‹ La voie de la paix interieureChapitre 65 sur 119 · CONTRE LA TRISTESSE · texte numérisé non relu

CONTRE LA TRISTESSE

Oli! que ce courage sensible, qui rend tout aisé, qu. fait et qui souffre tout, qui se sait bon gré de n'hésiter jamais, est trompeur! Oh! qu'il nourrit la confiance propre et une certaine élévation de cœur! Ce courage, qui édifie quelquefois merveilleusement le public, nourrit au dedans uue certaine satisfaction et un poison subtil. On a le goût de sa propre vertu, on s'y complaît, on veut la posséder; on se sait bon gré de sa force.

Une âme affaiblie et humiliée, qui ne trouve plus de ressource en elle, qui craint, qui est troublée, qui est triste jusqu'à la mort, comme Jésus-Christ lorsqu'il était dans le jardin, qui s'écrie enfin comme lui sur la croix : 0 Dieu, 6 mon Dieu, pourquoi rnavez-vous délaissé? est bien plus purifiée, plus déprise d'elle-même, plus anéantie et plus morte atout désir propre que ces âmes fortes qui jouissent en paix des fruits de leur vertu.

Heureuse l'âme que Dieu abat, que Dieu écrase, à qui Dieu ôte toute force en elle-même pour ne se plus soutenir qu'en lui ; qui voit sa pauvreté, qui en est contente ; qui porte, outre les croix du dehors, la grande croix intérieure du découragement, sans laquelle toutes autres ne pè seraient rien !

0 mon Dieu ! pourvu que je ne cesse de vous voir, je ne cesserai point de me voir dans toutes mes misères, et je me verrai bien mieux en vous qu'en moi-même. La vraie vigilance est de voir en vous votre volonté pour l'accomplir, et non de raisonner à l'infini sur l'état de la mienne.

Quand les occupations extérieures m'empêcheront de vous voir seul, en fermant dans l'oraison les avenues de mes sens, du moins alors, Seigneur, je vous verrai faisant tout en tous.

Je verrai partout avec joie votre volonté s'accomplir,

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