‹ La voie ferrée de Glos-Montfort à Pont-AudemerChapitre 24 sur 39 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

assemblée générale.

Nous venons de voir la société de notre chemin de fer définitivement constituée. ^Continuons de suivre les séances du conseil d'administration, toujours aussi peu fréquentes, mais désormais basées sur un titre légal.

Quatrième séance du conseil d'administration (12 mars 1867). — Le rapport que M. Girard y présente rappelle d'abord l'approbation par le conseil, dans sa précédente séance, du projet de gare spéciale a ayant pour objet de nous affranchir de tout emprunt de parcours à la ligne de Serquigny à Rouen et môme de toute com«> munauté de bâtiments et de voies de service à sa gare de Glos. » Il ajoute : « MM. les ingénieurs de la compagnie de l'Ouest ont apporté dans la discussion de cette question un esprit de bienveillante conciliation qui en a rendu le règlement facile, et j'ai l'honneur de vous remettre la convention intervenue entre eux, d'une part , M. Boulanger et moi, d'autre part, et approuvée par M. le Préfet de l'Eure. — Cette convention rend les deux compagnies complètement indépendantes l'une de l'autre, quant au service des gares de raccordement à Glos, et laisse pour l'avenir toute liberté d'action concernant la perception des tarifs, lesquels pourront être combinés ou rester distincts. »

Viennent ensuite les détails de circonstance sur les travaux de la plate-forme, sur la pose de la voie, sur l'état des stations, sur le matériel roulant, — détails maintenant sans intérêt.

La suite du rapport, relative à la situation financière, réclame, au contraire, que je m'y arrête un instant.

Après la séance du 23 août 1866, prière avait été adressée à

M. le Préfet d'abrégé? les délais fixés pour le paiement des subventions promises, et M. le Préfet s'était empressé de faire verser un à-compte de 300,000 fr., ce qui réduisait, ajoute le rapport, a à 100,000 fr. l'avance de 400,000 fr. faite antérieurement par la société du crédit agricole. » — Partant de là, M. Girard fixe ainsi la situation financière :

Le montant total des dépenses de premier établissement s'élevait, au 25 février dernier, à la somme de 1 ,653,000 fr.

Pour couvrir cette dépense, il avait été versé, à la môme époque, à la caisse du banquier de la compagnie : 1° sur 1,376 actions souscrites, 477,505 fr.; — 2* sur 1,000 actions à la charge de l'entreprise, 500,000 fr.; — 3* sur 2,456 obligations souscrites, 121,890 fr.; — 4° sur les subventions, 300,000 fr.; — et 5° à titre d'avance (par la société du crédit agricole) sur le complément des subventions, 100,000 fr.; — Total: 1,499,395 fr.

Ce qui constituait pour l'entreprise un découvert de 153,605 fr...

Situation satisfaisante , disait M. Girard ; mais il convient , ajoutait-il, de se préparer à faire face aux besoins de la période

d'achèvement , en invitant les souscripteurs à se libérer dans

le plus court délai possible. — Or, ce qui restait dû, outre une partie des subventions, c'était ce qui suit : sur les 1 .376 actions souscrites, 210,495 fr., et sur les 2,456 obligations également souscrites, 590,350 fr.; soit 900,845 fr.

Toujours en vue d'assurer la prompte terminaison des travaux, M. Girard entretenait aussi le conseil d'administration des 1 ,044 obligations qui n'avaient pas été souscrites. « Ces obligations, disait-il , constituent un placement si clairement et si manifestement solide, qu'il ne peut échapper à l'attention des personnes recherchant ces sortes de titres à revenus fixes combien il y a avantage à donner la préférence aux nôtres à 290 fr., quand ceux des grandes compagnies, moins garantis puisque la proportion du capital actions est beaucoup moindre que chez nous, sont aux cours de 310 à 315 fr — Je vous proposerai en conséquence de décider que les obligations non encore souscrites seront émises jusqu'à nouvel avis au taux de 290 fr. comme à l'origine. »

