CHAPITRE IX
Si, dans l'origine des travaux, les bonnes dispositions du pays jour le chemin de fer avaient laissé sommeiller la critique, peu i peu les impressions prirent une teinte moins favorable. D'une tort, on murmurait de la marche suivie pour le règlement des ndemnités à l'occasion de cessions de terrain, notamment vis-àris des propriétaires qui n'avaient mis aucun obstacle à la prise le possession ; de l'autre, on se plaignait de certaines délibéraions du conseil d'ad'ministration, que des procès-verbaux incomplets présentaient sous un jour amphibologique ; — de quelques pentes dont la voie aurait pu être affranchie; — de l'infériorité de livers matériaux; — de la légèreté des ponts de Saint-Philbert ; — le l'insuffisance des terrains destinés à l'emplacement des gares et plus particulièrement à celle de Pont-Audemer ; — du mode d'amortissement des obligations. . . .
Assurément, tout ce qui se disait ne pouvait pas être accepté sans contrôle; au moins, y avait-il, dans ces plaintes et dans plusieurs autres déjà formulées ou qui -se formulèrent plus tard, divers points dont on pouvait prévoir qu'il y aurait lieu de se préoccuper sérieusement un jour ou l'autre.
Le grief né de l'insuffisance des gares fut le premier à faire
explosion, et il donna lieu à une pétition, chargée de fort nombreuses signatures, qui fut adressée à M. le Préfet. Cette pétition porte : « Si la gare de Pont-Audemer devait rester dans les limites aujourd'hui indiquées, nous la considérerions comme ne répondant pas à l'importance du commerce de notre ville ; mais nous nous rappelons que, dans les plans soumis par votre admimstration aux enquêtes publiques, un chemin de 9 mèt. 50 doit relier la rue Traversière à la rue Guillaume-Cousin, pour faciliter le service des marchandises (1), et que la gare elle-même doit être prolongée, par l'adjonction d'un autre terrain, jusqu'à la rivière des Carmélites. — Nous n'avons donc, M. le Préfet, qu'à vous prier de rendre prochaine l'annexion de ces deux terrains.
» Une délibération du conseil municipal nous avait appris que nos représentants avaient demandé le rapprochement de la gare des voyageurs vers la rue Traversière, et nous avions pensé qu'il ( serait fait d'autant plus droit à cette réclamation que ce rapprochement eût assuré le complet dégagement de l'édifice. Notre espoir a été déçu, en voyant une langue de terre, aujourd'hui libre, mais que la spéculation peut bientôt couvrir de construct tions, séparer, de la route départementale, la façade principale de"?, la gare des voyageurs. — L'annexion de cette parcelle de terre est devenue de première nécessité, et la population de Pont-Audemer le comprend si bien que nous venons vous en demander directement la prompte réalisation, et nous vous adressons cette demande, M. le Préfet, avec d'autant plus de confiance que vous
ne voudrez pas laisser votre œuvre imparfaite »
D'autres griefs, parmi ceux qui .circulaient, eurent pour conséquence de décider un certain nombre de souscripteurs d'obliga J tions à ne pas répondre aux appels de paiement qui leur furent adressés. Ce fut cette circonstance qui amena une convocation du conseil des administrateurs.
La réunion eut lieu à Pont-Audemer, le 5 août. Le procès-verbal en rend compte en ces termes :
(4 ) Il s'agit là d'un chemin intérieur et non d'une voie publique.
* Une première question est agitée. — Dans l'acte des statuts définitifs, M. Girard est déclaré souscripteur de 1,644 actions, et cependant, dans le rapport présenté à rassemblée générale et dont un exemplaire imprimé a été adressé à tous les actionnaires et obligataires, il est dit que 644 actions restent à émettre. C'est là une simple erreur d'impression qu'il y a lieu de rectifier. Il a été en conséquence demandé à M. Girard une déclaration qui maintienne son engagement. M. Girard l'a donnée le 30 juillet dernier. Le conseil d'administration constate donc ici, pour faire annexe au procès-verbal du 28 avril dernier, que le capital actions, s'élevant à 1,500,000 fr. est bien entièrement souscrit.
» Un second point appelle l'attention du conseil. — Le capital obligations ne doit être appelé qu'après le versement et l'emploi en travaux du capital actions. Y a-t-il lieu de contraindre les retardataires à payer ce qui reste dû sur les obligations ?
