SENSIBILITÉ DANS LES PEINES
hauts cris. Touchez-le du bout du doigt, il se croit écor ché. Joignez à cette délicatesse la grossièreté du prochain, plein d'imperfections qu'il ne connaît pas lui même; joignez-y la révolte du prochain contre nos défauts, qui n'est pas moins grande que la nôtre contre les siens : voilà tous les enfants d'Adam qui se servent de supplice les uns aux autres; voilà la moitié des hommes qui est rendue malheureuse par l'autre, et qui la rend misérable à son tour; voilà dans toutes les nations, dans toutes les villes, dans toutes les communautés, dans toutes les familles, et jusque entre deux amis, le martyre de l'amour-propre.
L'unique remède est donc de sortir de soi pour trouver la paix. Il faut se renoncer et perdre tout intérêt, pour n'avoir plus rien à perdre, ni à craindre, ni à ménager. Alors on goûte la vraie paix réservée aux hommes de bonne volonté, c'est-à-dire à ceux qui n'ont point d'autre volonté que celle de Dieu, qui devient la leur. Alors les hommes ne peuvent plus rien sur nous, car ils ne peuvent plus nous prendre par nos désirs ni par nos craintes : alors nous voulons tout, et nous ne voulons rien. C'est être inaccessible à l'ennemi; c'est devenir invulnérable. L'homme ne peut que ce que Dieu luk donne de faire, et tout ce que Dieu lui donne de faire contre nous étant la volonté de Dieu, est aussi la nôtre. En cet étal on a mis son trésor si haut que nulle main ne peut y atteindre pour nous le ravir. On déchirera notre réputation; mais nous y consentons; car nous savons combien il est bon d'être humilié quand Dieu humilie. On trouve du mécompte dans les amitics, tant mieux : c'est le seul véritable ami qui est jaloux de tous les autres, et qui nous en détache pour purifier nos attachements. On est importuné, assujetti, gêné; mais Dieu l'a fait, et c'est assez. On aime la main