Et le rapport se terminait par cette double annonce : 1° que,

pour relier le chemin de fer à la rivière de Risle, « un projet enfin digne de Pont-Audemer et parfaitement en rapport avec le développement rapide qui lui est réservé, était présentement soumis à l'examen du conseil municipal dont la décision favorable ne saurait être mise en doute a, — et 2° que, pour l'importante question de la Risle maritime, l'administration des ponts et chaussées avait mis à l'étude une combinaison ayant pour objet un crédit de 600,000 fr. et une rapide exécution des travaux.

Pour ce qui est du procès-verbal de la séance, il se borne à mentionner l'adoption par le conseil des résolutions suivantes : poursuite du recouvrement de ce qui reste dû sur le capital actions ; — maintien du taux de 290 fr. pour les obligations restant à émettre ; — appel pour le paiement des obligations en trois versements, de mois en mois i — fixation de l'assemblée statutaire annuelle au 28 avril ; — impression de l'exposé de la situation et de la délibération à intervenir dans ladite assemblée générale.

Voilà un nouveau rapport et un nouveau procès-verbal qui, comme le rapport et le procès-verbal de la réunion précédente, appellent quelques mots d'explication et de rectification.

1° Dans la partie du rapport ayant trait à la situation financière, M. Girard accuse pour l'entreprise un découvert de 153,605 fr. — Sans doute, en adoptant les chiffres de dépenses donnés par M. Boulanger, agent-voyer en chef, et en ne tenant pas compte de ce qu'auraient produit les versements exigibles sur les actions non placées, acceptées en charge par l'entreprise, ce découvert existait en réalité; mais il -restait bien entendu par le conseil que, si, pour encourager l'active impulsion imprimée aux travaux, il admettait de ne pas exiger immédiatement ces versements et de n'en pas tenir compte parmi les recettes, c'était sans que l'on pût en induire que, par là, il reconnaissait M. Girard affranchi de l'engagement de garder à sa charge les actions non placées. Cette réserve ne se trouve pas dans le procès-verbal. Pour éviter des inductions inexactes, il eût pourtant été indispensable de l'y mentionner ;

2° Lorsque le conseil entendit la proposition faite par M. Girard de décider que les obligations non. encore souscrites (et laissées à

sa charge, comme les actions dans le même cas), il comprit que ce passage du rapport n'était pas autre chose qu'une réclame, au reste très-légitime, destinée à en faciliter le placement. Les explications orales qui suivirent le confirmèrent davantage dans cette pensée. En effet, disait M. Girard, o les différents titres non souscrits sont pour moi une lourde charge. . La confiance que j'ai dans le succès de l'entreprise et la conviction où je suis qu'avant peu de temps les actionnaires pourront toucher un intérêt de 8 0/0, me déterminent à ne pas chercher le placement de ce qui reste d'actions ; mais il importe, pour répondre aux exigences de la situation, d'assurer celui des obligations, et je vous demande votre concours auprès des habitants du pays pour m'aider à l'obtenir. » — En votant le maintien de l'émission des obligations à 290 fr. , le conseil ne déchargeait donc pas l'entreprise d'un engagement antérieur, ce que d'ailleurs il n'avait pas le droit de faire; il apostillait tout simplement une réclame légitime. Mais aussi, en demeurant muet à cet égard, le procès-verbal avait le tort d'ouvrir la porte à une interprétation en sens inverse, qui ne manqua pas de se produire dans le public et d'y jeter de fâcheuses impressions.

