REMÈDES CONTRE LA TRISTESSE
qui écrase; la paix se trouve dans toutes ces peines : heureuse paix, qui nous suit jusqu'à la croix ! On veut ce qu'on a ; on ne veut rien de ce qu'on n'a pas. Plus cet abandon est parfait, plus la paix est profonde. S'il reste quelque attache et quelque désir, la paix n'est qu'à demi; si tout lien était rompu, la liberté serait sans bornes. Que l'opprobre, la douleur, la mort, viennent fondre sur moi ; j'entends Jésus-Christ qui me dit : Ne craignez point ceux qui tuent et qui ensuite ne peuvent plus rien (1). Oh! qu'ils sont faibles alors même qu'ils ôtent la vie ! que leur puissance est courte ! ils ne peuvent que briser un pot de terre, que faire mourir ce qui de soi-même meurt tous les jours, qu'avancer un peu celle mort, qui est une délivrance ; après quoi on échappe de leurs mains dans le sein de Dieu, où tout est tranquille et inaltérable.
ARTICLE XIV
Remède contre la tristesse qui trouble la paix de l'âme.
Pour ce qui regarde une certaine tristesse qui resserre le cœur et qui l'abat, voici deux règles qu'il me paraît important d'observer. La première est de remédier à cette tristesse par les moyens que la Providence nous fournit : par exemple, ne se point surcharger d'affaires pénibles, pour ne point succomber sous un fardeau disproportionné; ménager non seulement les forces de son corps, mais encore celles de son esprit, en ne prenant point sur soi des choses où l'on compterait trop sur son courage; se réserver des heures pour prier, pour lire, pour s'encourager par de bonnes conversations; même s'égayer pour délasser tout ensemble l'esprit avec le corps, suivant le besoin.
(1) Matth,., x, 28