‹ La voie de la paix interieureChapitre 55 sur 119 · PRÉCAUTIONS · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS

cessé. Vaquons, en attendant, à nos affaires autant qu'il nous sera possible, et cherchons dans cette diversion un soulagement à notre ennui. Voilà comment il faut se conduire dans ces pénibles circonstances, et, il est aisé de comprendre, par les comparaisons que nous avons apportées, le genre de combat qui leur convient.

Au milieu des persécutions que le dérèglement de l'imagination lui fait subir, notre volonté ressemble à un rocher battu par la tempête aux rives de l'Océan. Les vents soufflent autour de lui avec violence, les vagues le frappent avec d'horribles mugissements, et souvent elles le couvrent tout entier, de sorte que l'œil le cherche en vain : on le croirait englouti au fond de l'abîme, et toutefois il n'a pas même été ébranlé; bientôt les flots sous lesquels il avait disparu retombent autour de lui, et il reparaît aux yeux étonnés tel qu'il était avant l'orage. C'est ainsi qu'au milieu de ces bouleversements intérieurs, suscités par les désordres de l'imagination, notre libre arbitre, appuyé de la grâce, demeure, si nous le voulons, inébranlable. Si quelquefois, au milieu de la lutte, nous ne pouvons plus qu'à peine apercevoir la résistance qu'il continue de faire, ne perdons pas confiance pour cela; opposons l'inertie puissante du rocher : nous le verrons bientôt reprendre le dessus et sortir triomphant du combat contre des ennemis qu'il a su mépriser, comme il le fallait, pour les vaincre avec plus d'assurance.

ARTICLE X

Sur les tentations fréquentes. C'est dans lu intervalin île ta paix qu'il faut se préparer à la guerre.

Quand on est exposé à de fréquentes tentations, on doit dans le temps de calme, se prémunir contre leurs attaques, prendre des forces pour leur résister. Celui

qui attend le moment du combat pour s'y disposer est infailliblement surpris et bientôt vaincu. C'est dans le temps de paix qu'il faut se préparer à la guerre : cette maxime est généralement reconnue. On doit en faire usage flans la piété, où les défaites sont d'une tout autre conséquence que dans les choses temporelles, puisqu'elles privent d'un royaume éternel.

Cetie préparation consiste dans une vie recueillie, intérieure. Livrée à la dissipation, une amené fait pas d'abord toute l'attention qu'elle doit à ce qui se passe dans son cœur. La tentation a fait du progrès avant qu'elle soit en état d'y renoncer. L'esprit, occupé d'inutilités a delà peine à réfléchir sérieusement sur les motifs de religion qui peuvent contrebalancer l'attrait de la passion. Dans le recueillement, l'âme, occupée de Dieu et de bons sentiments, voit de loin venir l'ennemi : elle se précautionne d'abord ; et elle trouve dans son esprit et dans son cœur des armes toutes prêtes pour le combattre avec succès. L'esprit occupé des vérités de la foi, le cœur attaché à la vertu par les sentiments habituels qui le conduisent, sont difficilement ébranlés par les fausses satisfactions que la passion présente. A la lueur du flambeau de la foi, on reconnaît aisément le précipice affreux où conduit la tentation, on en conçoit de l'horreur, on s'en éloigne pour ne pas se laisser entraîner. La prière assidue, la protection des Saints, et surtout de la Mère de Dieu, que l'on réclame, ouvrent les trésors du ciel : elles en font descendre ces grâces de choix dont se rend indigne une âme dissipée, qui ne pense pas à les solliciter.

Si cette vie recueillie est soutenue par les sacrements, dont on s'approche souvent en s'y préparant avec soin, on sera encore plus en sûreté. Quand même on succomberait quelquefois à la tentation, il ne faut pas

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