Assemblée générale (28 avril 1867, à Evreux). — Au moment où se faisaient les convocations pour cette assemblée des actionnaires, le jury d'expropriation se réunissait à Pont-Audemer, pour fixer le prix d'une partie des terrains nécessaires à la gare de cette ville, les propriétaires n'ayant pas cru devoir accepter les chiffres offerts par l'administration, d'une manière quelque peu excentrique, à ce qu'il paraît. Le refus de traiter à l'amiable pour ces terrains et deux traités tardifs, obtenus seulement grâce à l'intervention de deux administrateurs de la compagnie, avaient apporté quelques entraves à la construction de la voie sur ce point. Quoiqu'il en soit, les travaux se trouvèrent encore assez avancés pour permettre de commencer, sur notre chemin de fer, le voyage du 28 avril, imposé par les statuts. Le Journal de Pont-Audemer disait à cette occasion :

« Nous croyons être agréable à nos lecteurs en leur apprenant que, ce même jour, M, Girard mettra à la disposition de MM. les

actionnaires qui, ayant droit à cette réunion, se proposent d'y aller, une locomotive et des wagons plate-forme convenablement disposés pour les porter à Glos. Le départ aura lieu à six heures du matin, sur la route de Bernay, au passage à niveau de la ligne.... Jeudi dernier, un train semblable a apporté, jusqu'à rentrée de la commune de Gorneviile, MM. Emm. Arago, Girard, Boulanger, Lucas, Canel, Roudil et quelques autres personnes. . — MM. les administrateurs, ainsi que M. Girard, devant être à Evreux, dès la veille, pour affaires de la compagnie, ont prié M. Verger aîné, vice-président de la commission provisoire, de bien vouloir se charger de l'organisation du départ et du retour.. . .»

Ce ne fut pas, du reste, au passage à niveau de la route de Bernay que s'effectua le départ. Par suite de pluies abondantes qui avaient pénétré les derniers remblais, on jugea, avec raison, qu'il était à propos de fixer le lieu du rendez-vous au village du Gruchet. Le train, parti de là à 6 heures 15 minutes, arriva à Glos à 6 heures 50 minutes, — « soit 35 minutes, dit le Journal dt Pont-Audemer ; encore sur ces 35 minutes, faut-il en diminuer 3 ou 4 pour le retard qui a eu lieu à Saint-Paul, à l'occasion de la descente des voyageurs, passant du troisième wagon dans le premier, pour éviter la fumée de la locomotive. . » le voyage s'est fait dans les meilleures conditions et à la satisfaction de tout le monde.»

Le conseil d'administration avait été convoqué à Evreux pour le 17, afin d'arrêter les bases du rapport qui devait être préparé pour l'assemblée générale du lendemain . L'arrivée tardive de plusieurs des convoqués ne permit aucune délibération dans la journée, et tout ce qu'on put faire, le soir, ce fut de prier M. Lucas de rédiger le rapport, en s'entendant avec M. Girard. En môme temps, je remis à ces Messieurs une note formulée par un souscripteur d'obligations, qui se plaignait que les titres définitifs, en ce qui concernait l'amortissement, n'étaient pas conformes aux indications premières, et il fut convenu qu'on l'examinerait le lendemain matin en séance du conseil d'administration ; mais, le lendemain, on ne put pas davantage avoir une réunion régulière : on ne déli-

béra pas, et c'est à peine si l'on entendit la lecture du rapport rédigé pendant la nuit. On était donc fort peu préparé pour rassemblée générale fixée à l'heure de midi.

Les actionnaires réunis à Evreux étaient au nombre de trentedeux et représentaient 1,625 actions. Us constituaient donc une assemblée régulière, conformément à l'article 29 des statuts; mais il convient d'ajouter que si l'on se trouva en nombre suffisant pour délibérer régulièrement, c'est que l'on avait vivement excité le zèle des actionnaires de la contrée, en leur annonçant que le conseil d'administration devait proposer à l'assemblée un vote tendant à obtenir du Gouvernement l'autorisation de transférer, d'Evreux à Pont-Audemer, le siège de la société.