» Le conseil constate l'affirmative, parce que 1° le capital actions a été effectivement versé aux mains de la compagnie et reversé par celle-ci à M. Girard ; — 2° ce capital actions a été intégralement employé aux travaux du chemin de fer. Ces deux points résultent d'un état de situation dressé par M. Boulanger, agentvoyer en chef du département, chargé du contrôle, à la date du 30 juin dernier. M. Boulanger y certifie que les dépenses faites s'élèvent, à cette date, à la somme de 2,374,760 fr., et que les àcomptes payés ne s'élèvent qu'à 2,106,984 fr. 60 ; qu'ainsi l'entrepreneur est en avance de 267,775 fr. 40 (1).
x> Si l'on joint au capital actions, s'élevant à 1,500,000 fr., la partie des subventions en argent déjà versée et qui n'était, audit jour 30 juin, que de 300,000 fr., on ne trouve que 1,800,000 fr.
a La dépense est de beaucoup supérieure, surtout si l'on tient compte des travaux exécutés depuis le 30 juin ; le capital actions
(1) Si, comme je l'ai entendu affirmer par des hommes compétente, le chemin, en novembre 4868, ne vaut pas 400,000 fr. le kilomètre, il n'était guère admissible qu'il y eût été dépensé 2,674,760 fr., à l'époque de la réunion qui nous occupe, lorsqu'il restait encore tant de travaux à faire.
et celui des subventions, pour ce qui en a été payé, sont employés; par suite, les obligations sont exigibles.
x> On pourrait craindre que, en employant ainsi le capital actions, M. Girard n'en ait fait, pour partie, l'avance aux souscripteurs et qu'il ne se trouve, de ce chef, créancier de la compagnie ; mais, dans la déclaration déjà citée, M. Girard prend à ses risques les actions ou portions d'actions impayées, en renonçant à tous recours contre la compagnie. Les porteurs d'obligations n'ont, par suite, rien à redouter à cet égard. — La subrogation en faveur de M. Girard sera donnée sans garantie.
» Deux objections pouvaient jusqu'ici être faites par MM. les obligataires à une demande de paiement : celles qui sont prévues ci-dessus, que le capital actions n'était pas entièrement souscrit et qu'il n'était pas employé en travaux. Ces deux objections tombent devant les constatations qui précèdent, et le conseil décide qu'il va, par les moyens de droit, poursuivre le paiement de ce qui reste dû sur les obligations souscrites.
» Il donne, par les présentes, pouvoir à M. Lucas, l'un de ses membres, de faire à cet effet tout ce qui sera nécessaire et de verser ce qui sera encaissé aux mains du banquier de la compagnie qui le versera à M. Girard jusqu'à concurrence de ce que fixeront les états de situation régulièrement arrêtés »
C'est M. Gounot , représentant de M. Girard , qui , désigné comme secrétaire, a rédigé ces lignes, — procès-verbal, si l'on veut, — mais, avant tout, plaidoyer de circonstance
Comme on a pu le remarquer, il s'y trouve la rectification d'une erreur assez grave que j'avais signalée précédemment à l'attention de plusieurs membres du conseil administratif. Il était indispensable de constater cette rectification ; mais je dois ajouter qu'on a été quelque peu surpris, dans le public, de la singulière idée de présenter l'erreur qu'elle répare comme le résultat d'une faute d'impression.
Le prétendu* procès-verbal a, d'ailleurs, à mes yeux, le tort de ne pas être complet. — Qu'il ait omis la mention de certaines plaintes que j'ai cru devoir formuler, je le comprends, puisque, nous l'a-t-on assuré à plusieurs reprises, nous ne pouvions pré-
tendre exercer un droit de contrôle sur les travaux et le service qu'à partir du 1 er juillet 1868. Au moins eût-il été convenable de mentionner ce qui s'était passé à l'occasion d'une lettre adressée au conseil par MM. Plummer et Domin.
