‹ La voie ferrée de Glos-Montfort à Pont-AudemerChapitre 25 sur 39 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Après cette première assemblée générale, nous serons quelque? mois sans avoir à parler de nouvelles délibérations : mais, d'un autre côté, les travaux marchaient avec entrain, bien qu'ils fussent quelque peu entravés par des résistances de propriétaires, notamment à l'entrée de la ville, et aussi par le retard apporté à la réunion du jury d'expropriation.

Enfin le jury s'est prononcé, et, après un autre retard résultant de ce que l'argent nécessaire pour payer les terrains expropriés n'est pas disponible, le dernier obstacle est levé définitivement ; —

îirconstance heureuse que le Journal de Pont-Audemer proclame m ces termes :

a Le terrain destiné à remplacement de la gare du chemin de fer.... a été livré samedi (15 juin) aux ouvriers de l'entrepreneur, lui, en un clin d'œil, ont mis à bas les clôtures et les arbres dont a présence pouvait dès à présent gêner les travaux. Dès le lendenain, la ligne a traversé la prairie de MM. de Tourville et les •ails ont été posés jusqu'à l'endroit désigné pour recevoir la gare, i la construction de laquelle vont être plaçés le plus grand nombre le travailleurs possible.

» L'activité qui a été déployée jusqu'à présent, dans l'exécution le notre voie ferrée, permet d'espérer que cette construction sera inon complètement achevée, du moins fort avancée lors des fêtes ie l'inauguration qui, comme on le sait, doivent avoir lieu le 21 uillet prochain. — Qui sait, après tout- M. Girard, nous ayant acoutumés à des tours de force, s'arrangera peut-être de façon à ffésenter aux regards des nombreux visiteurs attirés par la fête m édifice terminé en un mois.»

Cette fête, fixée en effet au 21 juillet, ne devait pas, au reste, se rouver enfermée, suivant l'usage, dans l'intervalle d'une dixaine "heures; car elle coïncidait avec la présence, dans notre ville, de Association normande, qui venait y tenir une de ses grandes réu- [ions annuelles.

La presse s'est assez occupée de nous, dans cette circonstance, tour qu'il me soit permis de m'abstenir d'échafauder une nouvelle elation de nos fêtes. Il vaut mieux, d'ailleurs, s'entendre faire les compliments, que s'en faire soi-même. J'emprunte donc, ni Journal de Rouen, du 23 juillet, la plus grande partie de son <'tit, signé : Albert Azam.

a Depuis plusieurs jours, la jolie ville de Pont-Audemer était m fête ; une double manifestation s'y produisait pour honorer la science et célébrer les progrès de l'industrie. Mercredi dernier le 17), le congrès de l'Association normande avait ouvert, dans cette ville, sa session de 1867, et avant-hier (le 21), on inaugurait solennellement la ligne deGlos à Pont-Audemer

» Dans ses diverses séances, l'Association, sous la direction de

M. de Caumont, s'est successivement occupée d'archéologie et d'agriculture (1)

» La ville, qui réservait son plus grand enthousiasme pour h solennité de dimanche, n'était pas cependant restée indifférente devant la manifestation plus calme, mais tout aussi sérieuse des jours précédents. Dès mercredi, les maisons s'étaient pavoisées de drapeaux et enguirlandées de fleurs et de feuillage ; la plus petite avait ses festons et ses lanternes aux couleurs éclatantes.

» Enfin, dimanche vint,

» Et le soleil s'était levé à peine, que clairons, tamhours et musiques éveillaient la population impatiente.

» La grande fête commençait. La municipalité avait voulu donner, à l'inauguration de la ligne nouvelle, un rare et solennel] éclat. M. le Préfet de l'Eure avait accepté d'y présider. De nom-j creuses invitations avaient été adressées dans les départements voisins et dans l'Eure; la presse locale, les journaux de la Seine- Inférieure et les représentants de la presse parisienne avaient répondu au gracieux appel qui leur avait été fait. Enfin les pompiers de Pont-Audemer avaient profité de cette occasion pour inviteij dans leur ville la plupart des compagnies de l'Eure (2). Ces com«[ pagnies de citoyens peuvent positivement passer pour un deîj produits typiques de nos voisins. On remarquait, dans leur tenue, une élégance et une régularité militaires qu'on ne trouve pas tou-, jours dans ces corps dévoués, dont les services sont si désinté- 1 ressés et si grands. Rien n'y manquait, pas même la mignonnel cantinière, avec son baril multicolore et les plumes flottantes de son chapeau coquet; pas même, dans certaines compagnies, le

(4) C'est la Société française, venue aussi avec l'Association normande, qui s'est occupée d'archéologie.

• (2) L'invitation avait été faite par la ville, sur la demande de M. le Préfet Les pompiers invités, qui vinrent au nombre d'environ onze cents, étaient ceux de l'arrondissement et des communes voisines de la ligne de l'Ouest, dopuis Serquigny.

tambour-major majestueux, avec son plumet provocateur, ses galons d'or et sa canne immense.