La séance ouverte sous la présidence de M. le marquis de Croix, avec M. Gounot désigné comme secrétaire, M. Lucas donne lecture du rapport dont il a déjà été parlé.

Le commencement de ce rapport est une analyse des procès-verbaux des séances du conseil d'administration, que j'ai moi-même analysés ci-dessus. Tout naturellement on y retrouve les erreurs que j'ai déjà signalées et sur lesquelles, dès lors, il est inutile de revenir. — Viennent ensuite quelques détails sur la situation, au 28 avril 1867, des travaux et des finances.

Dans son ensemble, l'état des travaux est tel, dit le rapport, qu'il est permis d'espérer que la ligne sera ouverte au commencement de juin pour les grosses marchandises, et un mois plus tard pour les voyageurs. »

Pour le détail, il suffit de rappeler les quelques mots relatifs aux stations :

« A Glos, l'emplacement destiné à recevoir les quais couverts et découverts est à peu près terminé, et les constructions vont commencer.

» A Montfort, le gros œuvre du bâtiment des voyageurs est fait; les fondations de la gare des marchandises sont au niveau du sol, et les menus travaux d'achèvement et d'aménagement vont s'exécuter.

» Le Conseil d'administration, sur la proposition de M. Girard, a décidé qu'il serait établi une gare à Corneville, avec cette ré-

serve que l'établissement de la gare coïncidera avec l'ouverture d'un chemin destiné à la rattacher à la commune et aux usines voisines. Des vœux se sont produits, demandant que la gare fût construite immédiatement et mît fin aux hésitations qui pourraient retarder longtemps encore l'exécution du chemin. Le conseil d'administration, entrant dans cet ordre d'idées, pense qu'il y a lieu de commencer au plus tôt la gare de Corneville, qui naturellement aura des dimensions modestes.

» Quant à la gare de Pont-Audemer, qui a été retardée par les motifs que vous savez tous, Messieurs, les dispositions sont prises pour une exécution rapide. On s'est attaché dans le projet à donner à cette gare un aspect et une importance dignes de l'avenir qui est réservé à notre ligne. »

Pour ce qui se rapporte aux finances, voici le résumé du

rapport :

Sur 1,356 actions souscrites, il a été versé 641,400 fr.

Pour 1,000 actions à la charge de l'entreprise, versé. 500,000

Sur .2,456 obligations, versé.. 396,265

Sur les subventions, versé 300,000

Total 1,837,665 fr.

Restait à payer ^sur les 1,356 actions 36,600 fr.

— sur les 2,456 obligations 31 5,975

— sur les subventions 200,000

Plus 644 actions non souscrites 322,000

Et 1,044 obligations non souscrites 302,760

Total 1,177,335 fr.

o Vous remarquerez, ajoute le rapport, qu'il reste à souscrire 644 actions et 1 ,044 obligations. Il importe que ces titres trouvent preneurs dans notre contrée ; le succès de l'entreprise paraît dès aujourd'hui assez assuré pour que la confiance seit entière dans la valeur de nos titres. Nos obligations d'ailleurs, émises à 290 fr., constituent un placemeut tout à la fois exceptionnellement sûr et fructueux. »

Puis vient le paragraphe des dépenses : « Les travaux exécutés, les fournitures faites et les approvisionnements à pied d'œuvre s'élevaient au 25 mars dernier, suivant l'état de situation, à la somme totale de 1 ,838,244 fr. 78 cent. Il y a donc équilibre entre les recettes et les dépenses »

Après, c'est le tour de la Risle. Je copie le rapport : « Vous avez vu, Messieurs, que le conseil d'administration, dans sa séance du 23 août dernier, avait décidé qu'il y avait lieu de voter une subvention de 50,000 fr., destinée à hâter et à décider l'amélioration de la Risle. — Cette somme de 50,000 fr. sera obtenue au moyen d'une deuxième émission d'obligations. Ces obligations, productives de 15 fr. d'intérêt, seront émises au taux de 290 fr., et remboursables à 500 fr. , dans les mômes conditions que les obligations de la première série. — M. Girard s'est engagé à prendre en charge (1), pendant le cours de son exploitation, le service d'intérêt et d'amortissement de cette émission supplémentaire.

