REMÈDES
Il faut encore quelque personne sûre et discrète à qui on puisse décharger son cœur pour tout ce qui n'est point du secret d'autrui : car cette décharge soulage et élargit le cœur oppressé. Souvent des peines trop longtemps retenues grossissent jusqu'à crever le cœur. Si elles pouvaient s'exhaler, on verrait qu'elles ne méritent point toute l'amertume qu'elles ont causée. Rien ne tire tant l'âme d'une certaine noirceur profonde que la simplicité et la petitesse avec laquelle on expose son découragement aux dépens de sa gloire, demandant lumière et consolation dans la communication qui doit être entre les enfants de Dieu.
Voyez donc un certain nombre de personnes dont la société ne soit pas épineuse, et qui vous délassent au besoin. On n'a pas besoin d'un grand nombre de compagnies, et il faut s'accoutumer à n'y être pas trop délicat. Il suffit de trouver de bonnes gens paisibles et un peu raisonnables. Vous pouvez lire, faire quelque ouvrage, vous promener quand il fait beau, et varier vos occupations pour ne vous fatiguer d'aucune.
La seconde règle est de porter paisiblement toutes les impressions involontaires de tristesse que nous souffrons, malgré les secours et les précautions que nous venons d'expliquer. Les découragements intérieurs nous font aller plus vite que tout le reste dans la voie de la foi, pourvu qu'ils ne nous arrêtent point, et que la lâcheté involontaire de l'âme ne la livre point à cette tristesse qui s'empare, comme par force, de tout l'intérieur. Un pas fait en cet état est toujours un pas de géant : il vaut mieux que mille faits dans une disposition plus douce et plus consolante. Il n'y a donc qu'à mépriser notre découragement et qu'à aller toujours, pour rendre cet étal tle faiblesse plus utile et plus grand que celui du courage el »!<* la force la plus héroïque