» Dès le matin, et après la distribution des récompenses aux lauréats de la session, tous les pompiers sont venus se ranger

devant l'hôtel-de-ville Le cortège s'est mis en marche, aux

accords des fanfares, et s'est rendu devant l'église, où le clergé l'attendait, puis à la gare nouvelle, non terminée encore, mais couverte de drapeaux, de feuillage et de fleurs. »

On se rendait là pour recevoir, à leur arrivée, M. le Préfet, le délégué de l'Evêque et les invités du dehors, qu'apportait un train spécial.

« A deux heures et demie, continue M. Azam, tout le monde était réuni autour de l'estrade du clergé. La machine d'inauguration, portant le nom de M. Janvier, s'est lentement avancée aux applaudissements d'une foule immense. M. le Maire a pris alors la parole Dans une courte improvisation, M. Janvier a rappelé que c'était surtout au généreux concours des habitants de l'arrondissement qu'était dû cet important progrès. Enfin . . . . , M. le vicaire général, rappelant les merveilles accomplies par l'industrie humaine, a insisté sur l'alliance possible et, selon lui, nécessaire, du génie et de la foi. ... .

» La bénédiction a été donnée ensuite, et le cortège, traversant de nouveau les rues et les places fleuries de la ville, a escorté le clergé jusqu'à l'église, puis s'est rendu à l'hôtel-de-ville devant lequel devait être passée la revue des pompiers.

» Les tambours ont battu aux champs, les musiques se sont fait entendre, et chaque compagnie a défilé, recevant de M. le Préfet de l'Eure, qui un éloge, qui un mot de camaraderie et d'encouragement. Un galant compliment accueillait chaque cantinière. On saluait les pompiers, on admirait les sapeurs, on applaudissait la fanfare. Les cris de « Vive M. le Préfet ! s appelaient les cris de « Vive les Pompiers ! » et l'enthousiasme allait toujours, d'un bout de la colonne à l'autre, sans s'éteindre ni s'attiédir.

» A cinq heures, la fête militaire était terminée, et le public s'est porté vers le petit port de Pont-Audemer. Plusieurs steamers s'y trouvaient, pavoisés des pavillons de toutes nations.

» Le pont de pierre de la Risle avait été coquettement décoré de plantes aquatiques et rappelait les palais imaginaires des Ondines. Sur les quais, la foule se promenait joyeuse, bruyante dans sa gaîté, et elle n'a quitté le rivage que pour aller entendre, sur la grande place, le concert donné à la population par les musiques et l'orphéon de Pont-Audemer réunis.

» Après cette fête musicale, les groupes se sont dispersés peu à peu, et les salles de banquet se sont ouvertes pour les convives. Une immense tente, s'étendant sur des tables nombreuses, protégeait les agapes fraternelles des pompiers de la ville et des compagnies invitées Dans la gare des marchandises, un banquet de

quatre cents couverts réunissait les autorités de l'arrondissement et du département, et les nombreux invités. Partout régnait une gaîté des plus franches, et c'est à grand'peine qu'on a interrompu les rires et les joyeux propos pour écouter les divers toasts, dont le Champagne a donné le signal

» Le soir, la ville entière est illuminée de mille feux ; sur plu- 1 sieurs points, des kiosques resplendissants de verres multicolores * dessinaient leurs élégants concours. Le feu d'artifice envoyait vers le ciel ses myriades de gerbes ; la lumière électrique projetait sur la ville ses éclatants rayons ; de toutes les fenêtres, de tous les I massifs de verdure, jaillissait quelque lumière joyeuse ; sur les places, les danses s'étaient formées ; dans les rues, la population tout heureuse circulait, admirant toutes ces patriotiques splen- I deurs. — Mais tout finit, môme pour les inaugurations de chemins > de fer, et le sifflet brutal de la locomotive rappelait aux invités qu'il n'est pas d'hospitalité gracieuse qu'il ne faille abandonner.

» Pour chacun de ceux qui s'en allaient ainsi tristement, après avoir gaîment passé une délicieuse journée, deux impressions resteront surtout : d'abord cet élan, bel à voir, de toute une ville justement orgueilleuse d'une œuvre qu'elle a, en partie, accomplie elle-même, et pleine d'espérance dans son avenir ; et puis, l'accueil tout gracieux fait par les habitants et par leurs représentants aux nombreux amis de l'industrie et de la science, qui s'étaient hâtés de répondre à un appel cordialement adressé.

» Nous avons" rarement vu une hospitalité plus affectueuse et

un enthousiasme plus communicatif. Pont-Audemer peut donc, i bon droit, être fière de sa fête de dimanche. Tandis qu'elle donnait à ses habitants la légitime satisfaction d'un grand progrès courageusement accompli, elle laissait à chacun de ses invités lé plus sympathique et le plus charmant souvenir. •

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