» Cet apport d'une subvention a motivé l'allocation d'une somme de 93,000 fr., qui a été votée par le conseil général dans sa dernière session. Ces deux sommes réunies s'élèvent à près de 150,000 fr., et il nous est permis d'espérer que l'offre faite à l'État d'une pareille somme le décidera à allouer le reste des fonds nécessaires pour faire de la Risle une bonne voie de navigation. MM. les ingénieurs du département n'ont pas tardé d'ailleurs à se mettre à l'œuvre avec un empressement dont le pays doit leur savoir gré. M. le Préfet a bien voulu nous communiquer leur projet, qui paraît comprendre l'ensemble des travaux utiles. — Nous ne pourrons donc que vous demander de sanctionner par

(4 ) Je ferai remarquer ici que l'expression prendre en charge, empruntée à M. Girard lui-môme, ne peut signifier autre chose que prendre à sa charge personnelle. Pour détruire les doutes que j'ai entendu émettre à cet égard, il suffit de renvoyer au compte-rendu ci-après de la réunion du 4 2 novembre 4867, où les mômes mots ne peuvent pas se prêter â l'équivoque.

votre vote la décision prise à cet égard par le conseil d'administration. * Le rapport continue :

« L'année prochaine, nous aurons à soumettre à votre approbation une autre dépense supplémentaire que nécessitera l'établissement de la gare de Glos, non compris dans l'avant-projet qui a servi de base à la concession, et le changement du point de raccordement avec la ligne de l'Ouest.

» Vous n'avez pas oublié, Messieurs, qu'aux termes de l'article 5 des statuts, le compte des avances faites par les fondateurs de la compagnie, et dont le total s'élève à 5,832 fr. 20 c, va être soumis à votre approbation. — Cette dépense est d'ailleurs à la charge de l'entreprise. »

Après avoir exprimé l'espérance que M. Loisel, sixième administrateur, n'aura plus, bientôt, les raisons temporaires qui l'ont tenu éloigné jusqu'alors des réunions du comité administratif, le rapport propose à l'assemblée de confirmer dans leurs fonctions les cinq autres membres en exercice, en réservant à M. Loisel la place vacante, — et de fixer à 40 fr. la valeur des jetons de présence à délivrer aux membres du conseil et à 3,000 fr. le traitement du secrétaire de la compagnie.

« Le siège de la société, reprend le rapporteur, a été fixé à Bvreux, pour déférer au vœu de M. le Préfet. Cet administrateur désirait que les compagnies de chemins de fer départementaux eussent leur siège à Evreux ; mais nous comprenons le vœu exprimé dès l'origine par plusieurs d'entre vous de voir le siège social transféré à Pont-Audemer. L'expérience, d'ailleurs, nous a démontré qu'il y aurait tout avantage à le reporter au milieu de vous, au centre môme de vos affaires. Nous allons donc vous proposer de voter cette modification, et nous avons la confiance qu'elle sera ratifiée par l'administration supérieure.

» Enfin, Messieurs , nous vous demanderons d'approuver les actes du conseil d'administration jusqu'à ce jour, et de déclarer que nous avons agi pour le mieux des intérêts de la société en bons et fidèles mandataires.

