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AVANTAGES DES TENTATIONS

quer, elle lève les yeux vers les montagnes saintes, d'où lui doit venir le secours (1); elle le sollicite par ses prières, elle l'attire par ses désirs; toutes les affections de son cœur parlent, prient pour l'obtenir. Plus la tentation fait d'efforts pour l'entraîner, plus elle s'attache à Dieu par ces sentiments. C'est un enfant qui, marchant sur le bord des précipices, ou se trouvant entouré de bêtes féroces, s'attache plus fortement à son père qui seul peut le garantir, à mesure que ses pas sont plu? glissants et plus dangereux, et qu'il est plus exposé à recevoir des blessures mortelles.

Les tentations, si on les envisage et qu'on les soutienne suivant les maximes de ia religion, attachent donc l'âme plus fortement à Dieu par les vertus principales, la Foi, l'Espérance, la Charité, dont elles l'obligent à produire des actes plus fréquents. Mais, d'autre part, la conviction de sa faiblesse oblige l'âme à vivre dans uneplus grande vigilance sur elle-même. L'homme faible est timide, et il l'est à proportion de sa faiblesse. Cette timidité lui donne une circonspection singulière pour éviter tout ce qui pourrait lui attirer des ennemis, ou réveiller la haine de ceux qu'il a. Il est attentif sur toutes ses démarches, sur toutes ses paroles. C'est la conduite que tient une âme chrétienne. Elle évite tout ce qui pourrait réveiller les tentations auxquelles elle est sujette, tout ce qui pourrait lui en procurer de nouvelles. La vigilance lui parait d'autant plus nécessaire que la tentation n'agit pas toujours à force ouverte. Souvent elle prend des détours : elle trompe par des prétextes; elle séduit par l'apparence du bien, pour conduire doucement l'âme dans les pièges. Ses passions ne se montrent pas toujours à découver!, pour ne pas se (1) Levavi oculos meos in montes, undè veniet auxilium^nihL

Pi , (.XX, 1.

laisser reconnaître. Il en est qui s'insinuent insensiblement, qui se déguisent pour s'introduire dans le cœur sans qu'on s'en méfie. Une âme peu attentive leur donne le temps de se fortifier. Au contraire, celle à qui ses combats journaliers font connaître toute la conséquence des moindres complaisances qu'on a pour ses penchants, démêle les moindres mouvements qui s'élèvent dans son cœur, et sa vigilance est un rempart assuré qui la défend contre les attaques du dehors et contre celles du dedans; elle n'est jamais prise au dépourvu.

On se conduit souvent sans précaution en temps de paix et durant le calme. Mais, en temps de guerre et durant la tempête, on est fort attentif à tout, quand on ne veut pas succomber et faire naufrage. La vigilance entretient l'union avec Dieu; cette union donne la docilité aux inspirations de l'Esprit-Saint, et cette docilité conduit à la perfection.

AKTICLE XII.

D'un puissant moyen de vaincre les tentations et de s'assurer la paix de rame, qui est la dévotion à la très sainte. Vierge et à saint Joseph.

Ce n'est pas ici le lieu de parler à fond de la puissance et de la bonté de l'auguste Marie, et de la dévotion que doit avoir pour elle toute personne soigneuse de son salut. Ce sujet est inépuisable, et un volume suffirait à peine pour l'effleurer. Mais, traitant de la paix des âmes et des moyens de l'assurer à celles chez qui elle est attaquée, nous devons, du moins, leur rappeler brièvement le secours qu'elles peuvent attendre de la glorieuse Vierge, qui, parmi les titres sous lesquels on l'honore, a voulu compter celui de Reine de la paix. Oui, ce titre convient à Marie, mère du véritable Salomon, c'est-àdire du Roi de lapaix; et, selon les saints Pères, elle est

ce signe pacifique figuré par l'arc que Dieu plaça dans les nues après le déluge, comme une marque de sa réconciliation avec l'homme et une assurance contre le retour d'un si terrible fléau.

Si Marie est la dispensatrice de toutes les faveurs divines , comment l'une des plus précieuses, cette paix qui surpasse tout sentiment, ne serait-elle pas entre ses mains? C'est donc par elle aussi que nous pouvons recevoir ce don ineffable; c'est à elle que nous devons nous adresser. pour l'obtenir, comme toutes les autres grâces, suivant cette parole de saint Bonaventure : t Nos yeux doivent être sans cesse attachés sur les « mains de Marie pour en recevoir quelque bien. » Oculi omnium nostrûm ad manus Mariée semper debent respicere, ut per manus ejus aliquid boni accipiamus. (Bonavent. Specul.) La paix ne s'établira pas solidement dans nos âmes, si elle n'y vient par cette voie bénie. A qui donc un enfant demanderait-il la paix et le secours contre les ennemis qui le troublent, sinon à sa mère bien-aimée, si pleine de sollicitude pour tout ce qui tient à son bonheur? Ne voit-on pas chaque jour les petits enfants se réfugier avec empressement et confiance dans les bras maternels, lorsqu'ils se croient menacés de quelque péril? C'est l'exemple que nous devons imiter nous-mêmes; car Marie est notre mère par l'amour comme par le testament de son divin Fils, qui nous l'a donnée pour mère en expirant sur la croix; et ce titre est encore plus puissant et plus sacré que celui qui ne résulte que de la nature. Aussi, dit le P. Niéremberg, l'amour que toutes les mères réunies ont pour leurs enfants n'est qu'une ombre en comparaison de celui que Marie a pour un seul d'entre nous. Elle seule nous aime plus que tous les anges et tons les saints ensemble; et elle nous l'a montré en consentant

