‹ La voie de la paix interieureChapitre 58 sur 119 · AVANTAGES · texte numérisé non relu

AVANTAGES

Le premier effet que produit cette vue dans une âme chrétienne, c'est de lui inspirer une humilité proportionnée à la misère où elle se trouve : elle ne voit en elle que des sujets d'humiliation et de mépris. L'estime qu'elle pourrait s'accorder pour quelques bonnes qualités qu'elle aperçoit dans son cœur est bientôt rabattue par cette foule de mauvais penchants, contre lesquels elle est obligée de lutter sans cesse. Elle esta ses yeux ce qu'elle serait aux yeux des hommes, si son cœur avec toutes ses passions leur était dévoilé. Elle n'a plus pour elle que les sentiments d'un mépris chrétien, qui l'humilient devant Dieu, et qui font cesser de sa part toute prétention devant les hommes.

Quels avantages une âme ne retirera-t-elle pas de cette connaissance, soutenue par l'esprit de religion 1 Est-elle affligée, souffre-t-elle : soumise à la Providence, elle pense que Dieu la ménage encore et ne la traite pas suivant la corruption de son cœur. Est-elle consolée, reçoit-elle des bienfaits : elle adore la bonté de son Dieu, qui daigne la traiter si favorablement. Le contraste de son indignité et de la bonté divine excite dans son cœur la plus vive reconnaissance, y fait naîlre les sentiments de l'amour le plus parfait. Dans la conviction où elle est qu'elle est indigne des biens qu'elle reçoit, qu'elle ne les doit qu'à une miséricorde intinie, elle perfectionne son humilité, cette vertu si nécessaire et la source de tant de vertus.

Une âme à qui les tentations font connaître toute la bassesse de son cœur a devant Dieu la môme confusion qu'elle aurait devant les hommes si elle en était connue. Confusion salutaire que l'espérance soutient. Dès lors, guidée par l'esprit de religion, elle ne s'irrite plus contre la conduite des créatures à son égard, quelque dure, quelque désagréable qu'elle puisse être. La lumière de

la foi lui t'ait voir qu'elle mérite encore plus de mépris qu'on ne lui en témoigne, et que, si on ne le porte pas plus loin, c'est qu'on ne la connaît pas telle qu'elle est dans le tond, et que la charité cache même aux autres une partie de ce qui paraît au dehors. En faut-il davanlage pour lui faire perdre à jamais toute vaine estime d'elle-même?

La connaissance de la corruption du cœur, que donnent les tentations à une âme chrétienne, produit un autre effet, qui, bien soutenu, la conduit à la perfection. Une âme sujette aux tentations, et qui veut faire son salut, s'attache plus fortement à Dieu; elle vit dans une plus grande vigilance sur elle-même : deux moyens bien propres à lui procurer de grands progrès dans la voie de la sainteté.

Cette âme voit dans son cœur une foule d'ennemis, elle connaît toute sa faiblesse, et quoiqu'elle se sente assez de résolution pour résister à quelques-uns, ave" les grâces ordinaires, dans des occasions peu pressantes et par rapport à des objets peu intéressants, elle est convaincue, et par la dépravation de son cœur, et par une triste expérience, et par les principes de la religion, que, sans des grâces spéciales, elle n'aura pas assez de courage et de force pour résister à des attaques plus vives. Que fait donc une âme chrétienne éclairée de ces lumières et effrayée d'un combat si inégal? Elle cherche un secours puissant qui puisse la soutenir contre tous ses ennemis et surtout contre les plus redoutables. La foi lui apprend qu'elle ne peut le trouver qu'auprès de Dieu, ce secours si nécessaire pour elle, et qu'elle le trouvera en effel, si elle l'implore avec ardeur et avec persévérance. C'est donc à lui quelle s'adresse sans cesse avec une confiance entière.

Au premier mouvement aue fait l'ennemi pour l'atta-

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