SUR LES EXERCICES DE PIÉTÉ
gâtions: En approchant du temps redoutable où il doit opérer le changement des symboles, il tremble non de frayeur pour les sainls mystères, mais de crainte de ne pas articuler assez distinctement et assez efficacement les paroles du Sauveur. Et quand il a reçu le Pain de vie et bu le Sang de la nouvelle alliance, son admiration et sa reconnaissance sont suspendues, ou même interdites, par une scrupuleuse anxiété que quelque particule insensible n'échappe à ses yeux et à ses mains.
Des hommes d'ailleurs pleins de mérite et de discernement se laissent quelquefois dominer par ces terreurs excessives, et deviennent à charge à eux-mêmes et inutiles aux autres, en s'accoutumant à trembler devant tout, et à trouver des épines dans tous les exercices de leur état.
11 est important que ceux qui ont leur confiance s'opposent de bonne heure, et avec force, à des faiblesses qui peuvent conduire fort loin, et qui vont quelquefois jusqu'au renversement entier de la raison.
On doit avoir pour maxime de ne consentir jamais qu'on répète aucune partie de l'office, et de punir l'indocilité sur ce point comme une faute de conséquence. Il faut rendre raison de cette sévérité, en faisant comprendre que rien ne dispose plus aux distractions que l'espérance de dire mieux une seconde fois la même chose ; que lorsque cette espérance est ôtée, on devient plus vigilant, parce que l'action ne se réitère plus; que la mauvaise habitude de répéter prépare à le faire sans cesse, la dernière manière satisfaisant ordinairement aussi peu que les premières. Le résultat de cette habitude est d'en venir à regarder comme un joug insupportable des prières qui ne finissent plus, et le terme où aboutissent enfin des redites fondées sur le désir de s'acquitter exactement de ses devoirs, et de s'en faire
décharger par une dispense que les scrupules, devenus insurmontables, rendent quelquefois nécessaire.
Il faut, avant que les choses en soient venues à cette extrémité, consoler les personnes trop alarmées par les distractions, en leur disant qu'il n'est au pouvoir d'aucun homme de les éviter absolumenten cett e vie ; qu'elles ne sont un obstacle à la prière que lorsqu'elles sont volontaires, ou trop négligées; que le remède qui réussit le mieux pour les chasser est de ne point s'en occuper, et de revenir promptement à ce que l'on a fait, quanti on en a été détourné quelques moments, sans examiner ni ce qui en a détourné, ni la manière dont on a été séduit; que les plus importunes distractions tiennent lieu de prières, si l'on en est affligé; et que c'est leur céder la place et leur abandonner les exercices de piété qu'elles ont tâché de troubler, que de les recommencer à cause d'elles.
« C'est donc avec raison que Gerson, qui a mieux connu que personne le génie des scrupuleux, veut que non seulement les confesseurs leur défendent la répétition de leur office et de leurs autres prières, quelques distractions qu'ils s'imaginent avoir eues en les récitant, mais encore qu'ils leur imposent celte défense comme une partie de leur pénitence sacramentelle. Avec tout cela, il est encore à craindre que cet excellent remède ne soit rendu inutile par leur opiniâtreté; car l'amourpropre de la plupart de ces gens-là est tel, qu'ils désobéissent sans scrupule pour faire leur propre volonté, sous prétexte de servir Dieu. La cause de cette obstination est ici qu'ils ne veulent pas comprendre que cette exemption de distractionsinvolontaires, cette attention actuelle qu'ils cherchent avec tant d'ardeur dans la récitation de leurs prières, loin d'être nécessaire pour mériter et rendre ces prières agréables à Dieu, n'esl pas