‹ La voie de la paix interieureChapitre 71 sur 119 · NATURE · texte numérisé non relu

NATURE

ment les personnes scrupuleuses qu'il faut juger de la véritable piété. Son caractère est bien mieux dépeint par ces quelques lignes tirées de deux grands maîtres dans la direction des âmes.

« Il faut tout faire par amour, et rien par force, dit saint François de Sales; il faut plus aimer l'obéissance que craindre la désobéissance. »

« Malheur, ajoute le grand archevêque de Cambrai, à l'âme rétrécie et desséchée en elle-même qui craint tout, et qui à force de craindre, n'a pas le temps d'aimer et de courir généreusement !

« 0 mon Dieu, je sais que vous voulez qu'un cœur qui vous aime soit au large. J'agirai avec confiance, comme un enfant qui joue entre les bras de sa mère ; je me réjouirai dans le Seigneur; je tâcherai de réjouir les autres; j'épanouirai mon cœur sans crainte dans l'assemblée des enfants de Dieu. Je neveux que candeur, innocence, joie du Saint-Esprit. Loin, loin, ù mon Dieu, cette sagesse triste et craintive qui se ronge toujours elle-même, qui tient toujours la balance en main pour peser des atomes... C'est vous faire injure que de n'agir pas avec vous avec plus de simplicité; cette rigueur est indigne de vos entrailles paternelles.

« Le scrupule n'est donc pas une perfection dans le chrétien, c'est plutôt un défaut et une faiblesse, dont on doit s'humilier devant le Seigneur, loin de s'en glorifier; car il est contre la raison de se laisser conduire par des conjectures faibles et incertaines, de soupçonner sans aucun fondement le péché où il n'y en a pas, de s'armer quand on n'a rien à craindre, comme ceux dont parle le Prophète, qui tremblent là où il n'y a pas lieu d'appréhender. Ce défaut n'est pas moins funeste que méprisable, et on le compte avec raison parmi les plue grands périls auxquels une âme puisse être exposée, car,

dit le docte Gerson, une conscience scrupuleuse et plus resserrée qu'il ne faut, cause souvent plus de mal qu'une conscience relâchée; c'est, en effet, un chemin sans issue, qui ne fait que fatiguer, sans conduire au terme auquel nous aspirons, le salut, et qui aboutit bientôt au découragement, et trop souvent même au désespoir. « Voici, d'après le P. Alvarez de Paz, les principales marques auxquelles on peut reconnaître la présence du scrupule dans une âme. Avant tout (et c'est principalement à celle-ci qu'elle doit s'en rapporter), si son directeur lui affirme qu'elle est scrupuleuse. — Si, lorsqu'elle va à confesse, croyant avoir de gros péchés à se reprocher, il lui proteste qu'il n'y a pas matière à absolution, ou qu'il n'y a tout au plus que de très légers péchés véniels. — Si, après avoir consulté un homme prudent sur quelque difficulté, elle demeure inquiète comme auparavant, ayant peine à suivre ses décisions par la crainte d'être trompée et de mal faire. — Si elle consulte souvent sur des choses faciles à résoudre et de peu de conséquence. — Si elle a une exactitude extraordinaire et inquiète à éviter certaines imperfections sur lesquelles passe le commun des âmes dévotes. Si elle doute sur des choses sur lesquelles des personnes timorées ne doutent pas. — Si elle est triste, réfléchissant continuellement sur ses péchés passés, sur ses anciennes confessions, et si elle se sent attaquée de mille pensées ridicules, dans lesquelles elle appréhende d'avoir péché, quoiqu'elle les ressente malgré elle. — Enfin, et ceci est la meilleure pierre de touche, si elle s'imagine que ceux qui la dirigent ne peuvent parvenir à la connaître comme il faudrait pour la conduire, et si sous ce prétexte, elle résiste opiniâtrement à leurs décisions et à leurs ordres, refuse de se renfermer au confessionnal dans les limites qu'ils lui prescrivent, ou d'approcher

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de la sainte communion quand ils l'y envoient. Quiconque reconnaîtra en soi quelqu'un de ces signes par sa propre prudence ou par celle de son directeur, doit s'avouer qu'il est scrupuleux, se défier de soi-même, et abdiquer le gouvernement de sa propre conscience, pour le remettre en des mains plus sages, comme le malade se met à la discrétion de son médecin (1). »

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