à la mort cruelle de son Fils selon la nature pour notre salut. C'est pourquoi saint Bonaventure ne craint pas de lui appliquer ces paroles dites du Père éternel : Sic Deus dilexit mundum , ut Filium suum unigenitum daret. Marie aussi a aimé les hommes jusqu'à livrer son Fils unique pour eux. Que pourrait-elle nous refuser après cela, et quelles bornes pourrions-nous , de notre côté , mettre à notre confiance et à notre amour, surtout quand nous voyons les plus grands saints se distinguer par ces sentiments, et nous les proposer comme la mesure des grâces qui nous seront faites et de la sécurité que nous obtiendrons pour notre salut? Car celui-là, dit Blosius, ne saurait périr qui pratique avec soin et humilité la dévotion envers Marie : fieri nonpotest ut perecU qui Mariœ sedulus et humilis cultor exiiterit.

Ce n'est pas en vain que l'Église l'appelle notre espérance : Spes nostra. Saint Bonaventure, ce grand serviteur de Marie, lui appliquant cette parole de Job : Etiamsi occiderit me , in ipso sperabo, disait que quand même elle paraîtrait le rebuter et lui donner la mort, il ne cesserait pas pour cela d'espérer en elle. Dieu l'a laite de tellesorte que personne ne puisse la craindre , ou répugner à l'invoquer; car la justice n'entre point dans ses attributions, mais seulement la miséricorde. Il l'a douée de tant de bonté et de compassion qu'elle ne peut mépriser aucun de ceux qui l'implorent, ni refuser son appui à aucun de ceux qui le lui demandent. Il nous l'a donnée pour soutien dans nos faiblesses, pour consolation dans nos ennuis, nos afflictions et nos tristesses , pour refuge dans nos dangers et môme dans nos chutes : Refugium peccatorum, de sorte que le crime même ne nous ferme pas l'accès auprès de cette mère si pleine de tendresse.

Quelle que soit donc la cause qui nous prive de cette douce paix, signe précieux de la présence de Dieu dans nos âmes, cherchons un refuge auprès de Marie. C'est elle qui nous apprendra à user convenablement des moyens de paix indiqués dans cet ouvrage, et dont nous n'aurions pas même l'intelligence, si la grâce divine ne venait nous éclairer. Marie nous ouvrira l'entrée du Cœur de son divin Fils, trésor inépuisable de celte grâce, qu'elle fera couler à grands flots dans nos cœurs ilétris et désolés.

Mais c'est surtout dans les tentations, lorsque notre âme, comme autrefois la barque des apôtres, est tellement agitée par les flots de la tempête, qu'elle semble sur le point d'être submergée, qu'il faut recourir à cette mère aussi puissante que tendre. Son regard fait trembler les démons et les met en fuite : la simple invocation de son nom nous affermit contre leurs assauts. <t Votre nom est glorieux et admirable, ô Marie, s'écrie saint Bonaventure; ceux qui l'invoquent avec confiance, n'ont point à craindre à l'heure de la mort; car les démons ne peuvent vous entendre nommer, sans abandonner aussitôt l'âme qui vous implore. » Les plus fiers escadrons d'une armée ennemie n'inspirent pas tant de crainte sur le champ de bataille, que l'invocation du nom de Marie et la protection dont elle couvre ceux qui l'appellent, ne jettent de terreur parmi les puissances infernales.

ce Ainsi donc, dit saint Thomas de Villeneuve, comme les poussins, à l'aspect de l'oiseau de proie, courent se réfugier sous les ailes de leur mère , nous devons, lorsque les démons nous attaquent , sans nous arrêter à discourir avec le tentateur, aller nous abriter sous le manteau de Marie. Et vous, continue le même saint, vous, notre Heine et notre auguste Mère, c'est à voui

de nous défendre, parce qu'après Dieu nous n'avons pas d'autre refuge que vous, parce que vous êtes notre unique espoir et la protectrice en qui nous plaçons notre confiance. » — « Et qui oserait, dit Bellarmin, arracher du sein de Marie les enfants qui y ont cherché un asile contre leurs ennemis? Quelle tentation furieuse, quelle passion pourra les vaincre, s'ils placent leur confiance dans le patronage d'une telle mère? » — Lorsque mes enfants, bien que pécheurs, recourent à ma protection , dit la très sainte Vierge à sainte Brigite, je ne mets pas moins d'empressement à les sauver qu'une mère voyant un glaive levé sur la tête de son fils n'en mettrait à détourner ce fer homicide. »

Nous serons donc toujours vainqueurs dans nos combats contre l'enfer, et nous le serons avec sécurité, si nous recourons à la Mère de Dieu , notre mère aussi, en lui disant et lui répétant toujours : Sub tuum praesidium confugimus , sancta Dei Genitrix. Que de victoires les fidèles ont remportées sur l'enfer au moyen de cette courte mais efficace oraison !