• En approchant du but, il nous est plus facile d'apprécier les

bonnes chances de l'entreprise à laquelle vous avez apporté le patriotique et intelligent concours de vos capitaux. — Nous avons tout lieu de croire, en effet, que les revenus de notre chemin ne seront pas moindres que ceux dont on vous a donné l'espérance au moment où il a été fait appel à vos souscriptions. M. Girard nous a mis au courant de ses efforts pour augmenter notre trafic. Il projette notamment rétablissement d'un service maritime de Pont-Audemer au Havre, qui devra prendre, sur cette dernière place, une grande quantité de marchandises et les amener à notre té te de ligne. Ces marchandises arrivent au Havre dans de grands navires et doivent être déchargées, transbordées dans des bâtiments de cabotage, reprises ensuite par des services divers de camionnage ou de chemins de fer, et subir des manutentions, des lenteurs et des frais désastreux. Si l'exploitant de notre ligne fait en même temps et personnellement le service maritime dont nous venons de parler, qu'il prenne en charge dès le Havre toutes les marchandises destinées à nos contrées, il aura toutes les préférences, et un trafic de réexportation, qui se fait maintenant par Honneur, Caen et Rouen, viendra nécessairement à nous. Nous avons d'autant plus à nous louer des projets de M. Girard, qu'il ne nous demande ni subvention ni contribution dans les frais d'installation de ce service.

» C'est là un élément de recettes dont il n'était pas tenu compte dans les notes qui ont précédé l'émission des actions et obligations. — Mais si nous avons, de ce côté , de légitimes espérances pour l'augmentation de notre trafic, nous sommes heureux d'avoir à appeler votre attention sur un allégement dès maintenant assuré des charges prévues dans les notes sus-rappelées.

» En effet, Messieurs, ces notes, à côté du revenu probable, parient des charges. Elles portent, après les frais d'exploitation : 4 e le service des obligations pour les intérêts à 52,500 fr., et pour l'amortissement à 18,000 fr.; 2° le service des actions pour les intérêts à 75,000 fr., et pour l'amortissement à 16,000 fr.

» Or, ces sommes de 18,000 fr. et de 16,000 fr.. portées pour l'amortissement , sont le quatre-vingt-dix-neuvième du capital des obligations et du capital des actions , qui devaient être

l'un comme l'autre remboursés en quatre-vingt-dix-neuf ans.

» Les auteurs de la note, se préoccupant plus d'éclairer le public sur ce qui pouvait être une charge que sur ce qui pouvait l'attirer, n'ont pas tenu compte du jeu des intérêts composés. — Or, telle est la puissance de la capitalisation de ces intérêts dans une si longue période, qu'au lieu de 34,000 fr. par an, qu'ils avaient supposés, c'est moins de 4,000 fr. qui sont nécessaires pour l'amortissement des deux natures de jtitres, et cela non plus en quatre-vingt-dix-neuf ans, mais en quatre-vingt-quatorze seulement; l'administration, en effet, par l'article 42 de nos statuts, exige que tout soit remboursé cinq ans avant l'expiration de la concession. %

» Il résulte de là une diminution de 30,000 fr. dans les charges annuelles, ce qui équivaut à une augmentation égale dans le revenu de l'exploitation.

» En conséquence , Messieurs , nous allons avoir l'honneur de soumettre successivement et séparément à votre vote les résolutions suivantes :

» 1° La subvention de 50,000 fr. pour l'amélioration de la Risle est approuvée aux conditions énoncées dans le rapport, et sera versée au fur et à mesure de l'avancement des travaux et dans la proportion des crédits alloués par l'Etat;

» 2° Le compte des frais dus aux fondateurs de la compagnie, et s'élevant à 5,832 fr. 20 c, est approuvé;

9 3° Les membres du conseil d'administration actuellement en exercice sont maintenus dans leurs fonctions jusqu'à l'époque fixée par l'article 17 des statuts;

» A* Les jetons de présence à délivrer aux membres du conseil d'administration sont fixés à 40 fr. ; — le traitement annuel du secrétaire de la compagnie est fixé à 3,000 fr. ;

» 5° Il sera demandé à l'administration supérieure l'autorisation nécessaire pour .transférer à Pont-Audemer le siège de la société, qui est actuellement à Evreux;