Ces honorables citoyens, souscripteurs de deux cents obligations, avaient mis une réserve à leur engagement, qui ne devait être exécutoire qu'à certaines conditions, remplies en réalité, mais dont ils ignoraient l'accomplissement, constaté d'une manière définitive dans la séance du jour môme. Ils rappelaient au conseil la réserve formulée par eux, et répondaient, à l'appel de versement de fonds qui leur avait été adressé, qu'ils se croyaient a fondés à ajourner, provisoirement, l'exécution de leurs engagements, » — ajoutant toutefois l'alinéa que voici : « Si le moment de nous 9 libérer était arrivé, nous aurions, au préalable, quelques obser- » vations à vous faire, quelques questions à vous poser. »
D'accord avec le conseil, M. le président adressa, séance tenante, à MM. Plummer et Domin, un mot de réponse, qui les informait de l'accomplissement des conditions qu'ils avaient posées à l'exécution de leur engagement. — Un des administrateurs fit observer alors que ces Messieurs annonçaient, préalablement au paiement de leurs obligations, la demande de quelques renseignements : « Eh bien ! répliqua M. le président, je répondrai à cette nou- » velle lettre, comme je viens de répondre à la première. »
Si cette marche toute rationnelle eût été suivie, j'ai la conviction que la difficulté aurait été levée et que plusieurs questions encore indécises auraient reçu une solution immédiate. Déjà, en effet, par l'intermédiaire d'un de mes amis, dont nous connaissons tous les hautes aptitudes et le louable esprit de conciliation, je m'étais personnellement un peu immiscé dans l'affaire et j'entrevoyais la fin amiable et prochaine d'un désaccord sans gravité sérieuse.
Mais il n'en advint pas ainsi. Le jour môme où M. le président du conseil d'administration recevait la lettre annoncée de MM. Plummer et Domin, im exploit, daté du 16 août, parvenait au domicile de ce dernier, parti en voyage. Sous le coup de cette assignation intempestive formulée au nom. de M. Lucas et qui appelait M. Domin à « s'entendre condamner à payer » le mon-
tant de ses obligations , il fallait renoncer à toute tentative de conciliation, et les procédures s'engagèrent.
Une autre assignation, tendant au môme but, était aussi adressée à un autre obligataire. Cette fois encore, elle aurait été lancée, dit-on, quelque peu à l'improviste, et sans attendre le résultat d'une entrevue proposée; mais je n'ai pas eu sous les yeux les lettres échangées à ce sujet, et, dans cette conditionne m'abstiens de rien garantir.
On était tellement pressé d'en finir avec les obligataires récalcitrants, comme on les appelait, qu'on avait, tout d'abord, voulu faire procéder d'urgence ; mais cette prétention dut être reconnue inadmissible, et la procédure suivit paisiblement sa marche ordinaire.
Aux conclusions contre la demande de la compagnie, il fallait opposer une réponse. Ce fut l'occasion d'une nouvelle séance du conseil administratif, nécessaire d'ailleurs à divers autres égards.
Dans la pensée de M. le président du conseil, le moment était venu de régler et régulariser toutes les choses qui n'avaient pu l'être dans la marche rapide des travaux, et il désirait en conférer avec les administrateurs représentant les actionnaires , afin de donner satisfaction à l'opinion publique. Pour cela, et comme préliminaire à la réunion officielle devenue urgente, il invita ses collègues à se réunir chez lui le dimanche 27 octobre.
La réunion pouvait avoir une importance réelle. On dut s'y préparer en conséquence. Un membre souleva les questions suivantes :
I. Nomination d'ingénieurs pour le contrôle de la ligne. — C'est une mesure indispensable pour donner satisfaction aux ac- , tionnaires, relativement à des appréciations plus ou moins dignes d'examen touchant notre chemin de fer, et pour sauvegarder la responsabilité du conseil, incompétent, a-t-on dit, à porter son contrôle sur les travaux, le matériel, etc. — Sur l'objection que, pour le moment, une pareille mesure ne pouvait être régulièrement prise, mais qu'elle deviendrait de droit à partir du jour où le chemin serait livré, c'est-à-dire à partir du 1" juillet 1868, l'auteur de la proposition accepte le délai indiqué, et l'on demeure d'accord sur ce point.
II. Service provisoire sur la ligne. — Il était question de constater si le conseil pouvait user d'un droit de contrôle quelconque sur ce point ; mais on passa outre sans conclure.
III. Insuffisance du terrain pour les gares.— Les gares r notamment celles de Glos et de Pont-Audemer, sont notoirement insuffisantes ; on peut môme dire qu'à Glos il n'y a point de gare. Et cela est si vrai que, pour accomplir les manœuvres de départ sur ce point, il faut faire attendre, pendant trente minutes et plus, les voyageurs apportés par la ligne de Serquigny. Les promesses de l'administration et le vote du conseil général ont assuré à nos gares un terrain plus que double de celui qu'on leur a donné. Il est urgent de décider que les démarches les plus pressantes seront faites auprès de M. le Préfet, pour qu'il mette le moins de retard possible à compléter son œuvre. — Aucune opposition, cela se comprend, n'est faite à la demande.
