‹ La voie de la paix interieureChapitre 57 sur 119 · AVANTAGES · texte numérisé non relu

AVANTAGES

cieuses à certaines personnes, relativement à leur caractère, à leur tempérament. Pour celles-là, on doit le leur interdire; et elles ne doivent rien faire en ce genre sans conseil et sans permission.

ARTICLE XI

Les avantages des tentations.

On n'envisage pas les tentations sous leur vrai point de vue : de là vient que l'on s'en attriste si fort. On ne fait attention qu'au danger où elles nous exposent, au mal où elles nous portent; on ne pense pas aux avantages que l'on peut en retirer, aux biens spirituels qu'elles peuvent nous procurer. Cette ignorance, ou ce défaut de réflexion, est la cause du peu de profit qu'on y trouve. Les réflexions suivantes serviront à nous les faire supporter plus patiemment, et nous donneront plus de facilité à les surmonter.

Les tentations peuvent engager un cœur chrétien à la pratique des vertus les plus solides, et lui faire acquérir de grands mérites pour le ciel. C'est une consolation bien grande de pouvoir tirer des ennemis mêmes qui nous attaquent des avantages éternels, et de pouvoir les faire servir eux-mêmes à notre bonheur. La vue d'un si grand bien ne peut manquer d'animer une âme dans le combat. C'est un motif que nous propose l'apôtre saint Jacques : Regardez comme un sujet de jois lorsque vous serez attaqués de différentes tentations, lorsque vous serez mis à diverses épreuves (4), sachant que ces épreuves, auxquelles votre foi est mise, produisent la patience et que la patience donne la perfection aux œuvres.

(1) Omne gaiulium existimate, fratres moi, cùm in lentaliones varias incideritis. Jac, i, 2.

L'homme réfléchit peu sur lui-même : il se connaît peu; il évite de s'examiner à fond, de peur de trouver en soi des défauts dont l'amour-propre aurait à rougir. Toute son attention se porte naturellement à pallier ses vices à ses yeux, à révéler ses bonnes qualités. C'est de cette conduite, si peu sage, que vient cet amourpropre si délicat, si sensible, si susceptible, cette vaine estime qu'il a de lui-même, cette présomption qui l'expose à tant de dangers, cette préférence qu'il se donne sur les autres. L'orgueil, source de tous les maux, l'aveugle sur sa misère, sur ses défauts, sur ses chutes, sur ses faiblesses. Les personnes mêmes qui s'attachent à la piété ne sont pas toujours exemptes de cette vaine complaisance, si naturelle, d'une âme qui se nourrit de ses vertus, et qui recherche la distinction et l'estime. C'est un secret principe d'orgueil et de vanité, qui les élève à leurs propres yeux, les remplit d'eux-mêmes, les fait compter sur leurs propres forces, el les tient dans une sécurité téméraire et dangereuse : poison subtil qui infecte souvent les actions les plus saintes en apparence.

Les tentations sont un remède souverain à ce mal si dangereux et à ses suites funestes. Elle dévoilent à l'homme tout son cœur : elles le lui font connaître tel qu'il est quand il esl livré à lui-même, sans qu'il puisse se le cacher ou se le déguiser. A la lueur de ce triste flambeau, il en voit toutes les misères, toutes les faiblesses, toute la corruption. Attaqué tour à tour par différentes passions d'envie, de jalousie, de haine, de vengeance et d'autres plus basses encore et plus honteuses, il voit dans son cœur le germe de toutes celles qui entraînent les hommes dans les plus grands désordres, et il se persuade aisément qu'il n'a rien naturellement au-dessus d'eux.

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