas aux biens précieux qu'il peut en retirer. Il se tourne alors vers le Seigneur pour en obtenir du secours; mais que lui demande-t-il? Il lui demande qu'il daigne faire finir cet état de dégoût, de sécheresse, de répugnance. Si Dieu ne l'exauce pas, s'il veut l'éprouver plus longtemps, il s'imagine qu'il prie en vain, que Dieu ne l'écoute pas, qu'il n'obtient rien de ce qu'il demande. Le trouble, la crainte, le découragement s'emparent de son cœur. Dans cet étal, il ne sait plus rien demander à Dieu; il ne l'ose même pas. Il dit bien avec Jésus (1) : Seigneur, que ce calice passe loin de moi; mais il se garde bien d'ajouter avec ce di\ in Modèle : Cependant que votre volonté se fasse, et non pas la mienne. II faut bien se pénétrer des principes de la foi
(1) Mat th., xxvi, j\).
pour se mettre dans cet humble abandon à la Providence, qui veille sur nous avec d'autant plus de soin que notre abandon est plus parfait.
La religion nous enseigne que Dieu, dans la conduite qu'il tient avec ses créatures en les appelant à son service, ne fait rien que pour sa gloire et pour leur véritable bonheur. C'est donc à Dieu seul à déterminer l'espèce de gloire qu'il veut tirer de l'homme, et la voie par où il veut le conduire à la sainteté et à la félicité. La créature voudrait-elle servir Dieu suivant ses idées et ses goûts particuliers, lui prescrire la manière dont elle veut être conduite par sa Providence, lui déterminer ses conditions auxquelles elle veut qu'il attache ses récompenses ? Ce serait une. extravagance, un délire; ce serait donner aux hommes toutes les passions, toutes les erreurs, pour règle de leur conduite.
L'homme, devant Dieu, ne peut donc avoir en partage que la soumission. Ce qui le regarde, c'est de bien connaître la voie de Dieu sur lui, et de la suivre avec confiance, avec amour, avec docilité. C'est à Dieu à tracer le plan; c'est à l'homme à l'exécuter avec le secours de Dieu. Si l'homme entre dans cette voie avec ces dispositions, elle sera toujours la plus sûre pour lui, parce que Dieu, en la choisissant pour le conduire par là au bonheur éternel, lui a préparé des grâces particulières pour le suider et le soutenir dans celte voie. L'homme, étant toujours alors dans l'ordre de la Providence sur lui, ne peut manquer d'éprouver une protection spéciale; du moins il en a la plus grande espérance.
Si Dieu veut donc conduire au ciel une âme par les épreuves du dégoût, des répugnances, doit-elle demander à Dieu qu'il change cette providence à son égard? Elle le peut, et Jésus-Christ l'a fait : une pareille prière
a souvent été exaucée. Le délai d'une grâce n'est pas un refus, on l'obtient par la persévérance dans le temps que Dieu a destiné à nous faire éprouver sa miséricorde. Mais cette âme doit-elle en faire l'objet unique de ses prières, de sorte que, si Dieu ne l'exauce pas, elle tombe dans l'abattement? Elle s'éloignerait bien en cela de l'exemple que Jésus-Christ lui a donné, et que les saints ont imité. Elle suivrait les suggestions de la tentation, qui veut l'éloigner de Dieu, et la tirer de l'ordre de sa providence sur elle.
Le premier et principal objet de ses prières doit être de demander à Dieu la soumission à sa volonté, la grâce de supporter avec résignation, avec fidélité, avec amour, l'état dans lequel il la met pour l'y sanctifier, puisque ce n'est pas à elle de choisir la route qu'elle doit tenir. Dans l'humble persuasion qu' elle ne mérite pas les faveurs singulières du Seigneur ; qu'ayant eu le malheur de l'offenser, c'est encore un effet adorable de sa miséricorde qu'il la supporte, comme disait l'enfant prodigue, non comme un fils, mais comme un de ses plus vils serviteurs, elle doit prendre son état en esprit de pénitence, et s'abandonner entre les mains de Dieu pour tout le temps qu'il voudra en tirer sa gloire. C'est là le meilleur moyen qu'elle puisse prendre pour obtenir de Dieu la fin de cette épreuve pénible.
Vous croyez que Dieu ne vous écoute pas, parce qu'il vous laisse dans l'état de dégoût ou de tentation dont vous lui demandez d'être délivré. Vous vous trompez, suivant les principes de la religion. Si votre prière est faite avec soumission, avec confiance et persévérance, selon les promesses de Jésus-Christ, elle sera sûrement exaucée. A la vérité, Dieu ne vous accordera pas ce que vous lui demandez, parce qu'il vous serait nuisible par le mauvais usage que vous en feriez, ou moins utile que
les dons qu'il vous destine. Au lieu de cette grâce qu'il vous refuse par miséricorde, il vous donnera des grâces plus précieuses, plus désirables, qui vous feront pratiquer les vertus parfaites de la religion, et vous feronl acquérir des mérites pour le ciel, par le renoncement, la mortification, la soumission, l'esprit de pénitence; des grâces qui, vous soutenant dans le combat, vous laisseront voir tout votre néant, vous convaincront de votre faiblesse, vous tiendront dans l'humilité chrétienne, fondement des vraies vertus, dans la vigilance sur vous-même, et dans un rapport continuel avec Dieu pour solliciter son secours, dont vous reconnaîtrez toujours mieux la nécessité pour vous soutenir.
Cette Providence, cette conduite du Seigneur nousesl bien marquée dans saint Paul. Ce grand apôtre demande à Dieu plusieurs fois de le délivrer d'une tentation humiliante qui le tourmente. Dieu la permettait dans ce grand apôtre, ainsi que lui-même nous l'apprend, de peur que la grandeur de ses révélations ne l'élevât à ses propres yeux (1). Le Seigneur lui refuse la délivrance de ces tentations; mais il l'assure de son secours : Ma grâce vous suffit (2). Ce refus qu'essuie longtemps l'âme troublée, dégoûtée, tentée, ne marque donc pas que Dieu s'éloigne d'elle, qu'il ne l'écoute pas, qu'il l'a abandonnée : ce refus prouve uniquement que Dieu a d'autres desseins que ceux qu'elle se propose, qu'il ne veut pas la délivrer, mais qu'il est toujours prêt à l'aider.
1)// Cor., xii, 7. — (2) Ibid., xn, 9.