IV. Explications et rectifications. — Il s'est glissé des appréhensions, touchant le chemin de fer, parmi les intéressés à divers titres ; — appréhensions inspirées peut-être par des personnes peu favorablement disposées, mais aussi par d'autres personnes trop zélées, et en même temps par plusieurs passages incomplets ou inexacts des rapports et des procès-verbaux rédigés à l'occasion des séances du conseil d'administration et de la première assemblée générale des actionnaires. Ces appréhensions n'ont aucun fondement réel ; elles ne sont que le résultat d'une interprétation contraire à ce qui a été réellement entendu par les membres duddt conseil et par M. Girard lui-môme. Il conviendrait néanmoins d'obtenir de M. Girard une déclaration destinée à rassurer les esprits mal renseignés sur la véritable situation des choses, en ce qui concerne la gare de la Fontaine-Noyer, l'emprunt de quatre cent mille francs contracté par l'entreprise, l'augmentation du matériel roulant et les obligations signalées comme non souscrites. — Les administrateurs présents partagent cet avis et l'on rédige en conséquence une note sur ce sujet pour M. Girard.
V. Enregistrement des soumissions pour la construction et pour l'exploitation du chemin. — Le défaut d'enregistrement de ces pièces peut avoir de graves inconvénients pour la compagnie
envers l'entreprise et pour de nombreux intéressés envers l'entreprise ou la compagnie. Il paraîtrait opportun d'aviser aux moyens de réparer cette omission fâcheuse. — Il est également pris note de cette observation.
VI. Chemin d'accès a la gare de la Fontaine-Noyer.— Commeni se fait-il que MM. les agents-voyers n'en finissent pas à régler cette affaire? Proposition de formuler des plaintes motivées à cet égard. — Il n'y a pas d'opposition.
VIL Dépôt de titres prescrit par les statuts. — Ce dépôt esi toujours à réaliser. Il serait temps d'y songer enfin. — On es! d'avis
Tout cela, avec diverses questions accessoires et celle du procès, devait être l'objet d'une délibération nouvelle, dans la réunion officielle fixée au 12 novembre. Le procès-verbal de cette réunion va montrer ce qu'il en advint. Il est donné par le Journal de Pont- Audemer dans les termes suivants :
« Le conseil d'administration s'est réuni à Serquigny, au château de M. le marquis de Croix. Etaient présents: M. le marquis de i Croix, sénateur, président; Lucas, vice-président ; Canel, Prévost, membres du conseil d'administration ; Gounot, directeur du chemin de fer, représentant M. Girard ; et M. Nicolle, secrétaire
» M. le président ayant déclaré la séance ouverte a donné la parole à M. Lucas pour la lecture du projet de conclusions à signifier en réponse à ceHes de M. Domin Ce projet de conclusions
a été adopté à la majorité. M. le président a fait d'ailleurs observer que, si les prétentions de M. Domin étaient admises, les charges qui pèsent sur les actionnaires seraient singulièrement aggravées, puisque ce sont eux qui en supporteraient principalement et presque uniquement les conséquences.
» M. Lucas donne ensuite lecture d'une lettre de M. Girard, conçue en ces termes :
- Paris, le 20 octobre 4867
» Messieurs les administrateurs, j'ai déjà déclaré au mois d'août dernier que » je me considérais comme souscripteur définitif des 644 actions mentionnées » comme non encore émises par le rapport à l'assemblée générale des action- » naires du 28 avril dernier.
» Je tiens faire la même déclaration en ce qui concerne les 4,044 obliga- » tions dont parle le même rapport, étant bien entendu que, pour tous ces » titres non souscrits par le public et pris en charge par moi, je n'entends » faire aucune réclamation à la compagnie, puisque je les ai libérés depuis » longtemps déjà. — Veuillez agréer Signé : Giraro. »
» Le conseil a pris acte de cette déclaration de M. Girard et a décidé que cette lettre susdite serait déposée aux archives de la société.
» M. Lucas a donné ensuite lecture d'une note de M. Girard, explicative sur les six questions ci-après : 1° augmentation du matériel roulant ; — 2° enregistrement des traités pour la construction et l'exploitation ; — 3* gare imprévue à Glos ; — 4° gare de Corneville (à la Fontaine-Noyer) ; — 5° emploi et attribution des 15,000 fr. aux membres fondateurs pour faux-frais et autres ; — 6° réception de la ligne.
