DE COMBATTUE L'IMAGINATION
des intelligences secrètes dans notre âme. En quelques instants elles nous ont fait parcourir tout l'univers, elles ont composé dans notre esprit un roman que plusieurs volumes ne pourraient contenir; elles nous onl fait taire plus de raisonnements qu'il ne s'en fait en un an dans une classe de logique. Au trouble, à l'exaltation, aux sentiments pénibles qui en sont la suite, on reconnaît trop tard quel dangereux ennemi on a introduit dans la place , et on voudrait le repousser ; mais il n'est plus temps : la digue rompue, il faut désormais que le torrent ait son cours; l'inondation ne cessera que par son épuisement : ou, pour parler sans figure, l'imagination ainsi échauffée est moins que jamais soumise à notre libre arbitre : il faudra subir jusqu'au bout ses divagations et ses impertinences. La fatigue ou quelques accidents qui viennent faire une diversion puissante et forcée pourront seuls arrêter le cours de ses opérations; il ne nous reste qu'à prendre patience en attendant, et à dégager notre volonté de toute participation libre à des choses dont elle ne peut plus empêcher l'existence. Comment peut-on y parvenir? C'est ce qui nous reste à expliquer.
II. Il faut mépriser, patienter, et se distraire. — Quand une fois l'imagination est surexcitée, ce n'est point, nous l'avons déjà dit, par des efforts directs qu'on peut maîtriser les pensées et les images bizarres dont elle est remplie, non plus que les impressions qui en résultent; et celui qui prend cette marche maladroite est assuré d'avance d'être vaincu. C'est parle mépris, la patience et une certaine force d'inertie, que l'on peut résister à ce torrent dévastateur, en comprenant bien qu'il laisse tout à fait en dehors notre volonté libre, et ri;ue pourvu que celle-ci n'acquiesce pas aux filles et coupables pensées qui remplissent l'esprit,
malgré lui nous demeurons victorieux. Oui, quelque obsédé que l'on soit par ces produits bizarres, inexprimables et importuns au delà de tout ce que l'on peut dire, d'une imagination délirante, que le démon excite encore, ainsi que par les sentiments et les impressions mauvaises qui peuvent en être la suite, il nous reste notre libre arbitre, sans lequel tout cela n'est rien. Malgré une difficulté réelle, d'autant plus pressante que l'habitude de céder à cet entraînement serait plus enracinée, et aurait par là même accru la puissance du démon, la volonté libre doit cependant et peut avec la grâce, qui ne lui manque pas, rester étrangère à tout ce vacarme qui se passe près d'elle et dans sa propre maison. Il ne s'agit que de s'en moquer, ou tout au moins de se tenir comme inerte et négatif, en prenant patience jusqu'à ce que cette bourrasque soit passée. Il faut alors se comporter comme on le fait à l'égard d'une migraine ou d'un accès de fièvre, auquel, sans doute, on est loin d'applaudir et que l'on se garde d'exciter davantage en favorisant ses causes, mais contre lequel aussi on sent qu'il serait inutile de lutter et de protester avec des efforts qui n'aboutiraient qu'à fatiguer en vain, ou à quelque chose de pis.
On ne saurait mieux expliquer ce genre de combat , qui convient surtout aux personnes scrupuleuses contre des impressions qui les tyrannisent, que par des comparaisons. Nous en développerons ici pour leur usage quelques-unes , qui pourront aussi être utiles aux personnes qui, sans être scrupuleuses, sont néanmoins tourmentées par l'excentricité de leur imagination.
Il faut, dit-on à ces personnes, mépriser et laisser tomber certaines tentations et les pensées inquiètes que l'imagination suscite. Que signifient ces paroles? Vous allez le comprendre tout à l'heure. Vous tenez dans la