» 6° L'assemblée générale des actionnaires approuve le compterendu qui vient de lui être soumis, et déclare que les membres du conseil d'administration ont agi pour le mieux des intérêts de la compagnie. »

Telle est la substance du rapport. . . . Après qu'il en a été" donné lecture, « M. le vice-président demande à l'assemblée, ainsi que s'exprime le procès-verbal, si des observations sont présentées.

d M. Verger aîné croit devoir exposer à rassemblée des plaintes qu'il a entendu formuler. — Certaines personnes croient que les traverses employées dans la pose de la voie sont de dimensions insuffisantes, de mauvaise essence, et contiennent trop d'aubier. Les rails seraient d'un poids trop réduit. Enfin les pentes, vers le lieu dit le Gruchet, seraient exagérées.

» M. Boulanger.... répond: 1* quant aux traverses, que le cahier des charges permettait à M. Girard l'emploi du chêne et du hêtre; qu'elles sont cependant presque toutes en chêne ; qu'elles sont conformes au cahier des charges et aux légitimes exigences de l'administration, et ne renferment que l'aubier admis dans la pratique ; — 2° quant aux rails, que le poids fixé par les conventions n'est que de 2& à 30 kil.; que ceux de la voie atteignent 30 kil. en moyenne ; que ce poids est suffisant ; que la compagnie du Nord n'a un type plus élevé que depuis l'usage des locomotives d'une puissance tout à fait exceptionnelle ; — 3° quant aux pentes, qu'elles sont conformes aux projets approuvés et n'atteignent pas plus de 11 millim., quand elles sont autorisées à 15 millim. Il ajoute que, d'ailleurs, il n'y a pas lieu de s'inquiéter à propos des traverses et des rails, parce que M. Girard, fermier pour vingtcinq ans, et chargé de l'entretien et de la réparation, les aura nécessairement remplacés avant la fin du bail, l'expérience prouvant que la voie ne saurait durer sans réfection plus de 15 à 20 ans ; que, de même, les pentes excessives seront évitées par l'entrepreneur, qui se trouverait la première victime de toute exagération, dont l'effet serait une augmentation de ses dépenses de traction.

» M. Girard ajoute à ces explications : que les préoccupations signalées proviennent sans doute de comparaisons entre les traverses et les rails employés et ceux de la compagnie de l'Ouest, sans qu'on se rende compte des différences nécessaires. La compagnie de l'Ouest met sur ses voies des locomotives de 60 tonnes, marchant à une vitesse de 40 à 50 kil. à l'heure, tandis que l'ex-

ploitation n'aura pas à employer des locomotives d'un poids supérieur à 25 tonnes, ni à donner la môme vitesse. Il est donc naturel que les rails et les traverses soient, dans la grande compagnie, plus forts que dans la petite. — M. Girard affirme que les pentes trouvées trop considérables ne paraissent telles qu'à cause de l'état incomplet des travaux, et qu'il en sera autrement quand rétablissement sera aohevé.

» Il remercie, d'ailleurs, M. Verger et le remerciera toujours d'apporter au grand jour, devant l'assemblée, les objections et les critiques soulevées par ses travaux de construction, comme plus tard par son système d'exploitation. Il sera toujours heureux de pouvoir y répondre publiquement, et il appelle de tous ses vœux le contrôle de tous les intéressés.

» M. Verger jeune, à son tour, expose une plainte à l'endroit du niveau de la voie, que des habitants de la vallée croient avoir été trop abaissé près de Pont-Audemer, vers le pont de la Tourville notamment.

» M. Boulanger réplique que le projet approuvé par M. le Préfet, après l'avis de MM. les ingénieurs chargés du service des chaussées et de celui des eaux, est rigoureusement suivi. On a pu craindre, un moment, que le pont de Tourville rat submersible ; mais M. l'ingénieur Piquenot a établi formellement l'excellence du niveau adopté, qui se trouve supérieur à celui des plus hautes eaux connues. Il y a lieu, de ce chef encore, à toute sécurité. Il ajoute que, si le pont de Tourville est construit en tôle, au lieu d'être établi sur voûte, c'est à sa demande qu'il en est ainsi fait, malgré le surcroît de dépenses qui en résulte pour l'entrepreneur.