» La réponse de M. Girard à ces diverses questions est ainsi conçue :
« 1» Augmentation du matériel roulant» — L'entreprise qui a fait cons- » traire en effet des wagons à marchandises en excédant du nombre stipulé » dans les traités, ne réclame de ee chef absolument rien à la compagnie, se » réservant, bien entendu, de disposer, comme elle l'entendra, de ces dix » wagons.
» 2° Enregistrement des marchés. — Ces sortes de traités ne s'enregistrent » qu'en cas de procès entre les parties contractantes, et c'est celle qui suc- » combe qui paie les droits, lesquels sont considérables, étant proportionnels.
» 3° Gare imprévue à Glos. — Cette gare était parfaitement prévue avant » l'ouverture de la souscription, et la dépense en a été fixée au chiffre maxi- » mum de 40,000 fr. (Voir le traité avec le comité de souscription.)
» 4° Gare de Corneville. — Cette gare était imprévue. Elle a été autorisée » par décision du conseil. Sa construction étant combinée avec l'établissement » d'un passage à niveau et d'une maison de garde dus par l'entreprise sur le » marché à forfait, la dépense spéciale à cette gare ne dépassera pas 4 0,000 fr. » Je prends l'engagement de ne rien réclamer au-delà de ce chiffre.
» 5° Quinze mille francs dê frais divers aux membres des comités. — « Toutes les dépenses de cette nature, réclamées à l'entreprise, ont été rem- »■ boursées par cette dernière. M. **\ entre autres, n'a même pas oublié les » timbres-poste des lettres qu'il a pu écrire relativement au projet du chemin » de fer.
> 6" Réception de la ligne. — Lorsque le moment sera venu, c'est-à-dire » à l'expiration des délais stipulés dans les marchés pour la construction et la » livraison, l'entreprise provoquera elle-même la constatation de ce qu'elle » croira être le complet accomplissement de ses obligations.
» Paris, le 44 novembre 4867. Signé : Gibaed. *
» Le conseil a donné acte à M. Girard de sa déclaration relative à l'augmentation du matériel. — Mais sur la question de la dépense pour la gare de Glos et la gare de Coraeville (Fontaine- Noyer), le conseil a ajourné ses résolutions jusqu'à de nouvelles explications avec M. Girard.
» Quant aux 15,000 fr. de faux-frais de premier établissement, on demandera à M. Girard le compte détaillé et ce compte sera soumis à l'examen des trois membres désignés à cet effet dans l'assemblée générale du mois d'avril dernier.
» Enfin le conseil s'est réservé, lorsque le moment sera venu de recevoir la ligne, de faire ou faire faire tous les examens qu'il jugera nécessaires pour s'éclairer sur la façon dont M. Girard aura rempli ses engagements, ainsi d'ailleurs que le propose M. Girard dans sa note transcrite ci-dessus.
» La situation financière se trouve ainsi établie par M. Girard au 31 octobre dernier, savoir: \° Actions. Sur 1,361 actions souscrites par divers et représentant une somme de 680,500 fr., il a été versé 669,850 fr. ; il reste à verser 10,650 fr. ; — et sur 1,639 actions à la charge de l'entreprise, et produisant une somme de 819,500 fr., il a été versé 819,500 fr.; — 2° Obligations. Sur 2,563 obligations souscrites par divers et représentant une somme de 743,270 fr., il a été versé 643,940 fr., et il reste à verser 99,330 fr.; — et sur 937 obligations à la charge de l'entreprise et représentant une somme de 271,730 fr., il a été versé 271,730 fr.; — 3° Subventions. Sur les trois subventions s'élevant ensemble à 500,000 fr., il a été versé 400,000 fr.; il reste à recevoir 100,000 fr.
» En résumé : il a été versé 2,805,020 fr. Le capital étant de 3,015,000 fr., il reste à recevoir: !• sur les actions, 10,650 fr., 2° sur les obligations, 99,330 fr., 3° sur les subventions, 100,000 fr.; d'où il résulte que les ressources à réaliser s'élèvent à la somme de 209,980 fr.
» Le conseil a pensé qu'il y avait lieu d'insister auprès de M. le Préfet pour la prompte construction du chemin d'accès à la gare de Corneville, dont les fonds sont disponibles.
» Le conseil a maintenu la pensée de voir le siège de la société à Pont-Audemer, conformément au désir exprimé par les actionnaires présents à l'assemblée générale du 28 avril.
