CAUSES GÉNÉRALES DES SCRUPULES. — OBSERVATIONS SUR CES CAUSES
ARTICLE I
Faiblesse d'esprit.
Une cause fort ordinaire des scrupules et des doutes qui n'ont point un fondement sérieux est une faiblesse naturelle de l'esprit, sur qui tout fait impression; qui, comme une cire molle, prend de toutes les pensées une espèce d'empreinte, et qui reçoit de presque tous les objets un certain ébranlement qui trouble son repos.
Cette disposition peut être plus ou moins étendue ; et quand elle est portée jusqu'à l'excès, elle limite beaucoup la liberté et la raison, ou les éteint même tout à fait. Je ne la considère point dans ce dernier cas, une telle extrémité n'ayant besoin que de compassion et non de conseil.
(l)Les personnes sujettes à des inquiétudes de conscience pourront lire avec beaucoup de fruits les Instructions sur lesscrui>ulrs \ M D. G., publiées en 1850, à Vannes, chez l'clauiar/elle, et qui se trouvent à Paris, chez Ilullet. — 1 vol. in- 18.
Je n'entends donc par faiblesse d'esprit qu'un simple défaut naturel, compatible d'ailleurs avec beaucoup de droiture et de vertu, et qui consiste à être facilement agité et à ne pouvoir démêler jusqu'où l'agitation est allée.
ARTICLE II
Esprit confus.
Il y a des personnes qui seraient soulagées si elles savaient s'expliquer, et qui s'expliqueraient nettement si elles pouvaient se dire précisément à elles-mêmes ce qui fait leur peine. Mais elles ont un esprit confus, qui ne démêle rien avec précision, et qui conserve dans le discours le désordre et l'embarras de ses pensées. On croit d'abord les entendre; mais un moment après c'est autre chose. On les calme un instant; mais il survient de nouveaux éclaircissements et de nouvelles questions, dont la source est intarissable.
« Cette confusion dans les idées provient souvent de la subtilité excessive d'un esprit qui ne sait point s'arrêter à temps dans ses recherches, ni se contenir dans les limites salutaires du sens commun. Un esprit juste comprend une bonne raison et s'en contente. Un esprit intempérant et subtil, qui cherche, comme on dit, midi à quatorze heures, a toujours de nouvelles difficultés à proposer, et est ingénieux à inventer sans cesse de nouvelles raisons pour se tourmenter lui-même, sans vouloir jamais s'en reposer sur les décisions qu'on lui donne. Chercher la lumière par un procédé si éloigné de ia simplicité et de la docilité chrétiennes, c'est vouloir s'enfoncer de plus en plus dans les ténèbres; car l'humilité, qui serait le meilleur moyen d'obtenir celte lumière, ne se trouve point dans cette manière d'agir.