» M. Canel obtient la parole et exprime le vœu, de la part des habitants de Pont-Audemer, de voir s'ajouter aux terrains déjà achetés par le département une parcelle comprise entre la route de Iisieux, la grande et la petite rue Traversière et la petite rivière.

» M. Boulanger répond qu'au nom de l'administration départementale il avait d'abord cru devoir résister à cette demande, malgré les instances de l'entrepreneur qui déclarait la parcelle de terrain indispensable à l'aménagement de la gare de Pont-Aude-

mer. Mais, devant l'insistance de tous, une enquête a été ouverte, dont le résultat amènera sans doute le département à livrer le terrain dont il s'agit. M. le Préfet a d'ailleurs approuvé le plan de la gare qui le comprend, et il y aura vraisemblablement lieu à une nouvelle expropriation à ce sujet.

» Aucune autre observation n'étant plus présentée, M. le président soumet aux votes de l'assemblée les six résolutions indiquées à la fin du rapport du conseil. — Elles sont toutes les six adoptées à l'unanimité de tous les membres présents.

» M. le président expose ensuite à l'assemblée la nécessité de nommer une commission de trois membres chargée d'examiner la situation financière et les comptes résumés dans le rapport. — Sont élus à l'unanimité : MM. Couillard, Verger aîné et Regnard, qui présenteront leur rapport à la prochaine assemblée.

» Enfin, M. Girard dépose sur le bureau : 1° ampliation du décret impérial, en date du 20 février 1867,-2° et deux tableaux de l'amortissement successif des obligations et des actions. — L'assemblée lui donne acte de ce dépôt. ...»

A la suite de la séance, rapporte le Journal de Pont-Audemer, t un banquet de 26 couverts, présidé par M. le marquis de Croix et où se trouvaient M. Girard, MM. les administrateurs et les actionnaires présents à Evreux, a eu lieu à l'hôtel du Dauphin. . .»

C'est à la fin de ce repas, au moment d'aller prendre le train de départ, que le procès-verbal ci-dessus a été présenté à la signature, sinon de tous les membres du bureau, du moins de quelquesuns, qui l'ont apposée sans avoir le temps de vérifier s'il était d'une complète régularité. Au surplus, à cet égard, il était dans le môme cas que la seconde partie du rapport, irrégulière aussi dans quelques détails, et demeurée telle, parce que le temps avait manqué aux administrateurs pour en prendre une sérieuse lecture avant l'ouverture de là séance générale.

Je crois devoir signaler ici en quelques mots ce qu'il y aurait eu plus particulièrement à modifier ou à compléter en ces deux points :

1° Suivant le rapport, le compte des avances faites par les fondateurs de la compagnie va être soumis «à l'approbation de l'as-

semblée, — et, suivant le procès-verbal, ce compte est approuvé. Double erreur. Evidemment, aux termes de l'article 5 des statuts, l'assemblée ne pouvait, en 1867, que nommer une commission pour vérifier ce même compte ;

2° Dans le procès-verbal, la demande de nouveaux terrains, pour la gare de Pont-Audemer, prend de bien maigres proportions ; — mais passons. Plus tard, nous la reverrons plus complète ; '

3° Une commission est nommée pour examiner la situation financière et les comptes cités dans le rapport. — Non ; elle avait pour mission exclusive (art. 5 des statuts) de vérifier les dépenses des fondateurs, qu'un vote nul déclarait adoptées. — Cette vérification, au reste, était inutile, puisque les 15,000 fr. avaient été abandonnés à forfait à M. Girard, pour faire face à toutes les dépenses d'organisation.

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