» Ainsi délibéré à Serquigny, le 12 novembre 1867.»
Dans le Journal de Pont-Audemer, ce procès-verbal était suivi des observations que voici :
« Invité par une annotation de M. Lucas à demander l'insertion du procès-verbal ci-dessus au Journal de Pont-Audemer du 16 courant, je me suis empressé d'en remettre la copie, avant d'avoir pu, d'accord avec M. Prévost, comme cela avait été convenu à Serquigny, en revoir la rédaction: la copie de ce procès-verbal ne m'étant parvenue, jeudi soir, qu'après le départ de M. Prévost pour la campagne.
» Cette pièce réclame quelques notes ; je les fais en mon nom personnel :
» !• Sur la question d'enregistrement des marchés, il est entendu que l'examen est réservé et remis à une autre séance.
9 2° Au sujet de la gare de Glos, il paraîtrait qu'il y a eu malentendu sur la question posée. Ce sera à revoir.
» 3° Au paragraphe des 15,000 fr. pour les dépenses primitives, j'ai pris sur moi de retrancher un nom propre, étranger au conseil d'administration, et tout le monde en comprendra le motif.
» 4* Dans la situation financière, c'est à tort qu'il est fait mention des 10,650 fr. restant à verser sur les actions souscrites. Gomme M. Prévost l'a fait observer en séance, cette somme a été prise en charge par M. Girard.
» 5° Dans le procès-verbal, je remarque plusieurs omissions, par exemple celle du vote relatif à l'insuffisance du terrain pour les gares, etc.
» A. Canel. »
Cette note très-sommaire pouvait suffire alors. Aujourd'hui il ne serait peutrôtre pas inutile de revenir sur chacun des objets de la délibération j je me borne toutefois à n'insister que sur quelques-uns.
Au sujet de l'enregistrement des traités, un seul mot : ce n'était pas là une question sur laquelle on avait à consulter M. Girard.
Pour la gare dite de Corneville, j'ai établi, au chapitre VI, que c'était une charge de l'entreprise. On ne pouvait, pour en réclamer le prix, se fonder que sur une équivoque. S'il est bien vrai qu'elle était imprévue à la Fontaine-Noyer, où elle a pris le nom de Corneville, il ne Test pas moins qu'elle était prévue, un peu plu* loin, à la Planche-Saint- Antoine, ou elle aurait pris le nom de Gondé. Un simple déplacement ne pouvait suffire pour amener uu virement de charge, de l'entreprise à la compagnie. — Je sais bien que, pour justifier la demande, on disait qu'il y aurait aussi une gare de Gondé, près du moulin et non loin de l'église, par conséquent une gare de plus que le nombre dû ; mais ce n'était pas là ce qui avait été arrêté dans une réunion du conseil d'administration. Lorsque l'on décida de rapprocher du grand établissement industriel de Corneville la gare d'abord fixée à la Planche-Saint- Antoine, on Comprit qu'il y avait quelque inconvénient à s'éloigner ainsi du centre de Condé. Pour y remédier, on convint qu'il y aurait, non pas une station auprès du moulin du lieu, mais un simple arrêt, où l'on ne laisserait et prendrait que des voyageurs et dont le service serait fait par le garde-barrière. Du moment qu'on n'établissait pas là une gare nouvelle, la gare passée de la Planche-Saint- Antoine à la Fontaine-Noyer restait une des trois gares dues par l'entreprise. — C'était si évident, que l'entreprise le reconnut d'elle-même et renonça à sa demande de 10,000 fr. pour ce travail, sans que le conseil d'administration eût besoin d'en venir à de nouvelles explications. — Dans tous les cas, la somme demandée aurait dû être réduite de plus de moitié, comme, d'un simple coup-d'œil, tous les voyageurs peuvent s'en convaincre.
Ce qui avait été demandé touchant la réception de la ligne, c'était que, le moment venu, le contrôle en fût fait par deux ingénieurs des ponts et chaussées, l'un désigné par M. le président et M. le vice-président, et l'autre par les trois administrateurs représentant plus particulièrement les actionnaires, lesquels ingénieurs, on cas de désaccord, s'en adjoindraient un troisième, à
leur choix. Ce détail a été omis dans le procès-verbal. Je crois devoir le rappeler, ne fût-ce que pour constater la volonté bien arrêtée chez l'auteur de la proposition de sauvegarder également les intérêts opposés de la compagnie et de l'entreprise.