DANS LES PEINES
dant qu'il voudrait voir toutes les passions soumises pour se nourrir de cette gloire, et pour se complaire en sa propre perfection. Tâchons d'être fidèles par le fond de la volonté, malgré les répugnances et les ébranlements de la nature; et laissons faire Dieu quand il veut nous montrer par ces tempêtes à quels naufrages nous serions exposés si sa puissante main ne nous en préservait. Que s'il nous arrive même de tomber volontairement par fragilité, alors numilions-nous, anéantissons-nous, corrigeons-nous sans pitié pour nousmêmes. Ne perdons pas un moment pour nous retourner vers Dieu; mais faisons-le simplement et sans trouble. Relevons-nous, et reprenons fortement notre course, sans nous chagriner et nous décourager de notre chute. Tandis que nous demeurons renfermés en nous-mêmes, nous sommes en butte à la contradiction des hommes, à leur malignité et à leur injustice. Notre humeur nous expose à celle d'autrui, nos passions s'entrechoquent avec celles de nos voisins, nos désirs sont autant d'endroits par où nous donnons prise à tous les traits du reste des hommes. Notre orgueil, qui est incompatible avec l'orgueil du prochain, s'élève comme les flots de lamerirritée: tout nous combat, tout nous repousse, tout nous attaque; nous sommes ouverts de toutes parts par la sensibilité de nos passions et par la jalousie de notre orgueil. Il n'y a nulle paix à espérer en soi, où l'on vit à la merci d'une foule de désirs avides et insatiables, et où l'on ne saurait jamais contenter ce moi si délicat et si ombrageux surtout ce qui le touche. De là vient qu'on est dans le commerce du prochain comme les malades qui ont langui longtemps dans un lit; il n'y a aucune partie du corps où l'on puisse les toucher sans les blesser. L'amour-propre malade et attendri sur lui-même ne peut être touché sans jeter les