‹ La voie de la paix interieureChapitre 85 sur 119 · SUR LA FOI · texte numérisé non relu

SUR LA FOI

pour arrêter cette espèce de scrupule, qui se convertit en tentation, et qui conduit au crime par une vaine terreur. Si les instructions ne suffisent pas, il faut y joindre les mortifications, les jeûnes, les veilles et les autres peines de ce genre, et enfin le refus des sacrements, en faisant bien comprendre que c'est contre une indocilité si déraisonnable et si dangereuse poulies suites, et non contre les fautes légères qui lui servent de prétexte, qu'on juge une telle sévérité nécessaire.

ARTICLE XL

Scrupules qui paraissent attaquer la foi en portant à douter si l'on en a.

Je passe des scrupules qui combattent l'espérance à ceux qui paraissent attaquer la foi. Je les réduis à deux espèces, que je traiterai séparément; et je commence par la première.

Elle consiste dans des pensées inquiétantes, non sur ce que la foi nous révèle, mais qui portent à douter si l'on a une foi réelle, si c'est sérieusement que l'on croit, et si ce n'est point par une habitude humaine et par la coutume qu'on se conduit dans ses actions.

Un tel doute est fondé sur ce que la foi (1) doit être vive et agissante, nous tenir lieu des sens à l'égard des choses invisibles, être la réalité et la vérité de ce qui est l'objet de l'espérance, l'évidence et la preuve de ce qui ne se voit point, comme parle saint Paul; car les personnes dont il est ici question, ne trouvant point que leur foi ait ces grands caractères, ne savent si elles en ont. Et quand elles lisent dans le même Apôtre que la

(1) Est autem «des sperandarum substantia rerum ; argumentum non apparentium. Hebr., xi,i.

foi de Moïse allait jusqu'à lui rendre Dieu présent et visible, tout invisible qu'il est, elles tombent dans la tris-» tesse et le découragement, parce qu'elles sont très éloignées d'éprouver rien de tel. Elles trouveront une solide consolation dans les observations suivantes.

Première observation. — La foi peut être réelle et même fort grande, quoiqu'elle ne soit pas toujours accompagnée d'un sentiment qui lui soit égal, et que son impression actuelle ne soit pas toujours aperçue par la réflexion.

Deuxième observation. — On peut désirer que ces deux choses soient unies, le principe intime de la foi et de toute autre vertu, et le sentiment, parce que le concours de ces deux choses soutient l'àme dans les actions difficiles, la console dans les souffrances, la dégoûte des objets sensibles , et la remplit d'une sainte joie.

Troisième observation. — Lorsque le sentiment est plus faible, ou même qu'il paraît éteint, il est permis de le regretter, parce que cette disposition peut dégénérer en langueur; qu'elle laisse aux tentations plus de force, en tenant moins les sens sous le joug, et qu'elle expose l'âme à chercher au dehors une consolation qu'elle n'éprouve plus au dedans. Toutefois, ce regret doit être calme et ne pas troubler la paix de l'âme, d'autant plus que c'est souvent pour un plus grand bien que Dieu permet cette épreuve.

Quatrième observation. — Le moyen de l'appeler le sentiment et l'impression de la foi n'est pas de s'agiter par de vaines inquiétudes, et beaucoup moins d'exposer sa tète et sa santé par d'inutiles efforts. Cest uniquement par l'humilité, parla prière, par une attention

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