‹ La voie de la paix interieureChapitre 52 sur 119 · DE COMBATTRE L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

DE COMBATTRE L'IMAGINATION

le seul remède à des maux qui paraissent irrémédiables. Chez tous, l'imagination est un microscope qui grossit à milliers de fois les petits accidents de la vie, les peines et les dangers que l'on redoute; quand elle s'applique aux objets de la conscience, elle devient une source inépuisable de scrupules, et chez les personnes mélancoliques une excitation perpétuelle au désespoir. L'habitude d'écouter ces suggestions finit par établir dans l'esprit des idées fixes , des persuasions presque indestructibles qui ne sont plus soumises, au moins d'une manière immédiate et directe, à l'empire de la volonté , et qui souvent occupent pendant des heures entières, sans qu'on en ait la conscience et qu'on en soit averti par la réflexion. C'est comme une espèce de folie renfermée dans les limites de ces objets particuliers, et ce n'est pas sans raison que sainte Thérèse .appelle l'imagination la folle de la maison. Quand on en est venu là, il faut bien comprendre que la présence dans l'âme de ces idées fixes, comme sont certaines impressions intimes et profondes de désespoir, certaines persuasions invincibles au sujet de nos relations avec le prochain , certains tableaux intérieurs que l'on ne peut parvenir à effacer; que tout cela, dis-je, ne suffit pas pour rendre coupable une personne qui gé mit de cet esclavage, mais qui ne peut parvenir à rompre tout d'un coup ses chaînes. Il est de son devoir sans doute d'y résister; mais il importe extrêmement de bien comprendre la méthode que l'on doit tenir dans cette résistance, et ce que l'on peut obtenir par elle, de peur d'augmenter le mal par des efforts mal dirigés, au lieu d'y apporter le remède.

Ce n'est point de front, en effet, qu'il faut attaquer ce genre d'ennemis. Ce n'est point par des efforts violents, par une lutte directe, ni en raisonnant contre les

inépuisables subtilités de l'imagination , que l'on peut parvenir à la vaincre. Elle a presque toujours le démon pour complice, et c'est un raisonneur avec lequel il n'est pas prudent de se commettre sur le terrain de l'argumentation, surtout quand on ne peut plus y apporter soi-même que la moitié de ses forces : il est passé maître en fait de sophismes et de tromperies ; gardons-nous donc de lui prêter le flanc en engageant avec lui une dispute qui ne saurait tourner à notre avantage. Le genre de lutte que nous devons soutenir contre l'imagination peut s'exprimer par ces quatre mots : prévenir, mépriser, patienter, se distraire. Développons-les un peu.

I. Prévenir : ici surtout a lieu la maxime : principiis obsla : opposez-vous aux commencements. Quand on sent venir une de ces préoccupations qui ont coutume de s'emparer de notre imagination et de l'exalter, il m faut se hâter de fermer, pour ainsi dire, les portes de son âme, pour lui en interdire l'entrée. On le peut, sinon toujours, du moins le plus souvent, si l'on est fidèle à repousser dès les premiers instants les pensées qui se présentent et qui sollicitent notre attention par l'appât d'un certain plaisir que nous nous promettons à nous en occuper. Il faudrait alors élever son cœur à Dieu pour implorer son secours et lui faire le sacrifice de ce plaisir dangereux, puis se refuser généreusement tout regard réfléchi et volontaire sur cet ordre d'idées vers lequel on se sent entraîné; et s'efforcer de remplir son esprit par quelque autre occupation utile, agréable ou pieuse , qui fit diversion et ne laissât plus de place libre à l'ennemi. Au lieu de cela, que fait-on pour l'ordinaire? On lui ouvre, au contraire, la porte à deux battants; on accueille avec plaisir ces idées, qui répondent à quelques-Unes de nos passions, et qui ont

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