Suivant le témoignage de tous les saints, le signe le plus assuré du salut , c'est la dévotion , la confiance et l'amour envers la très sainte Vierge. Eh bien, de même aussi, dans chacun des combats que nous livrent les démons , et surtout dans ces tentations violentes de la chair, qui ôtent presque à l'âme bouleversée la conscience des actes de sa volonté, le gage le plus assuré qu'elle puisse avoir de sa résistance , la meilleure marque qu'elle n'a pas cédé, du moins entièrement, aux suggestions de l'ennemi , c'est l'invocation du nom de Marie faite au fort de l'orage; car ce nom, dit saint Pierre Chrysologue, est l'indice de la pureté. Combien cette pensée est consolante pour les personnes tentées ,

qui ont quelquefois tant de peine à se rendre compte de ce qui s'est passé dans le plus intime de leur cœur, au milieu du trouble qui accompagne ces violents assauts.

Que le nom de Marie et celui de Jésus ( car ces deux noms sont inséparables) soient donc notre recours dans tous nos dangers, que ces deux noms si puissants et si doux ne quittent jamais notre cœur et nos lèvres, parce qu'ils nous donneront la force de vaincre tous nos ennemis, et établiront une paix solide dans nos âmes!

Mais il est encore un nom que nous pouvons joindre à ceux-là dans nos prières, comme il leur fut jadis uni sur la terre, et comme il l'est encore dans le ciel. C'est celui du glorieux saint Joseph, qui fut l'époux bienaimé de Marie , le père nourricier, et comme le protecteur de l'enfant Jésus. Celui dont sainte Thérèse disait : « Je le choisis pour patron en toutes choses. « Je ne me souviens pas d'avoir jamais rien demandé « à Dieu par son intercession, que je ne l'aie obtenu. « Jamais je n'ai connu personne qui l'ail invoqué sans « faire des progrès notables dans la vertu. Son crédit « auprès de Dieu est d'une efficacité merveilleuse poui « tous ceux qui s'adressent à lui avec confiance. ■»

Lorsque les peuples de l'Egypte, en proie à la famine et à toutes les angoisses qui accompagnent ce terrible fléau, vinrent supplier leur roi de les en délivrer : « Allez à Joseph, leur répondit ce prince, et faites tout ce qu'il vous dira. » Ce grand homme, en effet, qui était la figure du nouveau Joseph, avait par sa sagesse préparé les ressources nécessaires, et il pourvut à tous leurs besoins. Ainsi Jésus-Christ, notre divin Roi, renvoie-t-il les âmes affligées par le trouble, les tentations et les peines de toute sorte, à celui qui fut son père nourricier, qui pourvut aux besoins de son

enfance, et qu'il avait constitué l'intendant de sa maison. « Allez à Joseph, leur dit-il, et faites tout ce qu'il vous dira. » Ce modèle de la vie intérieure, qui posséda son âme en paix dans les plus rudes épreuves, vous enseignera le grand secret de cette paix par la confiance et l'abandon à Dieu au milieu même des orages. Ce lis de pureté sera pour vous le protecteur le plus puissant de cette précieuse vertu et vous fera triompher des tentations les plus violentes de l'ennemi du salut. Qui mieux que lui peut introduire les âmes auprès de Jésus et de Marie, à qui il commandait sur la terre, et qui continuent à écouter ses prières en quelque sorte comme des ordres? C'est donc à bon droit que nous engageons les âmes soigneuses de leur perfection et de leur salut à honorer ce grand saint d'un culte tout particulier, et à mettre en lui une confiance qui ne saurait être trompée.

Terminons cet article par ces paroles de saint Bernard, qui sont le résumé de tout ce que nous venons de dire sur la dévotion à la très sainte Vierge : « 0 homme, qui que tu sois, dit-il, sache que dans le cours de cette vie tu ne marches point d'un pied ferme sur la terre ; mais que tu es plutôt ballotté par les flots d'une mer orageuse. Si tu ne veux pas être submergé , ne détourne pas les yeux de cette étoile éclatante. Regarde cet astre, invoque Marie. Dans le danger du péché, dans le tourment des tentations, dans l'incertitude de ce que tu dois résoudre, songe que Marie peut te secourir,* et qu'il suffit que tu l'appelles pour qu'elle vienne à ton aide. Que ton cœur ne cesse d'avoir confiance en son nom puissant, que ta bouche ne cesse de l'invoquer. En suivant Marie, tu ne t'égareras pas dans la voie du salut. Pourvu que lu te recommandes à elle, ne désespère pas. Si elle te soutient,

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